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SOCIETE - 20 ans après l'attentat au gaz sarin, la menace terroriste encore plus d'actualité

Écrit par Lepetitjournal Tokyo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 28 mai 2015

 

Vingt ans après le terrifiant attentat au gaz sarin perpétré par la secte Aum dans le métro de Tokyo, la menace terroriste est une préoccupation majeure pour le Japon dont plusieurs ressortissants ont encore été tués dans une attaque mercredi en Tunisie

Le 20 mars 1995, selon un procédé très réfléchi, plusieurs membres de l'organisation occulte Aum Vérité suprême, créée par le gourou Shoko Asahara, répandaient du gaz sarin dans des rames de métro convergeant vers le coeur administratif de la capitale. Nul ne comprit tout de suite ce qu'il se passait à cette heure matinale, en pleine période de pointe, alors que de nombreux passagers sortaient suffoquant, sans plus rien voir, de diverses bouches de métro des lignes visées. Près de 6.300 personnes intoxiquées, 13 morts: le bilan de cet attentat inédit fut un énorme choc pour la société nippone qui ne parvient toujours pas à expliquer comme cela a pu arriver. Quelque temps auparavant, lors d'une sorte de répétition, sept personnes avaient été tuées dans la ville centrale de Matsumoto, au centre du pays, et 600 autres avaient souffert de maux divers, parfois définitifs. La secte était parvenue à fabriquer dans un laboratoire d'importantes quantités de gaz sarin, un produit mortel créé par des scientifiques sous le régime nazi en Allemagne à la fin des années 1930. Asahara et 12 de ses disciples ont été condamnés à mort pour les crimes commis, mais aucun n'a encore été exécuté, alors que comparaît actuellement en justice le dernier des membres arrêtés de cette organisation.

Un monstre nourri par la société
Le Japon avait regardé avec une fascination mêlée d'angoisse germer et grandir Aum dans les années 1980 et 1990. Le chef mystique Asahara (de son vrai nom Chizuo Matsumoto) allait d'émissions de télévision en podiums de campagne électorale pour capter l'attention des citoyens, parmi lesquels de jeunes scientifiques de haut vol, des médecins, des avocats et autres individus appartenant à l'élite. "Ces gens intelligents se sont ruinés en rejoignant Aum", souligne l'avocat Yuji Nakamura. La secte a attiré ainsi jusqu'à plus de 10.000 adhérents. Malgré de très nombreux témoignages, des livres (dont Underground, un document signé du romancier Haruki Murakami) et les procès qui ont abouti à la condamnation de quelque 200 membres d'Aum, les événements de 1995 restent entourés de mystère. "Le processus judiciaire aurait pu être l'occasion pour le Japon de partager des idées avec le monde en lutte contre le terrorisme, pas seulement de traiter un à un les crimes et faits reprochés aux coupables", a souligné Kimiaki Nishida, professeur de psychologie à l'Université Rissho. Mais les leçons n'ont selon lui ni été tirées, ni a fortiori partagées. Vingt ans après cet attentat, le terrorisme reste une menace réelle pour le Japon. Aum existe toujours sous d'autres noms et ses avatars continuent de recruter des fanatiques d'Asahara qui seraient au nombre de 1.650 membres, un fait dénoncé par l'avocat Nakamura. "Nous pouvons détruire Aum et nous devons mettre fin à cette organisation", insiste-t-il.

Danger étendu à l'extérieur
Outre qu'il doit prévenir le risque sur son sol, le Japon est aussi de plus en plus forcé de coopérer avec d'autres nations pour élargir sa surveillance aux organisations étrangères, comme le montrent les événements récents. C'est en ce sens que, reconnaissant un déficit de moyens de renseignement dans des zones de danger comme le Moyen-Orient et l'Afrique, le gouvernement nippon cherche à se rapprocher de pays plus expérimentés. Ainsi a-t-il décidé la semaine passée de renforcer ses échanges d'informations dans ce domaine avec la France "qui a une très bonne connaissance de ces régions", dixit un diplomate nippon. Le temps presse d'autant plus que la menace s'est concrétisée à plusieurs reprises. Deux Japonais ont été décapités en début d'année par le groupe Etat islamique (EI) en Syrie après des semaines de détention et une série d'ultimatum adressés au gouvernement japonais, perçu comme un allié des Américains. Dix autres Nippons avaient péri dans l'attaque d'un site gazier en Algérie en 2013 et encore au moins trois mercredi dans la tuerie survenue au musée Bardo à Tunis.
(http://www.lepetitjournal.com/tokyo avec AFP) vendredi 20 mars 2015

logofbtokyo
Publié le 19 mars 2015, mis à jour le 28 mai 2015
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