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THEATRE – Vol au-dessus d’un nid de coucou

Écrit par Lepetitjournal Singapour
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 17 avril 2016

Année après année, le spectacle de l'option théâtre du LFS, nourri de créativité et d'exigence, imprime sa marque dans le calendrier culturel du mois de mai. Oubliés le contexte scolaire ou la jeunesse des comédiens, la troupe fonctionne sur des bases comparables à celles des professionnels : travail sur le texte et sur les personnages, travail sur soi même en puisant dans ses ressources personnelles, réglage minutieux de la mise en scène à laquelle participe pleinement le décor, rien n'est négligé de ce qui peut donner de la pièce une interprétation juste et percutante.  La preuve sur scène, du 11 au 14 mai, avec la représentation de Vol au-dessus d'un nid de coucou, dont la responsable de l'option théâtre, Géraldine Obédia, nous raconte la genèse.

Comment se présente la troupe de l'option théâtre du LFS cette année ?

Géraldine Obédia - Elle est composée de 19 élèves dont 11 garçons et 8 filles, de 1re et terminale. Les plus jeunes ont suivi en 2nde l'atelier de préparation au théâtre de Mme Arzens qui les a préparés au spectacle et à la scène. Tous avaient donc au minimum 1 an de pratique théâtrale avant d'aborder cette année. Tous se fondent dans la troupe. Tous ont des rôles importants. L'ensemble est assez homogène avec cette année plus de garçons que de filles. Autant Lysistrata l'an dernier proposait beaucoup de rôles féminins, autant Vol au-dessus d'un nid de coucou, cette année, est une pièce d'hommes. Il y a 3 rôles féminins qui sont endossés par des filles.

A propos de la pièce, vol au dessus d'un nid de coucou?

- Vol au-dessus d'un nid de coucou est un univers essentiellement masculin dominé par une femme, Mlle Ratched. La pièce est l'adaptation théâtrale, par Dale Wasserman, du roman de Ken Kesey en 1962. Dans la pièce, comme dans le roman, c'est l'Indien Bromden qui est le narrateur, alors que dans le film de Milosz Forman (1975), le rôle du narrateur était confié à Randle Mc Murphy, interprété par Jack Nicholson. Depuis le début, l'Indien simule la surdité et le mutisme. C'est pour lui une façon de se protéger de l'univers carcéral, qu'il appelle aussi l'Organisation. Ses monologues, essentiels dans la pièce, donnent lieu à des moments d'hallucination et à des accès au réel qui vont frapper le public et donner un point de vue sur les personnages. Son délire paranoïaque donne à voir ce qui va se passer dans l'hôpital.

Quelles complications présentait cette pièce en terme de mise en scène?

- Il y avait un écueil que je voulais absolument éviter, c'était de tomber dans la caricature de la folie. Les élèves ont bien compris que cette fragilité des malades décrivait un microcosme dans le huis clos de l'univers carcéral où les hommes sont complètement sous la domination de l'infirmière en chef. Il y a une dimension de castration physique et mentale. Mc Murphy va faire exploser tout cela.

L'autre difficulté, c'est de maintenir le rythme : les monologues de l'indien au début de la pièce sont importants mais ils sont plombants et il est difficile de repartir.

Le décor, conçu par Aude Gooly, artiste peintre, est important. Il va interroger le public et questionner l'inconscient. Il va dévoiler ces mondes parallèles . Il est conçu comme une interface de l'inconscient des malades. (décor plexi, perspective, projection..) Le décor est en partie dessiné, en partie ébauché pour être en fait révélé par un personnage pendant la pièce. Il y a des choses aussi sur le sol. Des choses qui se passent qui montrent ce que les personnages ont dans leur tête.

Voir:  le trailer de la pièce

Trailer Vol au-dessus d'un nid de coucou

Le trailer est l'?uvre de Tom Van Overloop.

« Tom est un de mes anciens élèves de 1ère. Il a réalisé plusieurs courts métrages dont l'un, présenté dans le cadre d'un concours de courts métrages sur la Cop 21, est un chef d'?uvre. Il a un vrai talent, qu'il compte développer l'année prochaine en entreprenant des études de cinéma à Londres. Pour le trailer de la pièce, il est venu à deux répétitions. Il porte un regard très intelligent sur les images, sur ce qui se passe sur scène. Son teaser aide la pièce à se hisser au rang de l'excellence »- Géraldine Obédia.

