

L'Asie du Sud-est, toujours tournée vers une médecine traditionnelle, met en péril plusieurs espèces animales et l'équilibre des biotopes
Même si une partie de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, une autre partie dispose d'un pouvoir d'achat élevé. Une bonne vingtaine de millions de personnes ont un niveau de vie équivalent à celui de l'Europe de l'Ouest. Ces populations aisées montrent un regain d'intérêt pour les traditions médicinales et engendrent une forte demande de faune sauvage afin de confectionner les médicaments traditionnels.
Multitudes de remèdes
La médecine traditionnelle asiatique utilise énormément d'ingrédients provenant d'espèces protégées animales et végétales. Elle utilise plus de 1000 espèces vivantes, dont 80% de plantes, pour produire ses remèdes. Malheureusement, nombre d'espèces animales qui entrent dans la composition de sa pharmacopée sont protégées par la convention de Washington. Il n'est pas rare par exemple de retrouver des organes de tigre supposés avoir des vertus aphrodisiaques ou lutter contre l'arthrose. L'énumération peut être longue : du musc d'antilopes himalayennes distillé dans des baumes, des extraits d'écailles de pangolins fluidifiant la circulation sanguine, que dire de la bile d'ours en sirop contre les maladies du foie ou de la poudre d'hippocampe pour soulager les migraines. Toutes ces espèces sont normalement protégées et ne peuvent pas être chassées afin de fabriquer les médicaments. Mais les consommateurs préfèrent utiliser des animaux sauvages aux vertus "plus efficaces". Pourtant il existe des substituts végétaux et la médecine asiatique pourrait perdurer tout en respectant la faune et les lois de protection des espèces menacées d'extinction.
La médecine traditionnelle en plein essor
Cette pratique de la médecine gagne du terrain dans les pays occidentaux où elle peut être associée à la médecine douce. Pour la Chine, elle représente un nouveau secteur économique à développer. Ce savoir-faire séculaire basé sur l'équilibre du Ying et du Yang dépasse les frontières de l'Asie et se retrouve sur tous les continents. En Occident, on ne retrouve pas moins de 14.000 cliniques pratiquant cette médecine, en France, en Grande-Bretagne, au Canada et en Australie, où 2.000 médecins pratiquent à Melbourne et Sydney. En France, elle a même été intégrée dans le cursus des écoles de médecine et aux Etats-Unis, elle est de plus en plus reconnue.
Evidemment, pour la Chine, cela permet de relancer les exportations de médicaments dont le volume atteint presque 700 millions de SGD par an, un bel enjeu économique. Ces connaissances anciennes transmises de générations en générations ont pendant longtemps été méprisées par la médecine occidentale moderne.
Au détriment des espèces animales
La médecine traditionnelle est, à l'heure actuelle, la principale responsable des menaces contre la faune sauvage. Le trafic d'animaux, largement répandu dans le Sud-est asiatique est dirigé à 80% à partir de la Chine. Il est important pour les autorités chinoises de démanteler les filières clandestines.
En un siècle la population mondiale de tigres sauvages a baissé de 95%, la déforestation est en grande partie responsable de ce chiffre mais aussi le trafic en tout genre. Pour tenter d'enrayer le déclin de ces espèces animales, plusieurs plans de conservation ont vu le jour. Mais il est difficile de lutter au niveau d'un seul état. Les différents pays doivent prendre des mesures efficaces. La Thaïlande, par exemple, a proposé aux pays membres de l'ASEAN de travailler ensemble en créant un « Interpole » régional dans le but de protéger l'environnement et de lutter contre les trafics d'animaux sauvages mais aussi de bois ou de plantes. La Chine a théoriquement interdit l'utilisation de produits venant du tigre depuis 1993, mais comment venir à bout des trafics et changer la mentalité des consommateurs ?
Même si des conventions sont mises en place au niveau international, les lois ne se substituent pas aux lois nationales de chaque pays. Malheureusement les conséquences de ces trafics sont dramatiques et entrainent la destruction des biotopes. Des centaines d'espèces seront amenées à disparaître dans les prochaines décennies.
Claire Plessis (www.lepetitjournal.com-Singapour) mardi 2 novembre 2010
















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