Le Premier ministre thaïlandais récupère le contrôle du Corridor de l'Est. Depuis le forum ASEAN-Russie, il se présente comme le « commercial » du pays.


Depuis Kazan, où il participe au forum ASEAN-Russie du 16 au 19 juin, le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul assume un nouveau rôle. Le voici devenu vendeur en chef de la Thaïlande. Son objectif est d’attirer davantage d'investissements étrangers et de promouvoir lui-même les grands projets du royaume auprès des dirigeants politiques et des investisseurs qu'il rencontre lors de ses déplacements.
Premier dossier concerné, l'Eastern Economic Corridor (EEC). Le 16 juin, le gouvernement a retiré à Phiphat Ratchakitprakarn, vice-Premier ministre et ministre des Transports, la supervision de l'EEC Office ainsi que la présidence du comité chargé de piloter la zone économique spéciale.
Le même jour, Phiphat Ratchakitprakarn apprend la décision en réunion. « On me l’a simplement lue », déclare-t-il aux journalistes. Interrogé sur les raisons de ce changement, il répond brièvement : « Demandez à Anutin. »
Selon une source de Government House citée par le quotidien The Nation Thailand, le Premier ministre souhaite reprendre l'EEC sous son contrôle direct afin d'en faire la vitrine de sa stratégie d'attraction des investissements étrangers.
Priorité au marketing
Créé dans les années 2010, l'EEC couvre les provinces de Chonburi, Rayong et Chachoengsao. Cette zone économique spéciale concentre une grande partie des infrastructures industrielles et des projets destinés aux investisseurs étrangers.
Anutin Charnvirakul estime que le travail d'infrastructure est largement achevé. La priorité est désormais le marketing. Le Premier ministre explique que ses déplacements à l'étranger doivent servir à créer des opportunités économiques concrètes pour la Thaïlande et à mettre en relation investisseurs et projets.
L'EEC servira de projet pilote. Le gouvernement veut en faire un hub mondial de la sécurité alimentaire et un centre régional pour les centres de données.
Pour atteindre cet objectif, plusieurs administrations doivent travailler ensemble. Selon la même source gouvernementale, c'est l'une des raisons qui ont poussé Anutin Charnvirakul à reprendre personnellement le contrôle du dossier.
Moscou comme terrain de prospection
À Kazan, le Premier ministre a présenté la Thaïlande comme une porte d'entrée vers le marché de l'ASEAN et ses plus de 700 millions d'habitants. Il a invité les entreprises russes à utiliser le royaume comme base pour développer leurs activités dans la région.
Devant les participants au forum ASEAN-Russie, il a mis en avant les infrastructures thaïlandaises, les ports en eau profonde, les réseaux logistiques, l'économie numérique et les projets liés aux centres de données et aux semi-conducteurs.
Anutin Charnvirakul a également proposé trois axes de coopération avec la Russie : le développement des connexions logistiques, le renforcement du commerce et des investissements, ainsi que les échanges entre les populations.
La Russie dispose d'importantes ressources énergétiques. La Thaïlande figure parmi les grands producteurs alimentaires mondiaux. Pour le Premier ministre, les deux économies ont des intérêts complémentaires.
En reprenant l'EEC depuis Kazan, Anutin Charnvirakul ne se contente pas de modifier un organigramme. Il prend lui-même en main le principal produit qu'il entend vendre aux investisseurs étrangers.










