« O Último Azul » est un film mêlant dystopie et road movie, dans lequel une femme de 77 ans, contrainte par un gouvernement autoritaire de quitter son foyer pour une colonie de retraités, refuse ce destin imposé. Elle entreprend un voyage à travers l’Amazonie qui la conduira à se redécouvrir et à réaffirmer sa liberté. À l'occasion de sa sortie en salles, la rédaction revient sur sa rencontre avec son réalisateur brésilien Gabriel Mascaro dans le cadre d’une interview accordée au Petit Journal Stockholm.


Un film profondément personnel
Le film O Último Azul est intimement lié à l’histoire de son réalisateur. Gabriel Mascaro nous confie s’être largement inspiré de sa propre famille, sa grand-mère plus particulièrement. Après le décès de son mari, elle s’est mise à peindre, sans aucune formation artistique préalable. La voyant donner un nouveau sens à sa vie à 80 ans, il s’en est inspiré pour construire Tereza, l’héroïne du film.
Sa grand-mère, aujourd’hui âgée de 97 ans, a tenu à découvrir le film en salle, comme n’importe quel spectateur. Elle l’a ainsi vu lors de sa sortie au Brésil, un moment particulièrement fort pour le réalisateur.
Un film d’apprentissage à contre-courant
Le film O Último Azul questionne sur l’apprentissage. Dès l’écriture du scénario, c’est un point important. Le réalisateur confie que l’écriture a été longue et trouver le ton juste n’a pas été chose facile. En effet, ce genre cinématographique de l’apprentissage et de nouvelles expériences à l’adolescence est généralement associé à la vie scolaire, les premiers amours, l’épanouissement de la jeunesse de manière générale. Gabriel Mascaro avait ainsi à cœur de remplacer ce genre par un autre qui, d’ordinaire, exclut les personnes âgées.
O Último Azul est donc un film très ludique qui joue avec les genres – dystopie, fantastique, film d’apprentissage, road movie – pour permettre à ce corps âgé de remplacer ce corps jeune, avec la même ambiance, la même signification, le même ton. Une femme âgée créée une nouvelle référence de beauté, d'érotisme, et inspire la liberté, comme s'il s'agissait d'un corps jeune. Elle trouve un nouveau sens à sa vie, elle accepte son âge.
« Il n’est jamais trop tard pour trouver un sens à sa vie ».
Le réalisateur brésilien partage également le constat selon lequel il y a peu de protagonistes âgés au cinéma. Lorsque c’est le cas, les thèmes de la mort et de la maladie sont principalement abordés. D’autres sont davantage tournés vers le passé, évoquant la nostalgie ou le temps révolu. A l’encontre de ce qui avait déjà été fait, le réalisateur avait ainsi à cœur de proposer une histoire tournée vers le présent avec cette femme âgée qui se désire et se redécouvre.
« C’est un film sur une femme qui rêvait de voler, mais qui a découvert qu’elle pouvait voler encore plus haut qu’elle ne l’aurait jamais imaginé. »
Le réalisateur brésilien évoque d’ailleurs un de ses moments préférés du film : « dans certaines scènes, il y a deux personnages, deux vieilles dames, qui sont ensemble. Je dirais que ce moment était tellement beau, parce que je pouvais vraiment ressentir toute la force du film et son impact sur le public. Pendant les répétitions, en voyant ces deux dames âgées répéter, si complices, cela m'a donné confiance en la réussite du film. »
« C'est magnifique de voir ces deux femmes ensemble, connectées, nous offrant différentes perspectives sur la vie et nous inspirant un sentiment de liberté et un nouveau sens à l'existence. »
L’accueil du film a d’ailleurs conforté son réalisateur qui nous raconte avoir été touché, suite à la projection du film, de voir autant de femmes âgées poser des questions, se sentir à l’aise et en confiance pour prendre part à ce débat.
Comment Denise Weinberg a-t-elle été choisie pour incarner Tereza ? Gabriel Mascaro explique qu’il s’est penché sur les acteurs une fois le scénario terminé. Il a alors étudié la télévision et le cinéma brésiliens grand public. Il a ainsi fait le constat selon lequel la grande majorité des actrices subissaient la pression de l’industrie brésilienne, notamment en ce qui concerne les standards de beauté féminins. Il était ainsi confronté à des actrices qui devaient recourir à de nombreuses techniques pour dissimuler leur âge alors que, au contraire, il était à la recherche d’une femme qui l’assumait pleinement. C’est alors au théâtre qu’il a découvert Denise Weinberg, qu’il qualifie « d’actrice très talentueuse et reconnue dans le milieu » et dont il souligne la capacité à assumer pleinement son âge et en être très fière.
« C'était formidable de l'avoir parmi nous, et elle était vraiment dans le même état d'esprit et le même ton que le personnage. »
N'attendez plus pour découvrir ce film, désormais disponible au cinéma !
Interview : Fabienne Roy
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