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Nouvel An chinois - Le chien tire sa révérence !

Par Catherine Soulas Baron | Publié le 23/01/2019 à 14:30 | Mis à jour le 06/02/2019 à 09:50
Photo : @ Lauza Loistl Unsplash
Nouvel an chinois année du cochon 2019

Nous entrons bientôt dans l’année du Cochon et les festivités de célébration du Nouvel An chinois, ou Fête du Printemps, vont démarrer. Fête agricole à l’origine, la Fête du Printemps tombe le premier jour de l’année lunaire chinoise, vingt à trente jours après le Nouvel An du calendrier grégorien. Les réjouissances, incluant les préparatifs, s’étalent sur plus de trois semaines, débutant le 23 ou 24e jour du dernier mois lunaire, jusqu’à la deuxième décade du premier mois de l’année lunaire suivante. Les rituels peuvent varier selon les régions et les ethnies. Tous respectent néanmoins un calendrier et un cérémonial très précis. À vos agendas !

 

Le 23e jour du 12e mois lunaire, appelé aussi « petit Nouvel An » consacre une cérémonie d’adieu au Dieu du foyer dont l’image est affichée dans la cuisine, et qui doit faire un long voyage pour rapporter les bonnes et les mauvaises actions de la famille au Dieu du ciel. Ce jour-là, des bonbons lui sont traditionnellement offerts. Du riz glutineux peut également être placé sur sa bouche afin qu’il ne colporte aucun mot méchant. Puis son effigie est brulée et il s’envole avec la fumée. Un nouveau portrait est affiché quelques jours plus tard. Aujourd'hui, la plupart des familles préparent un repas copieux pour elles-mêmes. 

 

Entre le 23e jour du 12e mois et le Nouvel An, la maison est nettoyée de fond en comble pour faire place à un nouveau départ, chasser la malchance et la pauvreté collectées inévitablement dans l’année. Une fois la maison propre, ses occupants se garderont de faire le ménage pendant les premiers jours qui suivent le Nouvel An, pour éviter de balayer la bonne fortune. Une grande lessive est également effectuée. Les décorations doivent apporter prospérité, bonheur, succès et longévité. Des deux côtés de la porte d’entrée sont accrochés des vers calligraphiés sur papier rouge collé à l’envers (l’expression le « bonheur est arrivé » se prononce de la même façon que le mot envers en chinois). On n’oublie pas de placarder des images de cochon. Deux lanternes rouges sont suspendues à l'entrée de la maison, signe de protection pour les habitants. La maison est parée d’or pour favoriser les rentrées d’argent et des plantes dites auspicieuses comme les kumquats, les narcisses (symboles de bonne santé), les bambous (symboles de régénération), les chatons de saule dont le nom en chinois ressemble à celui de pièce d’argent, sont introduites. Des mandarines (fruits du bonheur) sont disposées dans la maison et consommées par paire pour porter chance. Des courses alimentaires sont effectuées en amont pour préparer tous les plats du Nouvel An, mais aussi des courses vestimentaires car on se doit d’être habillé avec des vêtements neufs de la tête aux pieds pour symboliser un nouveau départ pour une nouvelle année. On évite le noir et le blanc, associés à la mort et au deuil. La couleur rouge, symbolisant la joie, la vertu, la vérité et la sincérité et qui fait  fuir les esprits malins et la malchance, est préférée. On passe aussi chez le coiffeur pour une bonne coupe, matérialisant là-aussi un nouveau départ (il est interdit de couper ses cheveux les premiers jours du Nouvel An).

 

Jour -1. La veille du Nouvel An, chacun rejoint sa région d’origine comme plusieurs millions de personnes. Evitez donc les gares, les stations d'autocars et les aéroports. La plupart des entreprises et établissements ferment plusieurs jours.

