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ThéRâPie-Ochaya au Luxembourg : l’expérience sensorielle qui nourrit corps et esprit

Au cœur de Luxembourg-Ville, un lieu singulier invite à la contemplation, à la gourmandise et au bien-être : ThéRâPie-Ochaya. Dans cette interview, sa créatrice Samira Maaoui nous raconte le chemin qui l’a menée à créer ce lieu, ses inspirations et cette vision singulière où thé, art, cuisine et soin se rencontrent pour nourrir autant le corps que l’esprit. Allons à sa rencontre !

1. ThéRâPie-Ochaya, Luxembourg1. ThéRâPie-Ochaya, Luxembourg
Écrit par Adina Mazzoni-Cernus
Publié le 8 janvier 2026, mis à jour le 20 janvier 2026

Adina Mazzoni-Cernus : Comment est née l’idée de fusionner un restaurant végétarien, un salon de thé japonais et un espace de bien-être MedSpa au cœur de Luxembourg-Ville ?

 

Samira Maaoui : C’est un chemin qui a pris un peu de temps et qui s’est immiscé dans mon esprit au fil des années. Tout a commencé par l’architecture d’intérieur. Puis, grande adepte du wabi-sabi*, ce mouvement m’a initiée à la cérémonie du thé chanoyu* et, par conséquent, au thé.

En 2021, j’ai créé une entreprise qui s’appelait MATCHA, dont l’activité était la distribution exclusive de l’Iyashi Dôme* au Luxembourg ; une infrathérapie inspirée d’un rituel japonais de l’île de Kyushu. Les bienfaits de ce soin s’apparentaient aux vertus du matcha.
 

luxembourg ochaya

J’ai alors voulu regrouper toutes mes passions en concevant ce lieu de A à Z : l’architecture d’intérieur ; le thé japonais, qui, dans la tradition, se déguste avec des wagashi* ; puis la cuisine végétarienne, et en l’occurrence le shōjin ryōri*, étant moi-même végétarienne et férue d’aliments fermentés.

ThéRâPie est devenue, en 2024, une évidence, un désir et une réalité.
 

thérapie ochaya


AMC : ThéRâPie propose aussi une galerie d’art et des ateliers culturels. Pourquoi était-il essentiel pour vous de relier art et nourriture ?

SM : Les deux nourrissent l’esprit et le corps. La transmission et le savoir-faire sont essentiels dans la culture japonaise et, en toute cohérence, j’ai souhaité que ThéRâPie devienne un lieu de partage, d’échange et de beauté.

 

AMC : Vous vous inspirez du shōjin ryōri*, la cuisine des moines bouddhistes japonais. Qu’avez-vous appris de cette approche spirituelle de la cuisine ?

SM : Le respect du vivant, de la terre… se nourrir en pleine conscience. Dans la philosophie du shōjin ryōri, on se nourrit pour aimer, pour célébrer la nature, selon le principe de non-violence, Ahimsa*. L’aliment est respecté, honoré et mis en valeur à travers le principe des cinq éléments, des cinq couleurs et des cinq saveurs, dans une recherche constante d’harmonie.

N’est-ce pas fabuleux d’avoir cette philosophie à table ? Elle apaise et rend heureux ; en tout cas, c’est mon expérience. Et cela va à contre-courant de ce que l’on voit dans de nombreux restaurants.

J’ai souhaité offrir une cuisine maison, d’auteur et d’harmonie, en m’inspirant du shōjin ryōri.

 

AMC : Comment choisissez-vous les ingrédients bio et locaux tout en respectant l’esprit japonais ?

SM : Cela est à la fois simple et complexe. Bien entendu, nous appliquons le principe de saisonnalité dans notre menu, ce qui permet de disposer de nombreux légumes bio. En revanche, certains ingrédients japonais incontournables - comme le gingembre japonais myōga, la racine de lotus, le radis blanc daikon, l’herbe aromatique shiso, le chou-salade mizuna ou encore la racine de bardane gobo, entre autres - sont introuvables au Luxembourg ou proviennent de Chine.

Nous devons donc les importer directement du Japon, ce qui augmente considérablement le coût du menu. À mes yeux, il est essentiel de retrouver les véritables saveurs japonaises, et cela n’a pas de prix. Bien évidemment, certains clients ne comprennent pas toujours cette démarche, mais j’espère qu’avec le temps, je « convertirai » de plus en plus de personnes.

