

L'organisation nationaliste anti-coréenne du Zaitokukai a été condamnée lundi par un tribunal de Kyoto à payer 91.000 euros de compensations et a reçu l'interdiction de manifester autour d'une école dont elle avait perturbé à plusieurs reprises les cours. Un verdict qui reconnait pour la première fois que des insultes proférées lors d'un rassemblement pouvaient constituer une forme de discrimination raciale, alors que le sentiment anti-coréens s'est accentué cette année
Un tribunal de Kyoto a condamné lundi des militants anti-coréens à payer des dommages et intérêts pour avoir perturbé les cours d'une école coréenne en organisant des manifestations et en proférant des propos racistes, et leur a interdit tout nouveau rassemblement autour de cette dernière. Ce jugement reconnait pour la première fois que des insultes explicites proférées lors de manifestations constituent une discrimination raciale.
Condamné à 91.000 euros de dommages et intérêts
Les actions du Zaitokukai, organisation nationaliste japonaise anti-coréenne fondée en 2006, autour de cette école coréenne, sont "illégales", a annoncé le juge, Hitoshi Hashizume. Elles "constituent une discrimination raciale telle que définie dans la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale que le Japon a ratifiée", a-t-il ajouté, cité hier par le Japan Times. Selon le verdict, le Zaitokukai et ses activistes devront payer environ 12 millions de yens (91.000 euros) de dédommagements et sont interdits de se rassembler dans un périmètre de 200 mètres autour de cette école pro-Pyongyang située dans l'arrondissement de Minami à Kyoto. Le responsable de l'établissement scolaire avait demandé 30 millions de yens de compensations. Il avait déposé en juin 2010 sa plainte contre l'organisation nippone et huit de ses membres pour avoir proféré des discours racistes en trois occasions, de décembre 2009 à mars 2010, à proximité de l'école primaire. Les militants avaient scandé avec des mégaphones des slogans tels que "Virez les écoles coréennes du Japon !", ou encore "enfants d'espions !".
Un sentiment amplifié sur fond de polémiques
Plusieurs centaines de milliers de Coréens vivent actuellement au Japon, ce qui en fait le groupe minoritaire le plus important dans l'archipel. Beaucoup d'entre eux sont les descendants d'ouvriers venus travailler durant la période d'occupation japonaise de la Corée, de déportés durant la Seconde Guerre mondiale ou encore de réfugiés d'après 1945. Bien que le sentiment anti-coréens ne soit pas nouveau chez une certaine frange de la population nippone, il s'est renforcé cette année avec la multiplication des rassemblements de l'extrême droite, sur fond de polémiques autour des îles Takeshima ou des femmes de réconfort. À Tokyo, plusieurs centaines de membres du Netouyo (un mouvement créé sur internet et assimilé au Zaitokukai), se sont réunies régulièrement en début d'année dans le "little Korea" de Shin-okubo, en criant des slogans tels que "Tuez-les ! Tuez-les !", tout en surnommant les Coréens de "bande de cafards" et en menaçant "de les jeter à la mer". Fondé par un homme qui serait un quarantenaire répondant au pseudonyme de Makoto Sakurai, le Zaitokukai revendique plus de 13.000 membres à travers le Japon. Il s'inspire du Tea Party aux États-Unis, mais nie toute accusation d'appel à la haine et de racisme, malgré les dérapages réguliers dont ses membres font preuve.
Quentin Weinsanto (http://www.lepetitjournal.com/tokyo) mercredi 9 octobre 2013











