Édition internationale

La Chine plébiscite les jeux de société

Dans une Chine ultra-connectée, où le numérique domine tous les aspects du quotidien, les jeux de société connaissent un regain d’intérêt surprenant. À Shanghai comme ailleurs, cafés ludiques et parties entre amis se multiplient. Comment expliquer ce retour du jeu physique dans une société tournée vers les écrans ? Et quel rôle joue le digital dans cette évolution

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 7 avril 2026, mis à jour le 9 avril 2026

Un héritage culturel toujours vivant

La montée en puissance du numérique (1,09 milliard d’internautes en 2024) n’a pas fait disparaître les jeux de société traditionnels. Bien au contraire. Des classiques comme le mahjong, le xiangqi ou le weiqi restent profondément ancrés dans la vie quotidienne, notamment chez les générations plus âgées, où ils demeurent très pratiqués.

Dans les parcs de Shanghai ou les ruelles des grandes villes, il n’est pas rare d’apercevoir des joueurs concentrés autour d’un plateau. Ces pratiques ne relèvent pas uniquement du loisir : elles incarnent un véritable rituel social, mêlant stratégie, interaction et tradition.

Et la tendance touche désormais les plus jeunes. Chez les 20-35 ans urbains, l’intérêt pour les jeux de société est en nette progression ces dernières années, souvent influencé par des tendances internationales et une recherche de moments plus conviviaux.

 

Le jeu réel dans une Chine digitalisée

Paradoxalement, c’est dans l’un des pays les plus digitalisés au monde — où plus de 99 % des internautes utilisent leur smartphone — que le jeu de société physique connaît un nouvel essor.

À Shanghai, les cafés de jeux de société se multiplient. Ces lieux hybrides, à mi-chemin entre bar, espace social et salle de jeu, attirent une clientèle majoritairement jeune, composée d’expatriés mais aussi de plus en plus de locaux. On y vient pour jouer, mais surtout pour créer du lien social.

Ce retour au physique s’explique par plusieurs facteurs : une forte présence des écrans dans le quotidien, un besoin croissant de sociabilité réelle et une valorisation de l’expérience tangible. Dans un environnement dominé par les smartphones et les super-applications, le jeu de société devient ainsi une alternative conviviale.

 

Le digital comme moteur

Pour autant, opposer jeu physique et numérique serait une erreur. En Chine, les deux coexistent et se renforcent mutuellement.

Les versions mobiles de jeux traditionnels (mahjong, échecs chinois) ou modernes permettent d’apprendre rapidement les règles, de jouer à distance et de rejoindre des communautés en ligne. Une part significative des joueurs découvre aujourd’hui ces jeux via des supports numériques avant de les pratiquer en présentiel.

Ce modèle hybride est particulièrement visible chez les jeunes générations : la découverte se fait souvent via des applications, l’organisation des parties passe par les réseaux sociaux et la pratique se concrétise ensuite dans des cafés ou entre amis.

 

Pokémon, un modèle hybride

Le succès du Pokémon illustre parfaitement cette évolution. Le jeu de cartes à collectionner connaît une forte croissance en Chine, avec un marché estimé à plusieurs centaines de millions d’euros.

Dans les grandes villes comme Shanghai, les tournois organisés dans les boutiques officielles rassemblent au minimum 100 joueurs, et se tiennent quotidiennement. Chaque événement permet aux participants d’obtenir des récompenses exclusives, comme des cartes promotionnelles ou des goodies, renforçant l’engagement des joueurs. Par ailleurs, plusieurs tournois internationaux ont été organisés en Chine ces trois dernières années, témoignant de l’essor structuré de la scène compétitive.

En parallèle, plutôt que de s’appuyer sur des applications étrangères, l’écosystème Pokémon en Chine s’intègre aux usages locaux via des mini-programmes sur WeChat. Ces outils permettent aux joueurs d’accéder à des événements, de suivre leur progression et surtout d’obtenir des récompenses exclusives (cartes, objets dérivés), contribuant à fidéliser une communauté toujours plus large.

Cette combinaison entre expérience physique et intégration digitale locale permet à Pokémon de s’adapter au marché chinois, tout en conservant une forte dimension sociale et communautaire.

 

Une industrie portée par la Chine

Au-delà des usages, la Chine joue un rôle central dans la production mondiale de jeux de société, représentant une part majeure de la fabrication globale.

Ce positionnement permet de proposer une offre abondante et accessible, dans un marché en croissance continue. Parallèlement, de nombreux studios locaux émergent, signe d’un secteur dynamique et en pleine structuration.

 

 

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 5 avril 2026, mis à jour le 9 avril 2026
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