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INTERVIEW - Madame Claire Deronzier, déléguée générale à Tokyo pour le gouvernement du Québec

Par Julien Loock | Publié le 02/07/2017 à 20:00 | Mis à jour le 03/07/2017 à 04:29
Claire Deronzier Tokyo

Le 24 juin a une saveur particulière pour tous les mélomanes du monde entier : on y fête dignement la musique. Mais pour de très nombreux francophones, le 24 juin est aussi une date clé du calendrier. C'est la Fête nationale du Québec. Dans ce cadre festif, Madame Claire Deronzier, déléguée générale à Tokyo pour le gouvernement du Québec et présidente du Conseil pour la promotion de la francophonie au Japon, nous a fait l'honneur de répondre à nos questions.

 

Quatre jours avant la date de célébration, le 20 juin dernier, Claire Deronzier a convié une centaine d'invités à fêter, en avance, cette belle fête nationale. En bleu et blanc, cette soirée fut l'occasion de mettre la francophonie et le Québec aux premiers rangs et de présenter les grands projets futurs, notamment culturels, qui lieront cette province du Canada avec le Japon. Le festival de musique électronique Mutek Japan, qui organise sa seconde édition à Tokyo, était l'événement phare de la soirée.


Vous êtes installée au Japon depuis maintenant 4 ans. Racontez-nous votre parcours professionnel qui vous amène aujourd'hui à représenter la francophonie, ici, au Japon ?

Je suis une haute-fonctionnaire du gouvernement du Québec. Avant de venir au Japon, j'étais sous-ministre adjointe au ministère de l'immigration du Québec, où j'étais responsable des questions d'immigration et d'intégration mais aussi d'apprentissage de la langue française comme outil essentiel d'intégration des immigrants à la société québécoise. À titre de sous-ministre adjointe à la Métropole, j'ai également été responsable du développement de la région de Montréal. Ce sont des postes qui ont toujours été tournés vers le "vivre ensemble". Aujourd'hui, au Japon, dans ce pays non membre de la francophonie, il m'apparaît utile de contribuer à faire connaître sa diversité.

J'ajouterai qu'il faut distinguer deux choses très importantes : la promotion de la langue française et la francophonie. La langue française est le point commun de tous les pays membres et l'on se rejoint aussi sur des valeurs communes de solidarité et d'égalité. En ce moment, nous entendons également faire connaître de nouvelles avenues comme la francophonie économique et la francophonie numérique.

Ensuite, mon mandat de déléguée générale me permet de couvrir tous les domaines où est présent le Québec à l'international. Effectivement, le Québec exerce ses propres compétences dans certains domaines clés comme l'économie, la culture, l'éducation, la santé et l'immigration. En diplomatie, nous avons une relation privilégiée avec la France, mais nous sommes également présents dans 28 pays. Le Québec travaille beaucoup avec les Etats-Unis, l'Europe, mais aussi l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine.


Vous êtes la présidente du Conseil pour la promotion de la francophonie au Japon. Pouvez-vous nous faire le bilan actuel de la situation de la francophonie au pays du Soleil-Levant ?


Le Conseil pour la promotion de la francophonie au Japon est né en 2010. Il a été précurseur de la volonté exprimée par l'Organisation Internationale de la francophonie lors du Sommet de Montreux, qui encourage la formation de groupes d'ambassadeurs francophones. Au Japon, nous avons pris la forme de ce Conseil, qui est aujourd'hui formé d'une vingtaine d'ambassades, d'organismes de promotion de la langue française et également d'associations de professeurs de français. Le français est d'ailleurs très prisé des Japonais. Ils sont très intéressés par notre langue, notre histoire, notre culture... Notre volonté est donc de faire vivre la langue française dans des activités plus ludiques et ainsi présenter au public japonais sa grande diversité au quotidien ainsi que la richesse des cultures.

Par exemple, je participe souvent aux concours d'éloquence du français, puis à certaines journées de la francophonie. Je vais dans les écoles à la rencontre des élèves qui découvrent à chaque fois avec étonnement que le français est parlé ailleurs qu'en France. Ils sont curieux, ils ont envie d'en savoir plus. Cela fait partie intégrante du rôle de notre organisation.



Quelles actions réalisez-vous pour faire la promotion de la francophonie au Japon ?

On se réunit régulièrement pour partager, entre autres, la programmation de nos activités culturelles et de nos grands événements. Evidemment, le rendez-vous annuel phare est la Journée internationale de la francophonie qui se déroule à Tokyo, mais aussi à Kyoto, à Kobe ou encore à Fukuoka. C'est une diversité que l'on recherchait depuis des années. L'événement tokyoïte rassemble près de 900 Japonais à l'Institut français. Ce public, très familial, se rend à cette journée pour découvrir les différentes facettes de la francophonie, telles que la gastronomie ou la culture.

