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The Blue Circle, l’éolien à la conquête de l’Asie du Sud-Est

Par Cécile Brosolo | Publié le 25/06/2018 à 15:00 | Mis à jour le 25/06/2018 à 15:00
The Blue Circle, éolien, ASEAN, Singapour, énergies renouvelables

The Blue Circle, c’est l’histoire de 3 français, Olivier Duguet, Jeff Perron et Gilles Beau, qui ont entrepris de développer, financer et exploiter des projets d'énergie renouvelable sur les marchés émergents d’Asie du Sud-Est et devenir un producteur d'énergie indépendant leader sur la région.

Olivier DUGUET est l’un des pionniers du développement de l’éolien en France et pourrait devenir le leader de l’énergie éolienne en Asie du Sud-Est avec The Blue Circle. C’est un financier, un entrepreneur « vert », et un visionnaire. En 2001, il crée la Société française d’Eoliennes, SFE (aujourd’hui SORGENIA France) qui devient, en 6 ans, le leader de l’éolien en France et installe les plus grands champs d’éoliennes de l’Est de la France (Marne, Meuse). En 2013, il crée The Blue Circleà Singapour, pour devenir le producteur d’énergie renouvelable, essentiellement par éoliennes, leader de la région.

 

www.lepetitjournal.com/singapour- Pourquoi l’éolien ?

Olivier DUGUET The Blue CircleOlivier Duguet – Je me suis toujours intéressé aux investissements « verts », aux domaines du traitement des eaux, du recyclage des déchets, de l’hydroélectricité et de l’éolien. Dans les années 1990, j’ai participé à la montée d’entreprises « vertes » en Bourse, la vague de l’éolien en Allemagne et en Espagne. J’ai tout de suite trouvé ça fabuleux, je me suis dit que c’était l’avenir. Aussi, je suis un passionné de voile et de vent, je trouve les éoliennes magnifiques et majestueuses. C’est le 21èmesiècle, la modernité. On a tourné la page des énergies fossiles, il faut aller vers autre chose. L’éolien c’est l’avenir et ça me plait de travailler à construire le monde de demain.

 

Quel est le potentiel de l’Asie du Sud-Est et la place des énergies renouvelables dans la région ?

L’Asie du Sud-Est est la région la plus peuplée de la planète et c’est aussi la zone qui a la plus forte croissance économique et une croissance de la consommation électrique à deux chiffres, qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde. Le Vietnam par exemple est à plus de 10% par an depuis 4 ans, et le Cambodge à 16% par an. De plus, ces besoins très importants en énergie ne sont pas totalement couverts pour l’instant. Il y a donc une très forte croissance potentielle pour les 10 à 20 ans à venir.

Quand j’ai commencé à m’intéresser à cette région, il y a environ 10 ans, le taux de pénétration des énergies renouvelables était quasiment nul. Le potentiel est donc énorme et c’est ici qu’il faut être aujourd’hui.

 

Quels sont pour vous les marchés porteurs  pour l’éolien en Asie du Sud-Est ?

Le Vietnam est pour moi le plus gros marché à venir. Le gouvernement a fixé un objectif très ambitieux de 6000 MW d’éolien en 2030. C’est de plus un pays très centralisé où les processus administratifs sont relativement clairs et efficaces. Nous avons proposé, financé et construit notre premier projet éolien au Vietnam en 3 ans ; c’est assez remarquable. Nous installons en ce moment la second phase de 34 MW soit 12 éoliennes au Sud Vietnam.

La Thaïlande, les Philippines et le Vietnam sont les pays où la volonté politique et l’engagement pour développer d’autres sources d’énergie sont les plus affirmés. Tous les pays de l’ASEAN ont signé l’accord de Paris sur le climat (COP21), mais tous n’ont pas la même sensibilité vis-à-vis des énergies renouvelables et globalement il n’y a que 3 choses qui comptent pour les gouvernements de la zone: le prix, le prix et le prix !

 

Les énergies renouvelables arrivent-elles à concurrencer le charbon notamment ?

