Aux assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale de Bangkok, la « petite IA » s'impose comme voie vers l'emploi. Le ministre Ekniti Nitithanprapas dévoile la stratégie thaïlandaise.


Les assemblées annuelles 2026 du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale se sont ouvertes le lundi 12 octobre 2026 au Centre national de conventions Reine Sirikit, à Bangkok. Elles se tiennent jusqu'au 18 octobre sur le thème « Thailand's New Horizons: Empowering People, Building Resilience ».
Dès le premier jour, l'intelligence artificielle s'est imposée au cœur des débats, dans sa version « petite » : des outils accessibles, peu coûteux et adaptés aux besoins des pays en développement.
L’opportunité de la petite IA est énorme
Le président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga, défend cette « petite IA » plutôt qu'une course aux plus grands modèles, dominée par les États-Unis et la Chine. Beaucoup de pays émergents n'ont ni la puissance de calcul, ni l'électricité fiable, ni les talents nécessaires pour jouer dans cette catégorie.
Il cite deux exemples. En Inde, un agriculteur illettré peut pointer un simple téléphone 3G vers le dos d'une feuille pour identifier une maladie, puis acheter l'insecticide adapté. En Indonésie, le personnel des dispensaires peut évaluer un patient et consulter à distance un médecin spécialiste. « L'opportunité de la petite IA pour créer des emplois et de la productivité est énorme », a-t-il affirmé.
Environ 1,2 milliard d’enfants et de jeunes gens atteindront l’âge de 18 ans dans les quinze prochaines années, rappelle-t-il. Ils doivent être préparés. Le secteur privé génère 75% à 85% des emplois. Il faut être formé pour répondre à sa demande. « Ce sont les capitaux privés qui créent des emplois. Les gouvernements facilitent. »
Un tsunami au ralenti
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, estime que l'investissement massif dans les infrastructures d'IA soutient la croissance mondiale, autour de 3%, malgré le choc énergétique. Les fournisseurs asiatiques de matériel, dont la Thaïlande, en profitent. La prochaine vague sera, selon elle, celle de l'adoption par tous.
Mais Kristalina Georgieva met aussi en garde : l'IA pourrait impacter environ 40% des emplois dans le monde. Elle la compare à un « tsunami au ralenti » qui s'approche du marché du travail. Les jeunes diplômés sont les plus exposés. Le président de Singapour, Tharman Shanmugaratnam, rappelle de son côté que la croissance ne garantit pas à elle seule des emplois de qualité et appelle à multiplier stages et formations pratiques.
La Thaïlande : « AI in all, all in AI, AI for all »
Lors de cet atelier, le vice-Premier ministre et ministre des Finances thaïlandais, Ekniti Nitithanprapas, a affiché trois priorités :
- Rendre les emplois existants plus productifs. Le gouvernement a lancé « Nok Krasip » (« les oiseaux chuchoteurs »), un assistant intégré aux portefeuilles mobiles qui permettent aux petits commerçants de percevoir leurs aides en cette période de choc énergétique. Près d'un million d'entre eux l'utilisent pour gérer leurs stocks et calculer leurs bénéfices.
- Créer de nouveaux emplois. Le pays attire des investissements dans les centres de données, les semi-conducteurs et le cloud mais « on ne peut pas se contenter d'investir dans les infrastructures », reconnaît le ministre. Le programme « Skill Bridge » associe établissements de formation et investisseurs pour fournir les compétences recherchées.
- N'oublier personne. « Tout le monde ne s'adaptera pas à l'IA à la même vitesse », admet-il aussi. Le monde change. Celui de l’emploi notamment. Il faudra faciliter cette transition, aider ceux qui ont plus de mal à s’y adapter. L’IA elle-même pourra être une aide, estime Ekniti Nitithanprapas.
L’objectif de la Thaïlande est toujours le même : devenir un pays à revenu élevé en 2037.












