

Tan Ah Hock a 80 ans et travaille comme agent de sécurité. A son âge, il travaille 60 heures par semaine, un travail éreintant pour un revenu mensuel moyen d'environ 1000 $ SGD. Rien d'anormal dans la cité-Etat
Il n'est pas rare de voir des personnes âgées à Singapour travaillant comme concierges, nettoyeurs ou colporteurs dans les restaurants fast-food, les marchés, les commerces et même au sein de l'aéroport de Changi. Beaucoup d'entre eux, comme Mr Ah Hock travaillent car ils n'ont pas le choix, c'est avant tout une question de nécessité.
Travailler pour survivre
Cet octogénaire vit avec sa femme dans un HDB avec leur fille de 60 ans, veuve qui dépend financièrement du soutien de ses enfants. Ce que Mr Ah Hoch gagne, couvre à peine les frais du quotidien pour lui et sa femme. Il n'a pas assez d'argent pour aider sa fille et s'offrir le superflu. Ses économies se résument à $ 30.000 SGD retenu sur son compte Medisave pour faire face à ses dépenses de santé.
Benny Lim, vient d'avoir 62 ans. Son employeur, la société publique Keppel FMO Pte Ltd, lui a renouvelé son contrat en tant qu'agent d'entretien. En raison de son âge (l'âge légal de la retraite à Singapour est de 62 ans), son salaire a été réduit, son congé annuel a été ramené à 9 jours au lieu de 14 et sa couverture médicale a été réduite de 50%. En effet, la loi permet aux employeurs de réduire de 10% les salaires des employés qui ont atteint l'âge de 60 ans. Si l'employeur et l'employé ne peuvent s'entendre sur la baisse des salaires proposés, chacune des deux parties peut demander un départ à la retraite anticipé. Mais pour vivre avec quoi ?
Le système de retraite en théorie
A Singapour, le Central Provident Fund (CPF) est un régime obligatoire d'épargne permettant aux travailleurs d'épargner pour leur retraite.
Il a été créé en 1955, dix ans après la fin de l'occupation japonaise lorsque la population avait du mal à joindre les deux bouts. Au fil des ans, ce système a évolué. Il assure
Ce système de capitalisation dans lequel l'employé contribue à hauteur d'un certain pourcentage de son salaire (20% jusqu'à l'âge de 55 ans, 12.5% de 55 à 65 ans puis 7.5% au-dessus de 65 ans) et l'employeur y contribue aussi (10% jusqu'à l'âge de 55 ans, 4% de 55 à 60 ans puis 2% jusqu'à la date de départ en retraire) n'est pas du tout suffisant pour maintenir un niveau de vie correct.
Très peu de singapouriens (1 sur 10) se préoccupent de leur retraite. Ils s'endettent énormément pour acquérir un logement et continuent à le payer toute leur vie, au détriment de leurs cotisations de retraite. Un ministre du gouvernement reconnait que "lorsque les personnes arrivent à l'âge de la retraite, ils se rendent compte qu'ils n'ont pas assez d'argent et ils souhaitent donc continuer à travailler". Une enquête récente a montré que 7 personnes âgées sur 10 n'avaient pas l'appui de la sécurité sociale et devaient compter sur leurs enfants pour leur subsistance. Moins de 1 % compteraient principalement sur l'épargne-retraite.
En 1993, il y avait un peu plus de 22.000 Singapouriens âgés de plus de 65 ans qui continuaient à travailler. Dix ans plus tard, le nombre a augmenté passant à plus de 35.000, soit un bond de 57%. Alors même qu'un sondage réalisé en 2007 démontrait que seulement 5% de ces personnes retraitées souhaitaient travailler au delà de 65 ans.
Les retraités, des personnes délaissées par la société
Rodney King, un journaliste qui a travaillé avec le Straits Times dans les années 1990 a écrit dans son livre The Singapore Miracle: Brilliant Success or Flawed Experiment?: "Beaucoup de retraités valides et très âgés, sont employés dans les chaines de restauration rapides comme McDonald's et autres fast-foods en tant que serveurs et agents d'entretien. Ironie ou pas, la presse locale écrit de temps en temps des histoires gaies à leur sujet, sur la façon dont il est merveilleux que ces personnes retraitées puissent encore trouver un emploi à leur âge... La vie est vraiment triste pour ces singapouriens âgés qui n'ont pas de familles pour les aider. Ils n'ont d'ailleurs pas le choix car pour survivre, ils doivent travailler dans ces emplois non qualifiés et accepter les contraintes tout en touchant un salaire misérable? »
Les aides gouvernementales de Singapour octroyées pour les personnes pauvres et les personnes âgées sont très faibles, elles ne couvrent que 50 % des ménages.
Mais pour ces personnes âgées, la vie peut être un cauchemar quand on doit continuer à travailler même lorsque le corps souffre. Ils font face à un avenir incertain et, plus étonnamment, un présent solitaire et impitoyable.
Sources :
http://yoursdp.org/index.php/the-party/our-manifesto/3479-the-sdps-alternative-economic-programme-part-6-retiring-in-poverty
http://mycpf.cpf.gov.sg/Members/home.htm
http://www.business.gov.sg/EN/BusinessTopic/HiringNTraining/EmployersResponsibilities/LawsNRegulations/hiring_laws_retireact.htm
Carole Chomat (www.lepetitjournal.com-Singapour) Lundi 4 octobre 2010



