Le réveillon du Nouvel An lunaire est considéré comme un symbole de réunion et de reconnaissance, moment le plus important au cours duquel tous les membres de la famille prennent ensemble le dîner. Si une personne est absente, on laisse de façon symbolique sa place vide. Dans le passé, la table de banquet du Nouvel An était  l’aboutissement d’une série de rituels exécutés par la famille impériale. Le banquet nourrissait non seulement les vivants mais également les dieux et les ancêtres qui recevaient une invitation pour y prendre part. Les plats ont tous une signification symbolique et sont synonymes de bonheur et de chance. À Singapour, on savoure le yusheng ou lohei, qui signifie abondance, vigueur, prospérité. Il s’agit d’un plat constitué de poisson cru, de radis, de crakers, de pamplemousse, de carotte et de cacahouètes. Tous les ingrédients sont envoyés le plus haut possible, avec des baguettes, tout en les mélangeant et en criant « huat ah! » (Prospérer en hokkien). Plus ils sont projetés haut, plus grande est la chance. Le poulet, le poisson, le fromage de soja et les navets blancs sont également des plats indispensables, parce qu’ils se prononcent comme des mots suggérant la chance, la bonne fortune et la richesse. On présente les nouilles pour la longévité et on déguste les traditionnels bak wa et love letters. À la fin du dîner, on grignote du nián gāo,  « gâteau de l'An », à base de riz glutineux et de haricots rouges. Le mot gāo, « gâteau », est l'homophone du verbe grandir. En manger est donc une promesse d’être de plus en plus heureux, de plus en plus riches, etc. On se délecte de tartes à l’ananas pour la couleur jaune, d’orange et de pamplemousses, synonymes de prospérité.

On reste éveillé le plus tard possible pour « monter la garde », gage de longévité. On joue au mah-jong et on regarde les émissions de gala à la TV ! À minuit, c'est le Réveillon, le passage vers la nouvelle année. On installe un petit autel de fortune dans la cours et on présente des offrandes (fruit, alcool, plats préparés à base de riz) pour accueillir le nouveau Dieu du foyer. Avant les interdictions, on allumait des pétards pour faire fuir les esprits malfaisants. Désormais, on se contente d’aller admirer les superbes feux d’artifice.

 

Jour 1. Le jour du Nouvel An (1er jour du premier mois de lune), on se lève aux aurores et on se pare de ses beaux habits de fête neufs. On visite les parents âgés et les seniors. C’est l’occasion de donner des étrennes dans des enveloppes de couleur rouges et/ou or, couleurs de la chance et de la prospérité (si on ne les a pas déjà mises sous les oreillers pendant la nuit ou si on ne les a pas envoyées via une application mobile) à ses enfants non mariés (la somme doit être en chiffre pair). Les cadeaux du Nouvel An sont supposés chasser les mauvais esprits.

Ce jour-là est aussi réservé aux ancêtres que l’on souhaite associer aux festivités car leurs esprits protègent les descendants. On prie devant leur autel en leur demandant protection et bienveillance pour la nouvelle année. On leur offre de la viande, des fruits et du gâteau du Nouvel An. On apporte des fleurs, on allume de l’encens et des bougies rouges afin que les vœux se réalisent.
Le repas du Nouvel An se compose de plats symbolisant la santé, la réussite et la longévité.

 

Jour 2. Les femmes mariées rendent visite à leurs parents, avec leurs enfants et leur mari, et apportent cadeaux et enveloppes rouges.
 

Jours 3 et 4. Ceux qui ont perdu quelqu’un l’année précédente se recueillent sur sa tombe. Ce jour-la, des prières sont faites au temple et de l’encens est brûlé.
 

Jours 4 et 5. En principe, les magasins ré-ouvrent. C’est la fin des vacances.

 

Jours 3 à 7. Les parents, amis, camarades de classe et collègues se rendent visite les uns aux autres pour présenter leurs vœux de bonne année et échanger des cadeaux. Ces visites se font par importance décroissante. On offre une paire de mandarines au maître de maison en symbole de bonne fortune en lui souhaitant la bonne année. Les couples mariés peuvent offrir une enveloppe rouge aux enfants des visiteurs ou des visités.