L’éolien est aujourd’hui très compétitif, c’est la moins chère de toutes les énergies renouvelables, et celle qui se développe le plus rapidement dans le monde avec le solaire.Le problème est de savoir quel est le prix réel du charbon. Le Vietnam et l’Indonésie, les deux pays les plus peuplés de la zone après les Philippines, sont des producteurs de charbon. Il est difficile d’être concurrent de cette industrie locale qui est très subventionnée.

En Indonésie par exemple, le ministre de l’énergie a déclaré que les énergies alternatives au charbon devraient être 15% moins chères. Or, produire 15% moins cher que le charbon en Indonésie, avec ses prix subventionnés et les faibles ressources en vent du pays, ce n’est pas possible. Donc dans les conditions économiques actuelles, il n’y a pas, ou peu, de marché pour nous en Indonésie. Alors qu’au Vietnam, nous sommes très présents.

The Blue Circle Dam Nai Wind Project (Vietnam)

 

Que répondez-vous au problème de l’intermittence des énergies renouvelables ?

La première réponse c’est qu’on a tout de même beaucoup de chance en ASEAN avec la mousson : un régime d’Alizées de Nord-Est pendant 5 à 6 mois de l’année en hiver, puis un régime de Sud-Est durant 2 à 3 mois. Il y a effectivement une période de l’année sans vent pendant laquelle on ne produit pas, mais quand le régime de mousson est établi, 7 à 9 mois de l’année, l’éolien produit sans arrêt et quasiment à pleine capacité. Au Vietnam, on tourne tous les jours du 15 octobre au 15 avril.

En dehors de la période de mousson, l’idéal dans la région est de combiner avec l’énergie hydraulique. Au Cambodge et Laos, la saison humide précède la mousson et donc les barrages peuvent produire. Ailleurs, durant les mois d’avril et mai où il ne pleut pas et où il n’y a pas de vent, le solaire notamment peut remplir une partie de ce vide. Il faut un mix énergétique pour répondre à l’intermittence.

 

Quelles sont les performances de l’éolien aujourd’hui ?

L’éolien a connu une vraie révolution technologique, avec des performances fortement accrues depuis 10 ans. Des petites machines qui étaient dans les années 1990-2000 de 850 kilowatts, on est passé à 2,6 mégawatts (MW) aujourd’hui et les 3,4MW arrivent demain puis les +4MW en 2019-2020 très probablement.

On peut aujourd’hui s’implanter dans des zones moins ventées et avoir des prix de revient compétitifs. C’est le cas de l’Asie du Sud-Est qui est une région de vents de mousson réguliers mais relativement faibles.

L’éolien produit deux fois plus que le solaire en terme de rendement par mégawatts installés. Ce qu’on utilise dans l’énergie c’est la notion d’équivalent pleine puissance par an. Le solaire produit en moyenne l’équivalent de 16% du temps à pleine puissance. L’éolien est entre 30 et 40%. Et c’est aussi beaucoup plus puissant en termes de capacité installée. L’autre avantage de l’éolien est son faible impact sur les terrains d’implantation. Contrairement au solaire, la surface au sol est minimale (300 à 400 m2 par éolienne) et laisse place à la poursuite de l’agriculture notamment.

 

Quel est le principal frein au développement de l’éolien dans la région ? 

Ce qui limite notre croissance aujourd’hui, c’est la disponibilité de lever de la dette. Les projets dans l’énergie se financent le plus souvent majoritairement par de la dette à long terme car ils produisent des revenus pendant très longtemps, de façon très stable. En Europe, on finance facilement par 80% de dette et 20% de fonds propres ; ici c’est plus 70-30. Nous n’avons aucune difficulté pour trouver des investisseurs sur la partie fonds propres, mais sur la partie dette c’est très difficile en Asie. Le financement de projets par les banques n’existe que très peu en Asie, et les banques de développement internationales ne prêtent malheureusement pas pour le secteur privé dans les pays émergents de la région. 

 

 

Cecile Brosolo

Cécile Brosolo

Co-directrice éditoriale. Ingénieur de formation et passionnée par la photo, Cécile a naturellement pris en main les aspects de l'actualité qui touchent à la science et à la technique, à la photographie et à l'environnement.
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