

Député de la XIème circonscription des Français de l'étranger, ancien ministre des Transports, Thierry Mariani était à Singapour ce week-end, étape d'un jour et demi, au milieu d'un voyage au long cours dans quelques unes des localités- Mongolie, Kirghizstan, Chine, Laos- de sa gigantesque circonscription. L'opportunité de faire le point, avec lui, sur la manière dont les sujets liés à l'international progressent- mais lentement- en France, sur ses motifs d'inquiétude et sur les aspects passionnants de sa mission dans la région.
La représentation des Français de l'étranger à l'Assemblée nationale

Thierry Mariani - Le parlement en France est composé de 2 assemblées, l'Assemblée nationale et le Sénat. Les Français de l'étranger étaient déjà représentés au Sénat. Il était important qu'ils le soient aussi à l'Assemblée Nationale qui a le dernier mot dans les débats parlementaires. Il faut d'ailleurs souligner que ces 11 députés ne sont pas venus augmenter le nombre total des députés (577) : 11 mandats ont été supprimés en métropole pour permettre la création de ces 11 nouvelles circonscriptions des Français de l'étranger. C'est important de le dire car on entend beaucoup de critiques au motif que les députés de l'étranger entraineraient une augmentation des dépenses. Il n'y a pas eu de dépenses supplémentaires et la question du coût des voyages que sont amenés à faire les députés n'est pas très sérieuse.
Ce qui a changé, c'est que cela a permis une ouverture de l'Assemblée sur l'international et les quelque 2,5 millions de Français qui vivent à l'étranger. Le monde change. La France y a de plus en plus de mal à tenir son rang, c'est un motif d'inquiétude. La présence de députés des Français de l'étranger, qui ont la chance de mieux connaître l'international, permet d'apporter d'autres perspectives et davantage de substance dans les débats concernant la situation et les difficultés rencontrées par les Français vivant à l'étranger. Dans le débat sur les aides à la scolarité, les députés de l'étranger ont joué un rôle essentiel pour défendre les intérêts des Français installés hors de France.
La culture de l'international et les sujets relatifs à l'international sont-ils très présents à l'Assemblée nationale ?
Depuis que j'ai été élu député pour la première fois en 1993, je constate que les députés voyagent de moins en moins. C'est le résultat d'un ensemble d'éléments. Il y a beaucoup de travail à Paris, particulièrement dans le cadre des commissions. L'international a plutôt baissé à l'Assemblée. Les députés des circonscriptions de l'étranger apportent leur connaissance des problèmes concrets rencontrés par les Français dans les pays de leur circonscription. Sur un certain nombre de sujets, ils partagent des éléments de benchmarking fondés sur ce qu'ils voient à l'étranger. Le recul que leur confère leur ancrage à l'international, permet aussi de relativiser un certain nombre de choses.
L'international peut-il être considéré comme un lieu de consensus ?
Il y a un certain nombre de problématiques- celles concernant les Français de l'étranger - sur lesquelles tout le monde, de droite et de gauche, est d'accord. Il y a d'autres sujets, comme celui de la diplomatie, sur lesquels il peut y avoir de fortes divergences. En Syrie par exemple, il y avait des tenants de l'intervention et d'autres, comme moi, qui se sont fortement opposés à cette initiative.
Sur les 11 députés actuels, 6 sont de gauche, 5 de droite. J'observe que l'équilibre, à ce niveau, est finalement une bonne chose pour faire comprendre dans l'ensemble des formations politiques ce qu'est réellement l'expatriation, bien loin de la caricature qu'en font certains.
S'agissant de caricature. On a l'impression que l'image de l'expatrié en France relève du tout blanc ou tout noir, avec un expatrié tour à tour héro ou traitre …
On a en effet assisté pendant la campagne des législatives à une forme d'"expat bashing". Ce que je constate, et c'est particulièrement évident à Singapour, c'est que la majorité des français qui partent vivre à l'étranger le font pour des raisons liées à leur travail. Il y a aujourd'hui 1,5 million de Français immatriculés auprès des consulats à l'étranger. Selon les estimations, le vrai chiffre est plutôt de l'ordre de 2,5 millions. Parmi tous ces expatriés, il y a tout au plus entre 100.000 et 150.000 exilés fiscaux.
Ce qui est intéressant, quand on analyse les autres pays, c'est de voir comment ceux ci organisent leur diaspora. La France sur ce point n'est pas mature. Il y a encore en France un débat "pour ou contre la mondialisation" qui est complètement stupide. C'est très français. Certains parlent encore de "démondialiser la France". Cela n'a pas de sens. La France vit comme les autres dans un contexte mondialisé. Il faut au contraire préparer le pays à s'adapter à cet environnement.
Les dossiers : fiscalité, éducation, talents, développement économique.
Parmi les sujets liés à l'international il y a les Français qui partent à l'étranger parmi lesquels les jeunes, qui sont de plus en plus nombreux. La situation est souvent présentée dans les médias comme une évasion des talents…
C'est la vérité. Il y a un flux important de départs. Le rapport de Philippe Marini, Président de la Commission des Finances du Sénat, en 2011, a mis en évidence, sur la base des déclarations de revenu, le chiffre de 35000 foyers fiscaux* ayant choisi, pour des raisons professionnelles ou fiscales, de partir s'installer à l'étranger. Je crains que les chiffres de 2012 traduisent une augmentation significative.
