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"Martyren" un court métrage poignant sur la radicalisation des jeunes

Par Sarah Chabane | Publié le 13/03/2018 à 07:00 | Mis à jour le 13/04/2018 à 10:02
Photo : tous droits réservés
Martyren

Du 6 février au 4 mars se déroulait la 20e édition de Cinemafrica, le festival du film africain de Stockholm. Sept jours dédiés à la diversité de la création cinématographique du continent africain, durant lesquels lepetitjournal.com/stockholm a eu la chance d’assister à la projection d’un court métrage suédois : "Martyren" (Le martyr). Le film traite d’un sujet d’actualité qui touche la Suède mais pas seulement : la radicalisation des jeunes.

Un récit simple dans une démarche réaliste et immersive

L’intrigue se déroule dans une banlieue de Stockholm, où Asia, infirmière, vit seule avec ses deux enfants Omar et Sara. A la maison, on alterne entre somali et suédois pendant les repas. Et tandis que Sara semble mener une vie d’adolescente suédoise ordinaire son frère a lui déjà eu quelques ennuis avec la loi. Alors qu’il s’éloigne chaque jour un peu plus de sa famille pour se rapprocher de personnes peu fréquentables, Asia soupçonne son fils d’être sur la pente glissante de la radicalisation. Que faire lorsqu’on se rend compte du mal-être de son enfant et que l’on sent impuissante ? 

Le film révèle un scénario parfaitement brodé du début jusqu’à sa fin glaçante.  Les différents éléments s’imbriquent jusqu’au climax qui révèlent l’unité d’un court-métrage abouti. Les acteurs jouent juste et dans leur sincérité provoquent l’empathie et la compassion du spectateur. Les personnages donnent à voir un visage réaliste de la Suède d’aujourd’hui, de ses défis et de ses contradictions.

Un traitement authentique de la "Suède de l’entre deux"

Dans son court-métrage, Ahmed Abdullahi a voulu évoquer la radicalisation des jeunes en Suède, mais plus encore il a voulu faire référence à cette deuxième génération d’immigrants qui est née en Suède et qui évolue dans un entre-deux sans attache culturelle. 
Ces jeunes ne sont plus somaliens car ils sont nés en Suède ou sont venus très jeunes dans le pays, mais ils ne sont pas suédois non plus, car leur religion et leurs habitudes diffèrent, car ils vivent dans des banlieues éloignées du centre-ville. Cet entre-deux, cette position précaire dans la société suédoise et la dérive que la recherche de nouveaux repères peut engendrer sont au centre du fim. 

Lors de l’échange avec le public qui a suivi la projection, le réalisateur a évoqué la chance qu’il a eu de pouvoir s’identifier à la culture somalie étant né dans le pays et arrivé en Suède en 1992. Mais selon lui, il est très difficile aujourd’hui pour les jeunes nés en Suède de s’approprier les deux cultures qui les traversent. En effet, s’intégrer consiste souvent à choisir une culture et abandonner l’autre car la société suédoise n’est pas encore prête à les intégrer dans leur diversité.  Ahmed Abdullahi a aussi évoqué l’importance que ce type de récits soit racontés par des personnes appartenant aux communautés concernés. Étant lui même musulman il considère que grâce à cette position privilégiée il a pu apporter la nuance et l’authenticité à son propos qui tendent à manquer dans ce genre de films.  

Le film déjà présenté lors du festival du film de Göteborg et à Cinemafrica sera prochainement projeté à la télévision suédoise sur SVT, gardez vos yeux ouverts ! 

Martyren un film d’Ahmed Abdullahi 
Scénario : Marioan Mario Hosseini 
Acteurs : Habiba Abdi Mohamud (Asia) Abdirahman Ali Hersi (Omar) Madina Dahir (Sara) 
Durée: 30 minutes

Sarah Chabane, 13 mars 2018

 
 

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Sarah Chabane

Tombée amoureuse de la Suède durant mon année d'Erasmus je suis revenue m'y installer sur le long terme. Je me passionne pour les questions de durabilité et suis toujours à l'affût d'événements culturels notamment en matière de cinéma.
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