Hadrien Brassens en Australie : “j'étais venu pour 6 mois, j'y vis depuis 14 ans"

Par Capucine Canonne | Publié le 24/06/2022 à 11:20 | Mis à jour le 24/06/2022 à 14:46
Photo : Hadrien Brassens, 2019
Portrait d'Hadrien Brassens en Australie

 

En 2008, Hadrien Brassens part en Australie pour une durée de six mois. Quatorze ans plus tard, il y est toujours, est devenu un entrepreneur reconnu dans le digital et a fondé une famille. Après tant d’années en Australie, envisage-t-il de rentrer un jour en France ? Que conseille-t-il aux jeunes qui, comme lui, se lancent en Australie ? 

 

Le 5 mars 2008, Hadrien Brassens atterrit au bout du monde, à 16.950 km de chez lui. Ici, à Sydney, il ne fait ni trop chaud, ni trop froid, juste bon. Le jeune homme a bien en tête l’objectif de ce voyage :  trouver son stage de fin d’études. S’il a choisi l’Australie, ce n’est pas tout à fait par hasard. Né aux Etats Unis, il y vit ensuite quatre ans avec sa famille. Toujours attiré par le voyage et les rencontres internationales, il réalise un échange universitaire en Finlande, et, plus tard, un stage au Royaume-Uni. A la fin de ses études, Hadrien fait le choix d’approfondir son expérience professionnelle dans un pays anglophone. Canada ou Australie, les deux pays le font rêver depuis un moment. C’est le réseau qui va le pousser vers l’Australie puisqu’un de ses amis y est déjà et s’y épanouit : « Il me faisait rêver avec ses photos, je me suis dis que j’allais m’éclater avec lui sur place. Je l’ai rejoint un peu à l’arrache quand j’y repense, avec 300€ en poche et un sac à dos, une valise. » 

 

Hadrien Brassens en Australie
Hadrien Brassens arrive tout juste à Sydney, en 2008 

 

 

Des opportunités professionnelles en Australie et un jour, Hadrien se lance…

Au lieu d’un stage de fin d’études, Hadrien trouve directement un CDI en marketing numérique, avec un visa dit « sponsorship » [NDLR le visa est sponsorisé par l’employeur et permet d’avoir les pleins droits de travail et de vie dans le pays]. Puis arrive la crise économique en Europe, ce n’est pas le moment de rentrer en France. Si certains de ses amis peinent à trouver leur premier emploi, le jeune homme vit totalement l’inverse : « La différence entre l’Australie et la France c’est qu’ici on donne sa chance à tous. Le job était plutôt bien payé pour un job d’entrée, je m’éclate bien, j’étais dans une ambiance de découverte de l’Australie donc je décide de rester un peu plus longtemps. Je me suis toujours dit que le moment arriverait où il faudrait rentrer. Et ce moment n’est jamais arrivé… ». 

Hadrien travaille deux ans dans une première agence, puis dans une autre où il évolue très rapidement, devenant chef de département. Spécialiste en search, il rencontre un collègue spécialisé, lui, en SEO. Et s’ils montaient leur propre business ? Un jour, une opportunité se présente : « Je rencontre un avocat qui gère lui-même ses campagnes digitales, sans vraiment savoir ce qu’il fait. J’ai très vite remarqué qu’il dépensait des millions de dollars depuis des années dans des États où il n’avait ni bureaux, ni clients. A peine ai-je évoqué ces gaspillages qu’il m’a dit « vous êtes embauché ! » et notre boîte était lancée… »

En 2011, Hadrien Brassens cofonde Reef Digital Agency avec Chris Redshaw. L’agence a pour objectif d’aider les responsables marketing et entrepreneurs à exploiter la puissance du marketing numérique pour atteindre leurs objectifs commerciaux. « On a élargi notre portefeuille clients, on avait une petite renommée. Notre équipe grossissait aussi et notre travail était récompensé par Microsoft entre autres. Et puis le Covid nous a fait mal. Notre chiffre d'affaires a baissé et sommes passés de 25 à 11 salariés en peu de temps. Il a fallu transformer un peu notre business. Aujourd’hui, on remonte la pente, on signe des contrats et je recrute ». Hadrien soupire de soulagement, ce moment, il l’attendait depuis un moment : « long-awaited » conclue-t-il en souriant.  

