

« Le but final de toute activité plastique est la construction » écrivait Walter Grossius en 1919 dans le Manifeste original de l'école Bauhaus. Née dans une Allemagne meurtrie et exsangue au lendemain de la Première Guerre Mondiale, l'école Bauhaus va vite donner un sens nouveau à l'étude de l'architecture. Le but de l'architecture n'est plus de construire des palais et des édifices somptueux, mais de (re)construire des logements d'habitations pour les survivants de la guerre. Mais alors, comment expliquer que ce soit Tel Aviv et non Berlin, Weimar ou Munich qui ait été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO il y a maintenant 14 ans ?
Le Bauhaus, un courant avant-gardiste.
Comme nous l'avons rappelé ci-dessus, l'école Bauhaesus fut créée en 1919, à Weimar par Walter Grossius. En créant cette nouvelle école, il voulait révolutionner la manière de penser et de réaliser d constructions. L'architecture ne devait plus être une discipline autonome mais devait désormais être enseignée aux côtés du design, de la sculpture, de la peinture, de la menuiserie, du tissage ou de la ferronnerie. Cette inédite interdisciplinarité avait alors pour but d'inviter les étudiants et leurs maîtres à réfléchir sur de nouvelles techniques de création.
Cependant, l'école Bauhaus a vite connu d'importants tracas. En 1925, Grossius et ses disciples sont priés, par l'exécutif local, de quitter Weimar. Ils s'exilent alors à Berlin. Mais, les soucis de la jeune école Bauhaus ne s'arrêtent pas là. En janvier 1933, à la suite des élections législatives, le parti nazi accède au pouvoir et son leader, Adolf Hitler, devient chancelier. Les effets de ce bouleversement politique ne se font pas attendre. Au printemps 1933, l'école Bauhaus considérée comme « dégénérée » est dissoute et ses principaux leaders contraints à l'exil. L'inventeur, de l'école Bauhaus, est trop âgé pour quitter l'Allemagne, les autres, plus jeunes, prennent la fuite. Beaucoup optent pour les Amériques, quelques-uns, partent pour la Palestine rêvant d'y créer un Etat juif.
Après avoir fui l'Allemagne et s'être installé à Chicago, le dauphin de Walter Grossius, Laszlo Moholy-Nagy, sur ordre de son maître crée l'école du nouveau Bauhaus : le « New Bauhaus » en 1937. Ce n'est cependant pas la création de cette nouvelle école qui permet d'expliquer la richesse du patrimoine architectural de Tel Aviv.
Le Bauhaus à Tel Aviv.
Afin d'expliquer, la richesse du patrimoine Bauhaus de Tel Aviv, il faut surtout se pencher sur l'Europe des années 1930. Si Adolf Hitler arrive au pouvoir en 1933 en Allemagne, il n'est pas le premier chef d'Etat Européen à faire de l'antisémitisme une idée politique. En Pologne, en Ukraine et dans toute l'Europe de l'est, l'antisémitisme est utilisé pour expliquer les difficultés économiques et tous les maux de la société. Les pogroms se multiplient et par conséquent, les juifs qui en ont les moyens prennent la fuite, certains partent aux Etats Unis, d'autres ont lu Herzl et partent en Palestine parmi eux, quelques-uns, à l'image de Patrick Geddes, fréquentaient l'école Bauhaus.
Finalement, entre 1929 et 1939, ce sont plus de 180 000 migrants venus d'Europe de l'Est qui viennent s'établir à Tel Aviv. Tout à fait logiquement, Tel Aviv ne peut pas loger tous ces nouveaux arrivants. La demande de logement explose. Il faut trouver un moyen de construire rapidement des immeubles d'habitations pour accueillir tous ces gens qui fuient l'Europe et les persécutions. C'est à ce moment que les anciens élèves de l'école Bauhaus entrent en jeu. C'est à eux que sera confiée la construction de plus de 4000 nouveaux immeubles. Le Bauhaus était souvent resté une théorie très peu mise en place, Tel Aviv va l'expérimenter à grande échelle.

Le quartier Bauhaus de Tel Aviv à la fin des années 1930.
Le Bauhaus, allégorie de l'idéal sioniste.
Selon plusieurs chercheurs, si c'est aux exilés issus de l'école Bauhaus qu'a été confiée la réalisation de plus de 4000 logements à Tel Aviv pour les nouveaux arrivants c'est parce que l'architecture et la philosophie Bauhaus sont en fait deux allégories des deux principaux fers de lance du sionisme de l'époque : l'équité sociale et la revivification du peuple juif.
D'un côté, les logements Bauhaus qui sortent de terre dans les années 1930 à Tel Aviv permettent à chacun d'avoir accès à un logement. De plus, les logements sont en même temps modestes et fonctionnels, dans le Tel Aviv des années 30, aucune distinction sociale ne pouvait être fait par la taille ou l'architecture de l'habitation. Le Bauhaus mis en place à Tel Aviv permet donc d'atteindre l'idéal socialiste promu dans la pensée sioniste de Théodore Herzl.
D'autre part, les logements Bauhaus ont un avantage qui ne peut être négligé, on peut les construire très rapidement, plus de 4000 immeubles à Tel Aviv en 15 ans. La rapidité de réalisation de l'architecture Bauhaus a donc permis d'accueillir tous les juifs qui le souhaitaient à Tel Aviv. Quoi de mieux pour façonner une identité nationale juive en Palestine, indispensable au but ultime du sionisme : la création d'un Etat juif ?
Un patrimoine aujourd'hui menacé.
Si le Bauhaus a certainement été un élément important dans la création de l'Etat d'Israël et fait aujourd'hui la fierté de Tel Aviv et de tout l'Etat hébreu, ce formidable patrimoine est menacé. En effet, sur les 4000 logements Bauhaus construits, seuls une centaine ont été rénovés. C'est donc pour débloquer des aides et pemettre la restauration de ce patrimoine que le quartier Bauhaus fut inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2003.

Depuis cette inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO, le musée Bauhaus de Tel Aviv a même pu être rénové et a rouvert il y a peu. A ne pas manquer à Tel Aviv !
Sources et crédits photos : Bauhaus Center, Mairie de Tel Aviv
Nathan Lascar - (www.lepetitjournal.com/tel-aviv) - le jeudi 29 juin 2017