Comment s'est fait le travail de construction ?

- Il y a eu un vrai travail collégial. Je puise dans ma technique de danseuse pour donner un cadre et aider chacun à maîtriser l'espace et les gestes. Après, quand les élèves ont digéré ces aspects, ils se libèrent sur la scène. Je donne des directions et fixe certains points rigides de la mise en scène. Après avoir mis les balises, ils peuvent enlever la bouée.

Au milieu du travail, j'aime bien faire une pause. Nous avons ainsi pris deux heures pour que les élèves parlent de leur personnage. Cela a donné lieu à des échanges passionnants et extrêmement éclairants. Sur certains points, l'échange a fait office de révélateur et s'est traduit par des changements dans la mise en scène. C'est le cas par exemple d'un personnage qui parle peu mais qui tout au long de la pièce apparaît crucifié. C'est de la discussion qu'est ressortie, comme une évidence, que ce crucifié était l'annonciation de la fin qui attendait Mc Murphy. Du coup, on l'a intégré dans la mise en scène : on a mis en place un certain nombre d'éléments qui agissent comme un jeu de miroirs qui, mis bout à bout, désignent la trajectoire du personnage principal.  

Où auront lieu les représentations ?

- Cette année, les représentations auront lieu dans deux espaces très différents : le nouvel auditorium du LFS et le théâtre de l'Alliance Française. Je tiens à ces deux représentations à l'Alliance Française car c'est pour les élèves/comédiens l'occasion de changer de lieu et de changer de public. J'apprécie l'Alliance Française, car c'est un vrai théâtre qui offre aux jeunes comédiens une vraie intimité avec le public. C'est intéressant qu'ils se confrontent à certaines difficultés, liées à la configuration différente de l'Alliance, qu'ils n'auront pas au LFS. Les coulisses de l'Alliance Française, par exemple, sont minuscules. Tout l'espace est occupé par un grand piano à queue. Ce sera évidemment compliqué d'utiliser les deux fauteuils roulants qui font partie de la mise en scène.

D'une manière générale, j'aime que les élèves se mettent en danger et, ce faisant, qu'ils soient obligés de puiser dans leurs ressources. Dans ce cas, la scène devient vraiment un espace de liberté après les contraintes des coulisses. Ce ne sera pas facile, car les lumières à l'Alliance ne seront accessibles que le 11 mai, soit le jour du premier spectacle au LFS. Les élèves seront vraiment confrontés aux mêmes difficultés que les professionnels, avec cette différence que les professionnels sont rodés à ce genre d'exercice. Ceux qui ont l'habitude vont vite apprendre à se placer dans la lumière.

On voit à quel point ce qui vous passionne, c'est ce double rôle de metteur en scène mais aussi d'éducateur.

- J'apprends chaque jour. D'une distribution à l'autre, les élèves endossent plusieurs personnages. C'est difficile parce que cela exige en plus du travail de composition un dédoublement de soi. Parfois les élèves ont du mal à se libérer de leur personnage, il y a des petits cafouillages.. En plus il y a vraiment une expérience de troupe. Tous les rôles sont importants. Chacun doit porter ses camarades, donner la réplique. Il peut y avoir au début des problèmes d'égo, mais quand celui-ci est canalisé, il y a vraiment un effet de troupe. Chaque séance terminée est filmée. Cela permet à chacun de s'y reporter. Beaucoup s'improvisent assistants. Quand il y a un détail de la mise en scène initiale qui n'est pas respecté, je n'ai pas besoin de le relever, les élèves en font immédiatement la remarque.  Tous portent la pièce avec passion. Ils sont très attentifs, très concentrés, soucieux de donner vie à leur personnage et de les faire aimer du public.

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) mardi 19 avril 2016

Représentations de la pièce : les 11-12 mai à 20:00 au LFS/ les 13-14 mai à 20:00 à l'Alliance Française.  ? Réservation Alliance Française

Le décor a été réalisé par Aude Gooly, artiste peintre. L'affiche est l'oeuvre de Marion Napolitano, assistante maternelle au LFS, qui est aussi la réalisatrice de l'exposition au LFS consacrée à la pièce.

logofbsingapour
Publié le 18 avril 2016, mis à jour le 17 avril 2016
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