Mercredi 12 août 2020
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ENTRETIEN AVEC PATRICK RINGGENBERG - Docteur en histoire et spécialiste de l'histoire iranienne

Par Lepetitjournal Téhéran | Publié le 16/10/2016 à 22:00 | Mis à jour le 05/10/2016 à 20:47

Nous avons rencontré Patrick Ringgenberg, chercheur à l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne, spécialiste de l'histoire iranienne, auteur notamment du "Guide culturel de l'Iran", un ouvrage de référence pour tous les passionnés de la destination. Il nous a parlé de son parcours, de ses publications et de son expérience après 16 ans sur place.

Patrick Ringgenberg, diplômé en cinéma-vidéo de l'École Supérieure d'Art Visuel de Genève (aujourd'hui HEAD), diplômé en sciences religieuses de l'École Pratique des Hautes Études (Paris-Sorbonne), docteur en histoire de l'Université de Genève, et actuellement chercheur associé à l'IRCM (Université de Lausanne) et partage son temps entre l'Iran et son pays natale la Suisse.

Mikael Setti - Depuis combien de temps êtes-vous en Iran ?

Patrick Ringgenberg - J'ai commencé à faire des allers-retours régulièrement il y a 16 ans et depuis 3 ans maintenant j'y passe entre 7 et 8 mois par an. Je partage mon temps entre l'école polytechnique de Lausanne où je suis responsable du projet Iran et où j'enseigne et mes recherches sur le terrain. 

 Qu'est ce qui vous a poussé à venir en Iran ?

 J'étais très intéressé par la culture persane étant jeune et au final les hasards de l'existence m'ont conduit ici. À la fin des années 90, pendant le premier boom touristique de l'ère Khatami, une agence de voyage suisse m'avait envoyé sur place afin de prospecter. J'ai été émerveillé par la culture et j'ai décidé de m'y investir au fur et à mesure.

 Entretenez-vous des relations avec la communauté francophone en Iran ?

 Je fréquente peu la communauté francophone, j'ai eu des relations avec l'IFRI (L'Institut français de recherches en Iran) mais au final pas vraiment.

 On vous connaît en Iran et au sein de la communauté francophone par rapport au Guide Culturel  de l'Iran que vous avez écrit, quelle est l'histoire de ce projet ?

 Au départ, ce projet avait pour ambition de faire redécouvrir l'Iran, un continent en soit. Nous avions à l'époque très peu d'informations concrètes sur la destination à part les guides de voyage traditionnels. J'ai commencé à écrire le guide en 2001, une mauvaise année où toutes les aides possibles ont disparu, j'ai néanmoins persévéré et la première édition est parue en 2006. Il y a eu des hauts et des très bas durant le projet mais au final le plus important c'est que le projet ait vu le jour.  J'ai voulu par cet ouvrage donner une vision culturelle de la destination sans vouloir rentrer dans le domaine des guides de voyages classiques qui doivent faire des rééditions permanentes à cause des établissements qui changent régulièrement. C'est une petite encyclopédie illustrée qui permet aux  voyageurs d'avoir des informations intemporelles sur des sites déterminés. Nous en sommes à la quatrième réédition.

 Pourquoi l'Iran dispose de si peu d'ouvrages spécialisés en français ?

 Le monde Arabo-sunnite a pris une part très importante dans la communication du monde musulman, avec beaucoup d'auteurs originaires notamment du Maghreb qui certes ont des ouvrages de qualité, mais qui relayent l'Iran Chiite au second plan. Il faut reconnaître la situation propre à l'Iran qui, pendant des décennies ne permettait pas des recherches approfondies. Il y a des spécialistes en dehors du pays qui n'ont pas la vision du terrain et même en étant sur place les recherches restent difficiles. Sans compter le système médiatique international qui avait placé l'Iran sur une sellette et qui ne permettait pas de présenter le pays sous un angle positif. L'image de l'Iran a évolué au gré des fluctuations géopolitiques. Les clichés disparaissent progressivement, l'Iran n'est pas le pays des femmes battues comme on a bien voulu nous le faire croire. De plus, la facilité avec laquelle les médias ont radicalement changé de position a donné un sentiment assez ambigu de la réalité. « Quand les astres sont pour vous tout marche, mais quand ils sont contre vous, rien ne marche » une citation de Ferdowsi qui illustre bien la réalité. 30 ans de propagande anti-iranienne balayée pour le bien de tous comme un coup de baguette magique.

 Suite à l'ouverture et au retour de l'Iran au devant de la scène internationale, est-ce que vous sentez concrètement des changements ?

 Je ne vois pas vraiment de changements radicaux. Les jeunes ont des attitudes sociales qui peuvent peut-être paraître différentes, sur le terrain l'ouverture de multiples centres commerciaux et coffee shop à travers la capitale et la modernisation des infrastructures, mais en réalité, ce phénomène existait déjà avant. Les fondamentaux restent les mêmes et si il y a un problème générationnel évident, il reste propre à de nombreux pays.

 Vous êtes impliqué dans un projet d'agence de voyages, quel est votre rôle ?

 J'occupe le poste de conseiller culturel au sein de Tech Travel, nous sommes spécialisés sur les voyages vers la Suisse et ouvrons prochainement un département inbound, mais je n'ai pas d'activités dans la logistique. il m'arrive d'accompagner des groupes de voayageurs afin de leur donner un point de vue spécialisé , ma contribution s'arrête là, je suis un universitaire avant tout.

 

 Votre nouvel ouvrage sur le sanctuaire de l'Imam Reza à Mashad vient de paraître en Iran, quelques mots à ce sujet ?

 C'est un projet assez ancien pendant lequel j'ai fait des découvertes étonnantes. Le sanctuaire de Mashad est l'un des sites religieux les plus fréquentés du Monde et paradoxalement, aucun écrit sérieux n'avait été fait en français, laissant un vide sur un sujet très intéressant. Il y a encore de nombreux points à explorer sur la spiritualité iranienne,  malgré les écrits d'Henri Corbin qui servent de fondamentaux aux chercheurs et ceux, notamment, d'Amir-Moezzi et de Christian Jambet.

 

Comment s'est passé la réalisation du projet?

C'est un projet qui a été assez difficile à financer, car étonnamment, les grandes fondations iraniennes n'ont pas été intéressées par le projet, mon éditeur a couru pendant deux ans après les fonds nécessaires. Au final c'est un ouvrage présentant de nombreuses photographies et accompagné de commentaires très précis qui servira de base à de nombreux historiens et passionnés en manque de sources fiables.

 Comment vivez-vous votre expatriation de façon générale ?

 Il y a eu des hauts et bas? On a tous des traversées du désert dans l'expatriation indépendante mais les choses se débloquent assez rapidement, une rencontre ou un évènement peuvent tout changer, je n'ai jamais voulu tourner le dos à l'Iran et j'ai toujours essayé d'avancer sur mes projets même dans les moments les plus difficiles. Comme résidant  étranger, l'Iran est une destination qui reste quand même complexe et qui demande une grande réflexion sur beaucoup de points.

Mikael Setti (www.lepetitjournal.com/teheran) Lundi 17 octobre 2016

Pour en savoir plus :

http://patrickringgenberg.com

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