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COMMEMORATION - 64e anniversaire de la mort de Farhat Hached

Écrit par Lepetitjournal Tunis
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Farhat Hached fut l'un des principaux chefs de file du mouvement national aux côtés d'Habib Bourguiba et de Salah Ben Youssef, et le fondateur de l'UGTT

La commémoration du 64ème anniversaire de l'assassinat du leader syndicaliste Farhat Hached, a eu lieu 5 décembre devant les locaux de l'UGTT, avec le rassemblement des syndicalistes.

Ont assisté à cette cérémonie de recueillement, le président du parlement, Mohamed Ennaceur, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, et des membres de la famille de Farhat Hached. Des dirigeants de l'Union générale tunisienne du Travai (UGTT) et nombre de personnalités tunisiennes ont été présents à la cérémonie.

Le chef de l'Etat a rendu visite à la veuve du leader Farhat Hached, Mme Emna Om el-Khir, à cette occasion.

BIOGRAPHIE

Farhat Hached est né le 2 février 1914 à El Abbassia. Il est mort assassiné le 5 décembre 1952, près de Radès.

Assassiné par la Main rouge, une organisation armée favorable à la présence française en Tunisie, il demeure l'une des grandes figures de la Tunisie.

La mort de son père l'oblige à interrompre ses études et à entrer rapidement dans la vie professionnelle.

En 1930, il devient convoyeur à la Société du transport du Sahel, Il crée la même année au sein de son entreprise un syndicat de base, affilié à la Confédération générale du travail (CGT) française. Il accède à des responsabilités diverses aux niveaux local et régional puis dans l'administration centrale auprès d'Albert Bouzanquet. En conséquence, il est renvoyé de son emploi en 1939.

Sous le régime de Vichy, il vit des jours difficiles. En effet, l'interdiction de toute activité politique et syndicale l'isole de ses aspirations. Il se porte alors volontaire auprès du Croissant Rouge pour secourir les blessés. En 1943, il est recruté en qualité de fonctionnaire des travaux publics à Sfax et reprend ses activités syndicales à l'Union régionale. Il se marie la même année aux Kerkennah, le 15 octobre, avec sa cousine Emna.

Au congrès de l'Union départementale de la CGT en mars 1944, devant l'incapacité du syndicalisme métropolitain et de ses branches socialistes et communistes à apporter des réponses adaptées aux travailleurs tunisiens, il démissionne de la CGT. Hached et ses camarades leur reprochent d'ignorer les aspirations légitimes des Tunisiens à l'indépendance nationale. Dès novembre 1944, Il fonde en 1945 avec d'autres syndicalistes tunisiens, un syndicat tunisien autonome, l'Union des syndicats indépendants du Nord.

Fondateur de l'UGTT
Le 20 janvier 1946, le congrès constitutif d'une organisation commune regroupant les syndicats autonomes du Nord et du Sud et la Fédération générale tunisienne du travail fondée en 1936, crée l'Union générale tunisienne du travail (UGTT). Hached est élu à l'unanimité comme le premier secrétaire général de la nouvelle centrale, à l'âge de trente-deux ans.

Dès le départ, Hached inscrit le mouvement syndical dans la lutte pour l'indépendance. Autonome et indépendant, il est un appui important et fidèle pour le mouvement national animé et dirigé par le Néo-Destour. Les grèves, les mouvements de protestations et les manifestations de rue se multiplient pour réclamer l'indépendance et l'amélioration des conditions de vie et de travail des Tunisiens. L'UGTT, sous la direction de Hached, joue un rôle primordial dans le déclenchement, l'encadrement des mouvements et la radicalisation des revendications populaires. Son adhésion à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) en 1951 mène Hached, devenu membre de son comité exécutif, de réunion en réunion (Afrique du Nord, Milan, etc.).

En 1951, il dresse son bilan après cinq ans à la tête du syndicat. Près de 120.000 adhérents de toutes catégories et de toutes les régions du pays, ont rejoint la centrale. Une vraie guérilla sociale est menée contre les autorités du protectorat français. Selon Hached, l'UGTT constitue une force d'initiative pour structurer la société autour de composantes de la société civile dans les domaines politiques. Par ailleurs, l'adhésion de l'UGTT en 1949 à la Fédération syndicale mondiale lui garantit une représentation internationale. Désormais, la création d'une union syndicale nord-africaine devient une priorité pour Hached qui encourage les syndicalistes marocains et algériens à créer des syndicats autonomes et les Libyens à mettre en place des structures syndicales.

Les leaders nationalistes
L'année 1952 voit l'échec des négociations directes entre les gouvernements français et tunisiens suivi de la répression : arrestation d'Habib Bourguiba et de tous les leaders nationalistes, départ de Salah Ben Youssef en mission auprès des Nations unies, instauration du couvre-feu et de l'état d'urgence, interdiction de toute activité politique, actions de ratissages menées par la Légion étrangère, destitution du gouvernement. Dans ce contexte, l'UGTT se retrouve en première ligne en assumant la responsabilité de diriger la résistance politique et armée contre les autorités du protectorat. En effet, elle reste protégée par la loi sur les libertés syndicales et le soutien de la CISL, des syndicalistes américains ainsi que des démocrates qui sont alors au pouvoir aux États-Unis. Leader du mouvement national et chef de la résistance, Hached organise secrètement les groupes d'activistes dans les locaux de l'UGTT pour mener des attaques armées contre les symboles de l'autorité française. Il mène également des actions de grèves et de mobilisations malgré l'arrestation de plus de 20.000 personnes.

