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ENTRETIEN - Abdekmoun'aam Ahriz, Ambassadeur d'Algérie en Iran

Par Lepetitjournal Téhéran | Publié le 01/11/2016 à 00:05 | Mis à jour le 01/11/2016 à 06:45

 

Mikael Setti - Depuis combien de temps êtes-vous en poste en Iran ?

Monsieur Ahriz Abdelmoun'aam - Je suis arrivé en mars 2015 et j'ai présenté mes lettres de créances le 20 avril de la même année. Avant cela j'étais en poste au ministère des Affaires étrangères algérien en tant que directeur pour les relations avec l'Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada, Mexique).

Pouvez-vous nous parler de la communauté algérienne installée en Iran ?

Nous avons une petite communauté algérienne installée en Iran, principalement entre Téhéran et Qom. La plupart de nos ressortissants suivent des cursus en sciences religieuses à l'Université internationale Al Mustafa.

Concernant la communauté algérienne installée à Qom, que pouvez-vous nous en dire ?

Nos ressortissants installés à Qom sont musulmans et ont décidé de suivre le courant Chi'ite de l'Islam. Nous n'avons aucun problème avec ce choix fait par nos concitoyens, le problème  réside plutôt dans la politisation que font certains de cette question. En Algérie, nous respectons toutes les religions ainsi que les courants y afférant. Toutes les religions sont représentées sur notre territoire et aucun mouvement ne fait l'objet de persécution ou de répression, l'Algérie est une terre ou les chrétiens, les juifs et les musulmans ont toujours cohabité. D'ailleurs nous organisons le 9 novembre une réception où toute la communauté algérienne de Qom est invitée à participer.

Concernant les activités culturelles de l'Algérie en Iran, est ce que vous organisez des évènements ? Y a-t-il une volonté de faire connaître l'Algérie aux Iraniens ?

L'Algérie est présente à travers l'Ambassade en Iran, la dernière semaine culturelle algérienne remonte à 2009, mais il y aura cette année une grande semaine culturelle qui sera organisée du 12 au 16 décembre par le Ministère algérien de la Culture avec des spectacles de musique algérienne, la projection de films, des expositions sur la Révolution algérienne, des expositions sur l'artisanat algérien, des conférences sur l'Iran et l'Algérie. Le ministre algérien de la Culture sera présent pour l'occasion. Ce sera une très grande semaine culturelle. Depuis mon arrivée, nous avons anticipé et nous avons organisé plusieurs évènements visant à promouvoir la culture,  l'artisanat et la cuisine algérienne.

 

Nous avons constaté qu'il y avait un manque de connaissance concernant notre pays vis-à-vis des Iraniens et nous mettons tout en ?uvre afin de combler cette méconnaissance. L'ambassade est active par son intervention dans de nombreux évènements dont notamment l'exposition internationale sur le tourisme et hôtellerie à Ispahan il y a quelques mois.  Les actions culturelles renforcent les relations entre les pays et les peuples, c'est pour cela que nous avons organisé les 22 et 23 octobre des journées portes ouvertes sur l'Algérie,  avec des expositions photos sur des thèmes variés allant de la Révolution algérienne avec également un devoir de mémoire sur les actes commis par l'occupant français pendant la colonisation, et sur les us et coutumes de notre pays afin de faire découvrir notre culture et nos traditions.

Il y a eu un temps mort dans les activités culturelles du fait de la tension internationale, mais quelles sont les relations générales entre les deux pays ?

Politiquement nous avons toujours entretenu d'excellentes relations avec nos partenaires iraniens à un très haut niveau. D'une part entre autre, grâce à nos relations au sein de l'ONU et d'autre part au sein de l'OPEP. Les positions algériennes et iraniennes sont convergentes sur de nombreux points comme la nécessité d'une solution politique aux conflits en cours au Yémen, en Syrie et en Libye, la question de la stabilisation du marché pétrolier et sur d'autres sujets de politique internationale.

Concernant l'accord intervenu entre les pays membres de l'OPEP le mois dernier, est-ce que l'on peut dire que l'Algérie et l'Iran ont fait front commun afin d'obtenir un accord sur  la fixation des prix du baril de brut ?

Nous tenons dans un premier temps à remercier très sincèrement la délégation iranienne et le ministre iranien du Pétrole, Monsieur Bijan Namdar Zenganeh pour leurs rôles très actifs et coopératifs au sein de cette conférence. L'Algérie a joué le rôle de facilitateur entre les pays membres de l'OPEP, en essayant de faire converger leurs positions dans un intérêt commun. Les pays membres ont pris des positions responsables, ce qui a contribué à stabiliser les prix. Nous attendons maintenant la prochaine réunion de l'OPEP courant novembre qui je l'espère,  confirmera les avancées réalisées et permettra de  stabiliser les cours du baril de brut  entre 50 et 60 dollars, ce qui permettrait au marché de retrouver un équilibre et effacerait les effets néfastes de cette crise sur les pays producteurs de pétrole dont nous faisons partie.

