L'histoire méconnue du ghetto de Shanghai

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 07/09/2022 à 21:30 | Mis à jour le 12/09/2022 à 10:46
ghetto shanghai juif

Nous allons parler d'un pan de l'histoire de Shanghai, ce qui est toujours intéressant à connaître en tant qu'expatrié. Car si on ne connaît pas les péripéties et évolutions qui ont eu lieu dans la ville où on a choisi de s'établir pour un moment, il est souvent difficile d'avoir suffisamment de recul sur les mœurs et coutumes. Toutefois, il n'est pas question ici de folklorisme : nous allons retourner sur l'histoire assez méconnue du ghetto juif de Shanghai qui avait servi de refuge à des milliers de réfugiés juifs venus d'Europe.

 

Des portes ouvertes aux juifs, même en 1939 à Shanghai

 

Retour en arrière : en 1939, la Seconde Guerre mondiale venait de débuter et les juifs avaient déjà commencé à être persécutés en Allemagne et dans bon nombre de pays d'Europe. Il était ainsi très difficile pour une personne d'origine juive de se déplacer facilement et beaucoup ont vu le vent tourner en partant vers les États-Unis. Citons par exemple Einstein qui s'était réfugié aux USA en 1933, car des tensions avaient déjà commencé en Allemagne à cette époque.

 

Toutefois, partir vers le continent américain était un luxe et tous les juifs n'étaient bien sûr pas fortunés. De plus, en dehors de l'Allemagne, c'est vraiment vers 1939 que la situation a empiré, notamment en Pologne. Il était alors devenu très difficile de partir vers l'ouest sans se faire attraper, la seule solution étant alors de fuir vers l'est. Comment ? En se rendant en Italie et en prenant un bateau en partance jusqu'à Shanghai.

 

Pourquoi Shanghai d'ailleurs ? Eh bien à ce moment-là, on pouvait y entrer sans visa, ce qui n'arrangeait pas que les juifs. On sait aussi que les Tziganes ont en également profité pour se rendre en Chine, car ils étaient aussi persécutés et déportés par le régime nazi. On sait aujourd'hui qu'environ 20 000 juifs d'Europe ont pris le bateau pour Shanghai et les chiffres sont bien plus élevés si on inclut les autres populations.

 

Contexte en 1939 : Shanghai est sous occupation japonaise

 

Pour les expatriés sur Shanghai qui sont calés en histoire, vous devriez sûrement être au courant du fait qu'avec la Seconde Guerre sino-japonaise débutée en 1937, Shanghai était alors sous occupation japonaise entre 1937 et 1944. Cela n'aurait pas dû être une bonne nouvelle pour le peuple juif : en effet, comme les Japonais étaient alliés avec l'Allemagne nazie, ils n'auraient pas dû laisser entrer impunément n'importe qui sur Shanghai.

 

Toutefois, Tokyo n'avait pas non plus d'intérêt à persécuter les juifs qui n'avaient pas forcément mauvaise presse au Japon. Pour l'anecdote, des réfugiés juifs sont venus s'installer à Kobe durant la Seconde Guerre mondiale, on en dénombrerait environ 4000, ce qui n'est pas rien non plus. Et si on s'intéresse aux actualités juives, on peut constater qu'aujourd'hui encore, l'antisémitisme n'a pas vraiment lieu d'être au Japon où on n'a pas vraiment tendance à juger les personnes sur leur religion.

 

Ainsi, on peut dire que Tokyo a volontairement laissé entrer des personnes juives qui ont pu profiter de la communauté déjà installée sur place depuis la fin du XIXe siècle.

 

La réalité du ghetto de Shanghai pour les Juifs

 

Comme souvent avec les réfugiés qui arrivent sans argent et nourriture, on les plaçait dans la zone la plus pauvre et la plus peuplée de la ville, d'où la formation d'un ghetto. Même si des associations juives locales ont aidé en offrant vêtements et nourriture, les conditions restaient très précaires. De plus, avec la pression exercée par l'Allemagne nazie, l'armée impériale japonaise dut durcir les conditions en plaçant notamment les Juifs d'origine germanique dans un quartier populaire situé au nord de Shanghai.

 

Toutefois, il faut rappeler aussi que les conditions étaient également très précaires pour la population chinoise qui vivait sur Shanghai à cette époque-là. C'est pourquoi notamment le ghetto ne fut jamais vraiment clôturé, car les Chinois refusaient tout simplement de quitter la zone qui n'était finalement pas pire que dans d'autres coins de la ville. Notons également le fait que Tokyo finit par refuser l'application de “la solution finale” et même s'il y a eu de mauvais traitements de la part de certains officiers japonais, aucun Juif du ghetto de Shanghai ou presque ne fut envoyé dans un camp de la mort.

 

Pour résumer, les conditions de vie étaient loin d'être idéales, mais les Juifs n'étaient pas vraiment plus mal lotis que la population locale de Shanghai. On est bien évidemment à des années-lumière de ce qui se passait dans le ghetto de Varsovie en Pologne, même si certaines personnes ont pu perdre la vie à cause de la faim ou de maladies.

 

Le devenir des juifs du ghetto de Shanghai après la fin de la guerre

 

Si aujourd'hui l'histoire du ghetto de Shanghai est encore si méconnue, c'est en grande partie parce que les survivants ne sont pas restés sur place. De plus, comme parler de ce qu'avaient subi les Juifs à travers le monde a longtemps été tabou, il a fallu attendre de nombreuses années avant que cette histoire ne soit révélée à la lumière du jour. Rappelons qu'en France, on a mis beaucoup de temps avant d'intégrer le récit des survivants des camps de concentration qui n'étaient tout simplement pas crus au début.

 

Et nos Juifs du ghetto de Shanghai, que sont-ils devenus alors ? Eh bien pour faire vite, une grande majorité est partie pour les États-Unis d'Amérique ou encore pour la Palestine où Israël sera fondé quelques années plus tard. Afin d'entretenir le souvenir, il existe depuis 2007 le Musée des réfugiés juifs de Shanghai qui se trouve dans le district de Yangpu. Si vous n'habitez pas loin, nous vous conseillons d'y faire un tour, d'autant plus qu'il a été rénové en 2020 et que sa superficie a triplé. Avec les photos d'époque, cela vous donnera un aperçu de Shanghai autour de 1940 !

 

De plus, si vous êtes vous-même un expatrié à Shanghai d'origine juive, ce sera également une bonne occasion d'en connaître davantage sur l'histoire de votre peuple. Il faut dans tous les cas entretenir le souvenir afin que l'histoire ne se répète pas.

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'édition Shanghai.

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