Il y a aussi une journée importante organisée par la Société japonaise de didactique du français, appelée "la Journée de Découverte de la Francophonie". Ce sont, par exemple, les professeurs qui font travailler les jeunes Japonais sur des projets variés. On y présente le résultat de ces travaux, on y organise des quiz et on y met en place des interviews pour valoriser la langue française.

Les Jeux olympiques de Tokyo 2020 sont aussi une très grande opportunité de redynamiser la francophonie en Asie. N'oublions pas que le français est la première langue olympique. Un grand "témoin" sera également nommé par l'Organisation Internationale de la francophonie pour correspondre à la charte olympique. Avec 2020 en ligne de mire, notre souhait le plus cher est que le français puisse continuer de vivre au Japon. Aujourd'hui, il faut continuer nos efforts. Nous avons de nombreux atouts qu'il faut faire valoir. Le français n'est d'ailleurs pas en déclin puisqu'il y a une augmentation du nombre de locuteurs francophones dans le monde et le français est toujours parlé sur les cinq continents.

C'est aussi une langue de diplomatie. Environ 250 diplomates francophiles travaillent au ministère japonais des affaires étrangères.
Pour finir, la valorisation du français est toujours très réussie lors des concours d'éloquence organisés à Tokyo par la Maison Franco-japonaise et à Kyoto par l'Université des langues étrangères.



Vous êtes également la Déléguée générale du Gouvernement du Québec, ici à Tokyo. La communauté québécoise y est-elle bien développée ?

Oui et elle se développe de jour en jour. Pour l'histoire, le Québec est au Japon depuis 44 ans. Cela a commencé par l'exposition universelle d'Osaka en 1970 pendant laquelle environ cinq millions de visiteurs se sont déplacés au pavillon du Québec. Ainsi ont démarré les échanges économiques entre nos deux pays. Nous sommes d'ailleurs la seule délégation générale du Gouvernement du Québec en Asie. Notre rôle est de couvrir les activités commerciales, mais aussi la culture, la recherche, l'innovation, les échanges académiques ou encore la diplomatie, soit toutes les activités où nous avons des compétences.

De plus en plus de Québécois viennent également au Japon, des gens d'affaires, des chercheurs, des jeunes et des artistes. L'intérêt est réel. L'an dernier, plus de 300 entreprises commerciales et culturelles québécoises ont été accompagnées par les attachés de la délégation générale. Si une entreprise travaille dans tel secteur, nous lui faisons rencontrer des entreprises japonaises correspondantes. Nous avons un rôle, comme on dit ici, de "nakodo". Nous faisons le pont, le lien, entre les entreprises pour les préparer et les aider à répondre aux exigences japonaises.

Finalement, nous faisons aussi découvrir le Québec aux Japonais. Nous organisons des programmes et des missions de groupe pour venir découvrir le Québec et en faire la promotion.

 

Nous fêtons aujourd'hui, avec un peu d'avance, la Fête Nationale du Québec. Que représente pour vous cette belle fête annuelle ? A-t-elle une saveur particulière lorsqu'on la fête pour la 4ème fois au Japon ?

Notre Fête nationale est vécue comme un grand événement. C'est une grande fête populaire. Ce soir, nous avons décidé de réunir nos amis Japonais et nos amis francophones pour la fêter, la vivre ensemble. D'ailleurs, les Japonais disent souvent que "les Français, c'est l'art de vivre et les Québécois, la joie de vivre". Ils nous identifient beaucoup à cet esprit de fête grâce aussi à la belle image que l'on véhicule avec nos grands festivals estivaux renommés. Nous désirons, ce soir, mélanger nos contacts d'affaires francophones avec des Japonais francophiles pour un événement moins officiel, plus festif. Pour ma part, j'ai la chance d'être encore ici cette année et c'est un honneur d'organiser cet événement à Tokyo. Aujourd'hui, sous le signe de la musique électronique, notamment avec Mutek Japan mis de l'avant, nous souhaitons un grand moment de plaisir, ensemble.

Lepetitjournal.com Tokyo remercie infiniment Claire Deronzier et son équipe pour leur gentillesse et leur disponibilité, ainsi que pour l'invitation à cette soirée riche en belles rencontres, sous le signe de la francophonie et du Québec.

 

Julien Loock

Julien Loock

Rédacteur en chef de l'édition de Tokyo depuis décembre 2016.
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