Parmi les personnes qui partent, il y a beaucoup de jeunes. Le problème n'est pas tant que ces jeunes partent, car c'est assez naturel que des jeunes qui parlent mieux anglais, qui ont fait pendant leurs études des stages plus longs à l'étranger, soient tentés de saisir les opportunités qu'on leur offre à l'international. Le problème c'est que de nombreux jeunes le fassent parce qu'ils n'arrivent pas à percer en France ou, plus grave encore, parce qu'ils ont l'impression que la France ne peut pas leur fournir un cadre opportun à leurs projets professionnels.
Faut-il se réjouir ou s'inquiéter de ces départs ?
L'augmentation du nombre des français qui partent s'installer à l'étranger est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. C'est une excellente chose que d'avoir une forte présence de français à l'étranger. D'autant plus que je suis convaincu que les français qui s'expatrient, quelles que soient les circonstances de leur départ et quelle que soit la durée de leur séjour, gardent une forte fibre française. Ce qui m'inquiète en revanche, c'est que l'on ne part jamais totalement par plaisir. Il ne faudrait pas que, dans les mouvements qui s'opèrent, la France finisse par être exportatrice de ses talents, et importatrice, en sens inverse, des personnes qui sont attirées par le système social français. Il faut trouver un juste équilibre.
Sur le plan du développement des entreprises françaises à l'international, auquel vous êtes attaché, quel est votre sentiment sur les performances de "l'Equipe de France de l'exportation" ?
Il y a malheureusement une évidence qu'il faut rappeler, à savoir que pour être capable d'exporter il faut d'abord produire. Or, il y a en France des pans entiers de l'industrie qui sont abandonnés.
Si l'on fait la comparaison avec l'Allemagne, on constate que celle-ci a un système d'aides à l'export beaucoup plus simple mais plus efficace.L'effort à l'exportation est plus rassemblé. En ce qui concerne la France, les situations sont très différentes d'un pays à l'autre. Il y a beaucoup d'acteurs : chambres de commerce, conseillers du commerce extérieur, Ubifrance, services économiques. Cela fonctionne plutôt bien à Singapour. Dans d'autres pays, la situation est parfois compliquée. Il faut absolument éviter que l'on fasse deux fois la même chose. Il faut que l'équipe que forment ensemble les différents acteurs soit réelle et que tous fonctionnent avec les mêmes objectifs sans se concurrencer.
La passion des sujets internationaux
D'où vient votre intérêt pour l'international ?
L'international m'a toujours intéressé. Etudiant, je me suis spécialisé dans le droit international. En 1993, quand j'ai été élu pour la première fois député, comme j'avais déjà quelques notions de russe, ma formation politique, le RPR, m'a chargé de suivre cette zone des anciennes républiques soviétiques. En 2000, Michèle Alliot Marie, alors présidente du RPR, m'a confié la responsabilité de l'ensemble des Français de l'étranger, responsabilité que j'ai conservée dans le cadre de l'UMP jusqu'en 2012. Depuis, je me consacre essentiellement à ceux qui habitent dans cette 11ème circonscription, et bien sûr notamment en Asie.
Quelles satisfactions retirez-vous de votre engagement comme député de la Xième circonscription des Français de l'étranger ?
C'est intellectuellement passionnant. Il y a une très grandes variétés de situations et de sujets. Sur les 49 pays que compte ma circonscription, 40 ont réellement des communautés françaises ; mais celles-ci sont loin d'être toujours concentrées uniquement dans la capitale. Ce qui signifie en réalité qu'il y a plus de 80 zones différentes où est concentrée la majorité des Français vivant dans cette circonscription.. En Chine, par exemple, les Français sont, pour l'essentiel, localisés dans 7 zones. En Thaïlande, ils sont répartis dans 4 villes.
Par ailleurs, les sujets abordés sont très variés. Par exemple, je viens de passer quelques jours en Mongolie, où j'ai été chargé, par l'OSCE, d'une mission de suivi de l'Asie Centrale-Mongolie. De même, juste avant d'arriver à Singapour, j'étais au Kirghizstan, pays où les problématiques de sécurité dominent, quand on sait qu'il est voisin de l'Afghanistan, d'où les contingents étrangers vont bientôt se retirer, laissant ce pays dans l'incertitude. Et dans ces deux pays où les communautés françaises sont peu nombreuses, on retrouve comme ailleurs les mêmes sujets de préoccupations : école, couverture sociale, projet d'entreprise, etc.
Êtes vous plutôt optimiste ou pessimiste sur la situation politique en Asie ?
J'observe ce qui se passe, notamment en Corée du Nord, avec attention, car il faut éviter la prolifération d'armes nucléaires. Je n'ai en revanche pas d'inquiétude réelle en ce qui concerne les tensions en mer de Chine, car je pense qu'au delà des "postures" que certains pays prennent sur la scène internationale, chacun a parfaitement conscience que la prospérité de la région est avant tout assise sur la paix.
Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) mardi 26 novembre 2013
Illustration : Photo avec Lee Hsien Loong, Grace Fu et Thierry de Montbrial lors d'un débat à l'IFRI le 29 Oct 2013
*NDLR : le nombre de 35000 exilés fiscaux, même s'il reste relativement limité, marque une nette hausse par rapport aux années précédentes : 25 473 en 2007, 28 793 en 2008, 25 791 en 2009, 21 646 en 2010.
















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