 

Hadrien Brassens co fondateur de Reef Digital Agency
Chris Redshaw et Hadrien Brassens, cofondateurs de Reef Digital Agency 

 

 

Vivre en France ou en Australie, le duel du coeur et de la raison 

Le regard presque nostalgique, Hadrien Brassens avoue « la France me manque terriblement. Comme tout expatrié, il y a des aspects de mon pays qui sont durs à quitter, la famille bien sûr, les amis, la gastronomie, le charme de nos campagnes ! Je dis cela surtout maintenant car cela fait trois ans que je ne suis pas rentré et ma famille n’a toujours pas rencontré mon fils. » 

Si le jeune papa ne sentait pas autant ce manque avant, le Covid et la naissance de son fils il y a un an et demi lui font réaliser qu’il vit peut-être un tournant dans sa vie. A la question de rentrer définitivement en France, Hadrien Brassens hésite beaucoup. Il lui reste des questions sans réponse : comment travailler son business avec une telle différence de fuseau horaire ? Comment est organisé le monde des agences en France ? Comment faire travailler ses équipes qui ne sont pas francophones ? « Il faudrait que je solidifie mon business ici pour envisager de le faire ailleurs. Je suis très impliqué auprès de mes clients » Mais surtout, comment s’organiser quand on est marié à une personne qui vient, elle et sa famille, du bout du monde ? D’un côté, comme de l’autre, l’entourage sera loin… « Conclusion, on y pense sérieusement, mais pas dans l’immédiat. » 

 

 

L’Australie, un pays « start-up friendly » et bienveillant

Après avoir approfondi depuis plusieurs années le monde professionnel australien, Hadrien Brassens a le sentiment que l’Australie est très start-up friendly : « Il y a beaucoup de soutiens, beaucoup d’initiatives autour de l’aventure entrepreneuriale ici. Je pense notamment à une entreprise qui est devenue une licorne ici, canva.com. Mais c’est vrai que certains secteurs sont ultra concurrentiels. En nouvelle technologie, les talents sont chers et rares. De manière générale, les salaires sont très élevés, il faut en avoir conscience avant de se lancer ici. ». Mais, en dépit des challenges, le chef d’entreprise pense que le côté décontracté que l’on connaît de l’Australie permet de ne pas stresser, « no worries, comme on entend souvent ici ! »

Quant à l’intégration personnelle, Hadrien remarque, avec regret, que les communautés (notamment française) restent beaucoup entre elles : « Je trouve dommage de ne pas essayer de s’intégrer à une nouvelle culture. J’ai rencontré pas mal de gens qui apprécient l’environnement australien, qui se sentent bien, mais ne font pas d’effort pour s’intégrer à la population. Moi j’adore l’Australie, j’en suis citoyen maintenant. Il y a tellement d’opportunités d’aventures personnelles et professionnelles. Il y a une culture anglo-saxonne qui me plait beaucoup plus que la culture française. Rien qu’au niveau de la mentalité au travail, je pense que ça vaut vraiment le coup de s’en imprégner ». Avant d’enchaîner avec un entretien d’embauche pour Reef Digital Agency, Hadrien Brassens, très souriant, avertit toute personne souhaitant s’installer en Australie que le sourire et la bienveillance y sont contagieux et peuvent finir de convaincre…

 

Hadrien Brassens voyage en Australie
Hadrien Brassens, Nouvelle Galles du Sud, 2016 

 

 

 

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Capucine Canonne

Après 10 ans d’expérience en marketing média, Capucine se reconvertit en journalisme. Ancienne expatriée et fondatrice de l’édition lepetitjournal.com de Chennai en 2019, elle intègre la rédaction internationale à Paris.
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Nicolas Roger

Rédacteur en chef de l'éditon Sydney.