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RENCONTRE - Wajdi Selmi, l'art de la couleur

Écrit par Lepetitjournal Tunis
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 décembre 2012

 

Wajdi Selmi, inspiré par les scènes traditionnelles de son enfance et Maître dans l'art de la couleur,  nous offre cette semaine une nouvelle exposition "les mystérieuses", à la Chapelle Lavigerie.


Quand avez-vous choisi de devenir artiste peintre ?
Très tôt. Vers 10 ans, ce sont des Français qui m'ont fait découvrir la peinture. Puis c'est un ébéniste tunisien qui m'a encouragé en utilisant mes dessins. Je suis ensuite parti en France et j'ai fait les Beaux Arts.

Comment a commencé votre carrière d'artiste peintre en France ?

J'ai tout d'abord ouvert le restaurant-galerie d'Art "la Mounia" à Montpellier, après m'être formé dans d'autres établissements . J'y ai travaille et exposé pendant plusieurs années. Nous exposions également des artistes français et tunisiens.

Puis j'ai fondé une association de jeunes créateurs, dans le but de promouvoir des artistes français en Tunisie et les artistes tunisiens en France.

J'ai fait venir de nombreux artistes français en Tunisie, qui exposaient grâce à l'aide de mon épouse, qui est également mon agent.

Par contre, nous avons eu beaucoup de difficultés à "exporter" les artistes tunisiens, pour des raisons de budgets et de visas.

Aider les autres grâce à la peinture est un de vos leitmotiv ?
Oui, c'est indispensable pour moi. J'ai aussi utilisé la peinture pour soutenir des personnes en grande difficulté, je leur donnais des cours pour les aider à s'exprimer et à trouver une voie.

Depuis quand exposez-vous en Tunisie ?
Depuis une vingtaine d'années. C'est toujours mon épouse qui s'occupe des expositions, que je sois en France ou en Tunisie.

Il y a une dizaine d'années, des critiques d'art, animateurs de télévision et artistes ont commencé à s'intéresser de près à mon travail et ont souhaité me rencontrer pour faire un reportage sur mon oeuvre.

Depuis, j'ai préféré rester en Tunisie. J'ai donc monté le restaurant African Queen à Gammarth, mais des travaux de rénovation sur le site m'ont obligé à fermer au bout d'un an.

J'ai donc repris une de mes passions : la restauration de meubles et la décoration, tout en continuant à peindre et à exposer.

Avez-vous à l'instar d'autres artistes, souffert de la censure ?

Souffrir est un grand mot, disons que la télévision nationale a "zappé" par deux fois, des oeuvres qui leur paraissaient non-politiquement correctes ! le tableau "le 11 septembre" à la Galerie Ibn Khaldoun, et "Pouvoir sur le monde" exposé à la Soukra, représentant un enfant "colombe" qui devient un adulte "tigre".

Quelles sont vos techniques et styles de prédilection ?

Tout d'abord je peins des huiles, cette technique est plus difficile que l'acrylique, mais elle permet d'avoir des couleurs et une matière très lumineuse et profonde.

Quand je vivais en France, je préférais le style surréaliste en intégrant toujours une touche tunisienne.

Je fais aussi des copies sur commande.

Monsieur Daoulette, critique d'art, a vu ma dernière exposition et m'a fait ce magnifique compliment sur une copie de "les Iris" de Van Gogh ... : "vous êtes l'un des rares peintres à obtenir ces bleus". Monsieur Hedi Turki m'avait fait ce même compliment lors d'une exposition en 1999.

Justement comment obtient-on ce bleu ?

Obtenir ce bleu pourrait durer des mois, pour les Iris particulièrement, mais avec un peu de chance et d'expérience, on peut obtenir un bon résultat en quelques heures. Je fais un mélange, je teste sur la toile, car le bleu doit avoir un certain reflet, une certaine profondeur. L'avantage de la peinture à l'huile c'est que l'effet est immédiat.

D'où vient votre inspiration ?

Mon inspiration vient des endroits traditionnels et parfois oubliés comme la medina, les souks ...

Quand j'étais enfant, je traversais la medina pour aller à l'école, et les scènes de traditions perdues m'ont beaucoup marquées. Etant parti à 14 ans de Tunisie, elles m'ont aussi énormément manquées, surtout le sefsari de ma grand mère ...

Cette époque merveilleuse des années 70 où juifs, musulmans, français, italiens se mélangeaient. D'ailleurs parfois on ne savait plus qui était qui, car tout le monde parlait arabe ou français.

Je ne pense pas, malheureusement, que cette époque puisse revenir.


Comment est née votre nouvelle exposition "les mystérieuses" et que signifie sont titre ?
Cette exposition est née suite à une période de stress et de déprime. A cette époque, j'avais peint une grande fresque pour la Chapelle Lavigerie, et Père Ramon m'a conseillé de me replonger dans la peinture pour évacuer stress et idées noires.

Pour me remercier de cette fresque, Père Ramon m'autorise à exposer, c'est ma 3e exposition dans cet espace magnifique et reposant.

J'ai choisi de peindre toutes les scènes de vie traditionnelle tunisienne. La Medina, les souks, les artisans, les sefsaris, le café du souk des chechias .... toute mon enfance.

"les mystérieuses" est une référence aux femmes en sefsari, ce beau costume traditionnel qui a  pratiquement disparu.

Parcours

Expositions :

Nîmes, Beaucaire, Montpellier, Pézenas, Tarascon, Marseille, Fontvieille...  Espagne - Vigo...- Tunisie - Sidi Bou Saïd, Hammamet, Tunis, Gammarth, Sousse, La Soukra, La Marsa....

Collections particulières : Belgique, France, Tunisie, Espagne, Guadeloupe, Italie, Sénégal, Indonésie, Chili, Côte d'Ivoire, Etats-Unis, Brésil....



Exposition "les mystérieuses"


Chapelle Lavigerie
Sidi Dhrif

L'exposition est ouverte

tous les jours de 15H00
à 19H00 samedi 8 inclus

 

Propos recueillis par Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis.html) mardi 4 décembre 2012

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Publié le 4 décembre 2012, mis à jour le 10 décembre 2012
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