C’est ma petite bataille !

 

AMC : Quelle est votre relation personnelle avec le thé japonais - est-ce pour vous une boisson, un rituel, un moment d’écoute ?

SM : Je ne considère pas le thé comme une simple boisson, bien au contraire. Je ne bois du thé que lorsque j’ai un moment à moi, un instant propice où je peux le savourer en pleine conscience et apprécier chaque infusion.

J’ai le grand privilège de boire de grands thés japonais, rares, et je me dois donc de choisir les bons moments. Je savoure le thé, je me délecte lorsque je bois une tasse de gyokuro ou d’un autre thé d’exception. Je ne consomme pas le thé en masse, il est essentiel de préserver ces instants afin d’apprécier pleinement ce nectar.

Quel bonheur, pour moi, d’aller au Japon, dans les fermes et les champs de thé. Ce sont les moments les plus précieux, ceux où je prends le plus de plaisir à boire le thé, sur ses terres, aux côtés de ses fermiers. Les saveurs s’en trouvent décuplées dans mon esprit.

Chez ThéRâPie, nous laissons le temps au client d’apprécier le thé dans un lieu zen et serein, en servant plusieurs infusions, à la bonne température, dans le respect du temps d’infusion.

 

AMC : Le lieu est à la fois minimaliste et chaleureux. Comment traduisez-vous cette dualité dans l’architecture d’intérieur et la lumière ?

SM : En un mot : « la matière ». J’ai souhaité mettre au premier plan les matériaux bruts et les imperfections du lieu. Le minimalisme devient un cadre dans lequel les matières végétales, le bois et la céramique sont mis en valeur avec sobriété.

La beauté est imparfaite ; elle exige que le temps y laisse son empreinte et la sublime. J’aime profondément cette approche.
 

thérapie ochaya

 

AMC : Le mot « ThéRâPie » est un jeu de mots poétique. Quelle signification personnelle y mettez-vous ?

SM : La meilleure thérapie est de se faire plaisir en se faisant du bien. La beauté est dans la nature et elle se reflète en nous, grâce à une bonne alimentation. En respectant la nature, on se respecte soi-même.

 

AMC : Si vous deviez décrire ThéRâPie-Ochaya par trois textures (sons, parfums, sensations), que choisiriez-vous ?

SM :

  • L’eau du thé qui coule dans la tasse,

  • l’encens de l’Hinoki* qui se consume, une fragrance boisée et fraîche, aux nuances résineuses et citronnées, évoquant les onsen*,

  • La chaleur du Iyashi Dôme qui m’invite au repos et à la décontraction.

 

 

AMC : Pour conclure, si ThéRâPie-Ochaya avait un haïku, quel serait-il ?

SM : L’inspiration me faisant défaut, j’ai emprunté un haïku* du poète Kobayashi Issa, qui figure en première page de mes menus :

« Couvert de papillons, l’arbre mort est en fleurs »

 

AMC : Un grand merci à vous pour cet entretien. Belle continuation !

 

Lexique :

  • wabi-sabi & chanoyu : terme générique pour la cérémonie du thé japonaise, tandis que le wabi-cha est un style spécifique de cette cérémonie, popularisé par le maître de thé Sen no Rikyū, qui incarne les principes esthétiques du wabi-sabi (simplicité, rusticité, imperfection). Le wabi-cha met l'accent sur l'humilité et la beauté des objets imparfaits, en contraste avec des styles plus ornementés, faisant du chanoyu un terme plus large englobant plusieurs approches. 

  • Iyashi Dôme : sauna japonais à infrarouges longs

  • wagashi : pâtisseries traditionnelles japonaises

  • shōjin ryōri : cuisine bouddhiste traditionnelle

  • Ahimsa : concept philosophique et spirituel indien signifiant littéralement « non-violence » ou « absence de nuisance »

  • onsen : source chaude naturelle japonaise, d'origine volcanique, et le bain thermal aménagé qui en découle, un rituel culturel de détente et de purification

  • hinoki : le cyprès du Japon

  • haïku : bref poème japonais traditionnel, composé de trois vers avec une structure de syllabes 5-7-5

 

Adresse et infos :

ThéRâPie-Ochaya

32 Rue du Cure

1368 Ville-Haute, Luxembourg

+352 691 248 194

 

Site web : ThéRâPie

Instagram : therapie.luxe

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