 

Jour 15. Le 15e jour du Nouvel An représente la fin traditionnelle des festivités de la Fête du Printemps. C’est le festival des Lanternes.

Durant toute cette période festive, il est de mise de déambuler dans Chinatown superbement décorée, de se régaler de mets chinois, de s’extasier devant les feux d’artifice, les parades, la danse des lions et des dragons et de faire un tour dans les temples, dont le somptueux temple Thian Hock Keng de Telock Ayer.

 

Catherine Soulas Baron

Catherine Soulas Baron

Ancien directeur juridique, Catherine est passionnée par le patrimoine, l'histoire et les questions interculturelles. Fondatrice de Savoir Vivre Ltd à Hong Kong, elle est lauréate du Prix Art de Vivre des Trophées des Français de l'étranger 2014
8 Commentaire (s)Réagir
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Magali dim 03/02/2019 - 04:52

Ah... merci et bravo! Enfin un article détaillé et limpide sur les coutumes du Nouvel an Chinois!

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catherine baron mar 05/02/2019 - 03:37

Je vous remercie Magali . Bonne Fete du Printemps !

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Stéphane ven 25/01/2019 - 05:10

Le nouvel an lunaire est fêté dans toute l’Asie. Réduire son étendue avec le simple qualificatif à juste “chinois” est d’une telle maladresse!!

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catherine baron dim 27/01/2019 - 11:26

Bonjour. Nous ne pensons pas avoir fait de maladresse. Premièrement dire Nouvel an Chinois fait partie du langage commun français comme anglais et ce depuis des années. D'autre part nous avons précisé que cette fete s'appellait aussi Fete du Printemps qui est en realité la dénomination la plus juste. Mais effectivement le langage et les mentalités évoluant certains préfèrent le nommer le nouvel an lunaire, tout aussi chinois cependant que Nouvel an chinois ! Sur l 'évolution des dénominations voici un extrait de Chine Information: Avant de devenir le Chunjie, la Fête du Printemps, différentes appellations se succédèrent pour le 1er Jour de l'Année lunaire ou le Nouvel An lunaire, telles que le «Shang Ri», «Yuanri», « Gaisui» et « Xiansui » (le Jour de l'alternance d'une année à l'autre ) sous la dynastie des Qin (221-206 AC); le «Sanchao» (début du ler jour du premier mois de l'année), «Suiri», «Zhengdan» et «Zhengri» sous les deux Han (206 AC-220) ; le «Yuanchen» (1er temps de l'Année), «Yuanri», «Yuanshou», «Suishou» et «Suichao» (Commencement de l'Année) à l'époque des Trois Royaumes (222-265), des Jin (265-422), la période des dynasties du Nord et Sud (420-589) et la Dynastie des Sui (581-618) ; le «Yuandan» (Jour de l'An), «Suiri», «Xinzheng» et «Xinyuan» (le Nouvel An) de la Dynastie des Tang (618-901), des cinq dynasties (907-960), des Song (960-1275), des Yuan (1206-1368) à celle des Ming (1365-1644) ; le «Yuandan» (Jour de l'An) et «Yuanri» sous la dernière dynastie des Qing (1616-1911). C'était la République nationale (1912-1949) qui, en adoptant le calendrier solaire a donné comme nom officiel «Chunjie» (Fête du Printemps).'' Enfin que ce soit nouvel an chinois ou nouvel an lunaire, on se réfère à une tradition à l 'origine chinoise quelque soit le pays ou elle est célébrée. En effet, c'est la dynastie des Shang qui en est à l'origine, ce sont les Zhou qui ont établi le calendrier lunaire et ce sont les Han qui ont fixé la date des célébrations du Nouvel an. En revanche ce que vous affirmez sur l 'Asie est faux puisque géographiquement l'Asie comprend le Proche Orient, le Moyen Orient et l'Extreme Orient. Surement une maladresse du langage courant.

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Sissy ven 25/01/2019 - 04:56

Oui tout à fait : on révise et y apprend beaucoup !

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