Vendredi 28 août 2026, à Bangkok, Romain Liard présentera 25 ans de découvertes en Isaan. Et une trouvaille qui pourrait raconter une nouvelle histoire vieille de plus de 200 millions d’années.


À l’école primaire, avec mon meilleur ami, nous rêvions de devenir un jour « rechercheurs d’animaux préhistoriques » ! Qui n’a pas rêvé un jour de partir sur les traces des dinosaures ? Et puis, la vie…
Lui l’a fait.
Paléontologue depuis toujours
Romain Liard a 47 ans. Originaire d’Anjou, il a toujours adoré les dinosaures. Son père collectionnait les minéraux. Il y avait toute une ambiance familiale autour du sujet. Il est donc devenu géologue, certainement pas par hasard. « En Thaïlande, la plupart des paléontologues sont biologistes, explique-t-il. Une autre voie est la mienne et l’idée de devenir paléontologue était présente dès l’origine. » Après des études à Dijon, Lyon et Oxford, il travaille sur des chantiers de fouilles dans le sud de la France. Des Thaïlandais viennent s’y former, parmi lesquels Tida, celle qui deviendra sa femme. Les hivers sont calmes. Son directeur lui dit d’aller voir un peu ce qu’il se passe en Thaïlande. La paléontologie l’amène ici en 2007. Il s’installe en 2008 en Isaan, d’où sa femme est originaire. Aujourd’hui professeur de français à l’université de Khon Kaen, on lui a demandé d’y effectuer aussi des heures de recherche. Celles-ci l’ont ramené à ses premières amours : la paléontologie.
200 millions d’années plus tard…
Les 27 et 28 août 2026, se déroule à Bangkok le congrès annuel GéoThaï 2026, organisé par le ministère de l’Environnement. Les mines et les roches dépendent de lui. Le patrimoine des dinosaures aussi. « Il est de tradition que les paléontologues aillent y présenter leurs découvertes, les nouveaux sites, les problématiques d’actualité, explique Romain Liard. Nous interviendrons vendredi en fin de journée. » Un « nous » qui inclut son épouse et même ses filles.

Sa femme a un temps travaillé pour le ministère avant de rejoindre le monde universitaire et de se consacrer à la recherche à temps plein. Ensemble, ils travaillent sur l’icnologie, les traces biologiques, les traces de pas. « Nos outils ce sont le balai et le pinceau. Et le drone nous aide un peu aujourd’hui », avoue Romain Liard. Étant respectivement géologue et biologiste d’origine, ils se complètent parfaitement. « Pour trouver des traces de dinosaures, il faut trouver la bonne période et le bon environnement, généralement près des rivières, reprend-il. Ici, on travaille en surface parce qu’on manque de moyens pour les grandes carrières. Mais la nature fait bien les choses. L’eau est notre meilleur allié. À la fin de la saison des pluies, en collectant en surface, on trouve beaucoup de choses. Ou ouvre un carré de deux mètres sur deux et on cherche. Parfois, on trouve un os en surface. On en trouve même énormément. » 200 millions d’années après ! On a du mal à le croire. Même si ce n’est plus vraiment de l’os et que celui-ci est devenu roche. « On le distingue principalement par sa structure, sa porosité, sa couleur. Il est souvent blanc dans une roche rouge ou noir dans une roche marron. La taille compte peu parce que, contrairement à l’imaginaire, il y avait aussi des petits dinosaures pas plus grands qu’un poussin. »
La Thaïlande, terrain de jeu unique
La Thaïlande a ceci de particulier qu’on y trouve des traces datant du début de la période des dinosaures à presque la fin, une période qui s’étend sur des centaines de millions d’années. « C’est assez unique en Asie du Sud-Est et même en Asie. »

Alors, vendredi 28 août, Romain Liard viendra avec sa femme présenter un poster réalisé par ses filles, qui présente 19 sites et les découvertes qui y ont été réalisées au cours des 25 dernières années, en Isaan, car c’est là que tout se passe en la matière. La dernière revue globale de ce genre date de 2009. Les grandes découvertes d’alors étaient conjointes entre chercheurs francophones et thaïlandais. Des chercheurs que Romain Liard et sa femme sont retournés voir pour réunir toute la connaissance. Les premières découvertes, elles, datent de la fin des années 70. Puis, tous les deux ou trois ans, arrive une nouveauté. Chacune est en général présentée individuellement, d’où l’intérêt de la rare présentation générale de cette année.
Les tout premiers dinosaures ?
Il sera également l’heure de présenter une découverte réalisée il y a deux ans et qui pourrait être le début de quelque chose d’historique. Dans le canyon de Petchabun, l’équipe a mis au jour quatre formes d’empreintes appartenant à trois différents types d’animaux. Il pourrait s’agir des premiers dinosaures, qui se promenaient par là il y a un peu plus de 200 millions d’années. « Nous avons peut-être trouvé les premières traces, que l’on cherche depuis un siècle, de Sauropodomorphe, ancêtre des premiers dinosaures long cou longue queue, premiers géants du jurassique », s’émerveille Romain Liard.

« Ici, nous serions encore avant, dans le Trias supérieur… C’est unique parce que c’est peut-être plus ancienne découverte du genre. Nous voulons signaler à la communauté scientifique que nous avons peut-être ici une clé. Mais attention, nous avons la famille mais pas encore l’animal. Je ne sais pas si on trouvera les fossiles qui correspondent à l’animal. Nous avons l’empreinte. Aux autres d’aller chercher les fossiles, s’ils existent. En tout cas, nous avons trouvé l’endroit exact où ont marché les animaux dont deux se promenaient ensemble. Ensuite, l’un est parti à droite et l’autre à gauche. Se sont-ils séparés ? »
Une question sans réponse qui clôt une histoire qu’on écoute comme un enfant.
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