Hached voyage en avril auprès de la CISL à Bruxelles et aux États-Unis (Washington et New York) pour porter la voix de la Tunisie au moment où les questions tunisiennes et marocaines sont débattues au Conseil de sécurité. Le gouvernement français se trouve alors acculé à présenter un nouveau plan de réformes. Hached suggère alors au bey de Tunis de réunir un conseil de quarante personnalités représentatives de l'opinion tunisienne afin d'étudier ce plan et de lui présenter leur avis le 2 août ; la réponse est négative avec un rejet dûment circonstancié.

L'homme à abattre


Il devient alors l'homme à abattre en raison du danger qu'il représente pour les intérêts de la colonisation en Tunisie et en Afrique du Nord en général. Dès le mois d'octobre, des officines diverses au sein des services secrets français commencent à étudier divers plans : son éloignement du territoire tunisien, son emprisonnement, sa mise en résidence surveillée ... Pendant ce temps, il fait l'objet d'une surveillance permanente et les menaces se multiplient à travers des tracts signés de l'organisation colonialiste de la Main rouge. Des actes de sabotage et de plastiquage de sa maison et des menaces à l'encontre de sa famille se multiplient. Les appels au meurtre se font insistants : certains articles de journaux de Tunis, Casablanca et Alger appellent "à frapper Farhat Hached nommément à la tête".

Au matin du 5 décembre 1952, une opération de guet-apens est exécutée pour éliminer Hached. Une première voiture le suit, à la sortie de Radès, ville de la banlieue sud de Tunis où il habite. Des rafales de mitraillettes sont tirées de la voiture qui s'enfuit à toute allure. Blessé à l'épaule et à la main, Hached trouve la force de quitter sa voiture. Quelques instants plus tard, une deuxième voiture apparaît avec trois hommes à bord ; s'apercevant qu'il vit encore, ils s'en approchent et l'achèvent d'une balle dans la tête avant de le jeter à moins d'un kilomètre au bord de la route.

À midi, la radio annonce sa mort qui provoque un soulèvement dans tout le pays ainsi que des manifestations à Casablanca, au Caire, à Damas, à Beyrouth, à Karachi, à Jakarta, à Milan, à Bruxelles et à Stockholm. Plusieurs personnalités françaises dénoncent cet assassinat.

Après sa mort, l'enquête judiciaire se perd dans des instructions successives accompagnées de propagandes, fausses pistes et diffamations diverses.

Selon une note de G. Lewis Jones, consul général des États-Unis à Tunis. En 1955, le dossier Hached est officiellement clos sur le plan juridique sans avoir déterminé avec certitude les coupables de l'assassinat.

Plusieurs théories circulent alors sur les commanditaires de son assassinat : un Français agissant seul, des rivaux politiques, des camarades souhaitant donner une dimension tragique à la question tunisienne aux Nations Unies, un complot communiste en raison de sa proximité avec les Américains, des officiels français. De nos jours, l'État français maintient la version selon laquelle Hached a été assassiné par des colons extrémistes.

Noureddine Hached, fils de Farhat Hached, a fondé l'Association tunisienne d'études historiques et de recherche sociale (ATERS) pour l'étude de l'héritage de son père, la mise en valeur et la promotion de son ?uvre. Elle se veut également un centre de recherche pour l'étude des prolongements actuels de l'?uvre de Hached.

Hommage en France

Mardi 30 avril 2013, à la veille de la Fête de Travail et en présence des représentants des principaux syndicats de salariés français, Bertrand Delanoë a inauguré la place Farhat Hached à l'intersection de l'avenue de France et du boulevard du Général Jean Simon (13e), moins de deux mois après l'hommage rendu à Habib Bourguiba.

Outre le maire de Paris, Jérôme Coumet, maire du 13e arrondissement, Noureddine Hached, fils de Farhat Hached, et Houssine Abassi, Secrétaire Général de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), ont pris la parole. Suite au dévoilement de la plaque, la chanteuse Abir Nasraoui a interprété une chanson composée pour l'occasion.

Personnalités présentes :
Bertrand Delanoë, maire de Paris
Pierre Schapira, adjoint chargé des relations internationales, des affaires européennes et de la francophonie
Jérôme Coumet, maire du 13e
Nourredine Hached, Président de la Fondation Farhat Hached
Houssine Abassi, Secrétaire Général de l'Union générale tunisienne du travail
Thierry Lepaon, Secrétaire général de la CGT
Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de Force Ouvrière
Marcel Grignard, Secrétaire national et trésorier de la CFDT
Philippe Réau, Secrétaire confédéral service international de la CFDT
Maher Tekaya, Secrétaire confédéral service international de la CFDT
François Chérèque, ancien Secrétaire général de la CFDT
Bernard Thibault, ancien Secrétaire général de la CGT
Abir Nasraoui, chanteuse

La Rédaction (www.lepetitjournal.com/tunis) mardi 13 décembre 2016

Bibliographie - filmographie

Ahmed Khaled, Farhat Hached. Héros de la lutte sociale et nationale. Martyr de la liberté, éd. Zakharef, Tunis, 2007

Farhat Hached, documentaire d'Abdellatif Ben Ammar, 2002
Farhat Hached, le crime, documentaire de Najib Gouiaa, 2002

logofbtunisie
Publié le 13 décembre 2016, mis à jour le 5 janvier 2018
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