Concernant les échanges commerciaux avec l'Iran ? 

Sous l'effet de la baisse des prix du pétrole, nos réserves de change ont baissé de moitié et sont actuellement à 121,9 milliards de dollars, nous importons plus que nous exportons? Nous n'avons toujours pas réussi à diversifier notre économie, 96% de nos revenus en devises proviennent de l'exportation des hydrocarbures (pétrole et gaz). Des mesures récentes ont été prises afin de développer nos autres exportations. Les échanges commerciaux avec l'Iran sont très faibles, 14 millions de dollars en 2015, et représentent essentiellement l'importation par l'Algérie de produits locaux comme les pistaches, les tapis et quelques services d'ingénierie. Il y a le problème des transferts bancaires qui persiste mais qui devrait se débloquer dans les semaines à venir. Des discussions sont en cours entre les banques centrales de nos pays. Nous espérons donc un flux d'échanges plus important dans les mois à venir

Dans d'autres domaines comme celui du tourisme par exemple, pensez-vous qu'il y a des opportunités de développement économiques ?

 L'Algérie a beaucoup d'atouts dans ce domaine, nous avons la stabilité, le climat est propice aux visites tout au long de l'année mais l'Algérie n'arrive pas à attirer suffisamment de visiteurs. Cela est dû en partie, à la décennie noire pendant laquelle le tourisme était impossible pour des raisons évidentes de sécurité. Depuis la normalisation de la situation, il y a effectivement plus de visiteurs mais le problème qui se pose est un problème d'accueil, de mentalité, d'infrastructures. Il y a de nombreux projets privés en cours à travers le pays afin de combler ce manque, on sent bien que les acteurs locaux s'investissent de plus en plus, comme dans la région de Jijel à l'est d'Alger sur le littoral, où la saison estivale voit un flux incessant de visiteurs venant profiter des décors somptueux  tout en sachant que les voyageurs résident le plus souvent chez l'habitant.

Nous essayons d'encourager les agences de voyages iraniennes à s'intéresser au marché algérien, spécialement pendant la période de Norooz (le nouvel an iranien),  pendant laquelle le climat printanier se prête particulièrement à une découverte du pays. Les Iraniens sont de grands voyageurs, leurs destinations phares sont pour le moment les destinations classiques (Dubaï, Turquie, Russie, Thaïlande, Malaisie), nous les encourageons à venir découvrir l'Algérie.

Est-ce que les Algériens sont intéressés à découvrir l'Iran et quel est votre avis personnel sur la destination ?

Les Algériens connaissent l'Iran à travers les médias qui malheureusement pendant longtemps ont donné une image tronquée de la réalité. Pour ma part, je ne me base pas sur les caricatures faite par les médias, notamment occidentaux. Quand je suis arrivé en poste, j'étais accompagné de ma fille et nous avons découvert un autre Iran, un pays avec une très longue histoire, un pays moderne qui a fait de grandes avancées malgré l'embargo. L'Iran a de grandes capacités et se place en tête du développement dans la région. L'accès des femmes à l'éducation supérieure mise en avant comme en Algérie d'ailleurs où par exemple la moitié des postes de la magistrature sont assurés par des femmes. Il y de plus en plus d'Algériens qui viennent visiter l'Iran car, comme à l'instar de nos amis iraniens, nos concitoyens sont également des voyageurs avides de nouvelles destinations.

Concernant les commémorations du 1er novembre quel est l'histoire de cette date ?

Nous célébrons à cette date le déclenchement de la révolution nationale armée entre 1954 et 1962 contre l'occupation française qui a durée 132 ans.  C'est un devoir de mémoire et nous rendons hommage à tous nos martyrs qui ont contribué à l'indépendance de notre Nation. Nous organisons un évènement dans la sobriété  où nous invitons des représentants diplomatiques et des entreprises iraniennes et étrangères à la Résidence d'Algérie.

Pour conclure cet entretien, quelles sont selon vous, les qualités nécessaires  pour être un bon Ambassadeur ?

Indéniablement la patience.  La fonction d'Ambassadeur est difficile, il faut aller au fond des choses pour comprendre les attentes de ses interlocuteurs et le sens du contact, il ne faut pas hésiter à rendre visite à ses interlocuteurs autant dans le domaine économique que culturel. Il faut toujours être dans la découverte afin de mieux comprendre les attentes de ses partenaires.

 

Mikael Setti - (lepetitjournal.com/teheran) mardi 1er novembre 2016

Crédits photos : Agence de Presse IRNA

 

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