Édition internationale

FRANCAIS DE SHANGHAI – Alexis Huille habille l'homme en Dagobear

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 30 novembre 2015

Installé à Shanghai depuis près de sept ans, Alexis Huille est aujourd'hui à la tête d'une entreprise de fabrication de caleçons, de chaussettes et d'accessoires pour homme baptisée Dagobear. Avec beaucoup d'entrain, l'homme partage son temps entre la France où sont commercialisés les produits et la Chine où ils sont créés. Il nous raconte son expérience.

L'idée première d'Alexis et d'Adrien était de fabriquer des caleçons et des chaussettes. Depuis, la société a étoffé sa gamme avec des accessoires comme des n?uds papillon ou des ceintures (photo PB)

La création d'entreprise, Alexis semble avoir ça dans le sang. Et c'est d'ailleurs avec un enthousiasme non dissimulé qu'il nous raconte ses concours de jeunes entrepreneurs, ses projets commencés aux Etats-Unis et ses recherches de financement. Quand il pose son unique valise à Shanghai, en janvier 2009, il n'a que 23 ans et un vague projet de création d'entreprise. Les différentes structures créées par le jeune diplômé d'école de commerce ne rencontrent alors pas la rentabilité escomptée. Mais il en faut plus pour décourager Alexis Huille qui planche en octobre 2010 avec son ami Adrien Lemaire sur une nouvelle idée de société : ce sera la naissance de Dagobear. "Les femmes aiment porter de la lingerie et la choisissent avec soin, alors que pour 53 % des hommes, ce sont leur mère ou leur femme qui achète leurs caleçons, le plus souvent par lot et en supermarché", nous raconte-t-il. "Nous voulions proposer des produits colorés pour les mecs qui osent tout en conservant un style décontracté."

Créer en Chine, c'est pas si facile...

La société est alors déclarée en France. "Nous pouvions ainsi bénéficier de nombreux avantages. Nous avons trouvé des investisseurs et obtenus des financements", explique-t-il. "Nous chercherons des investisseurs chinois plus tard, lorsque nous nous lancerons vraiment sur le marché local". Car aujourd'hui, les produits de la marque Dagobear sont fabriqués en Chine, mais vendus essentiellement sur le marché français. "Nous avons commencé par la France pour créer l'image de marque", explique Alexis. L'entrepreprise a d'ailleurs fait disparaître l'indication Paris-Shanghai de sa signature car les clients associaient la ville chinoise à un signe de basse qualité. L'entreprise ne se ferme pas pour autant au marché local : en plus des cinquante magasins qui distribuent ses produits en France, la société dispose d'une dizaine de points de vente en Europe ainsi que deux à Shanghai et une boutique en ligne sur Taobao. La vente, le marketing et l'image de marque sont gérés par Adrien, rentré vivre à Paris, tandis qu'Alexis s'occupe du e-commerce, des relations avec les usines de fabrication et de la gestion des équipes. "Sans lui on ne vendrait rien et sans moi on aurait rien à vendre", résume-t-il d'un ton amusé.

Apprends le chinois et de nouvelles perspectives tu trouveras

La société Dagobear compte aujourd'hui cinq collaborateurs en Chine, dont trois Chinois et deux Français. Alexis se félicite de cette mixité et surtout du faible turn-over que vit sa société. "La plupart des postes sont des métiers de créatifs. Les employés travaillent sur un produit et se sentent très impliqués." C'est selon lui la raison pour laquelle il arrive à conserver une équipe stable, principales difficultés des sociétés implantées en Chine.

Dès son arrivée à Shanghai, Alexis s'est naturellement rapproché d'entreprises françaises dans l'idée de se faire conseiller ou de collaborer. Mais le jeune chef d'entreprise n'a pas trouvé dans le réseau d'expatriés la qualité de service attendue ou à des tarifs bien supérieurs à la concurrence. "J'ai attendu deux ans avant de prendre des cours intenses de chinois et c'est là que tout a changé", nous explique-t-il. Alexis a alors pu approcher de petits ateliers et tester ses projets sur de petites productions.

Shanghai, une ville chinoise peuplée d'étrangers

S'il a choisi de fabriquer en Chine pour une raison évidente de coût, Alexis est intransigeant sur la qualité des produits, vendus en France avec un positionnement premium et présentés dans un écrin (photo PB)

Aujourd'hui, il est parfaitement intégré dans le système chinois, même s'il avoue côtoyer essentiellement des expatriés ou des Chinois ayant vécu à l'étranger. "J'ai importé mes potes à Shanghai", nous raconte-t-il en riant. "Nous sommes quatre du même village dans le Beaujolais à nous retrouver ici et l'un de mes amis a même épousé ma belle-s?ur !", renchérit-il. Lorsque nous l'avons questionné sur les raisons qui lui avaient donné envie de rester à Shanghai, sa réponse a été immédiate : "Même si les tarifs ont doublé depuis mon arrivée, c'est une ville beaucoup moins chère qu'Hong Kong (NDLR : dont est originaire sa femme) et dans laquelle on a un grand confort de vie, la possibilité de manger dans des restaurants de tous les pays ou d'avoir une femme de ménage. Et pour la marque Dagobear, j'ai l'impression qu'on peut plus se lâcher ici" Quant à savoir s'il souhaite rester encore longtemps, Alexis hésite. Papa d'un petit garçon de deux mois, il avoue s'inquiéter pour le niveau de pollution et exprime un manque de mer et de montagne. Son équipe chez Dagobear n'est pas encore assez autonome. Mais dans l'avenir, il pense qu'il est tout à fait possible qu'il en confie entièrement la gestion à des Chinois. 

Pascale Brites pour lepetitjournal.com/shanghai Lundi 30 novembre 2015

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 29 novembre 2015, mis à jour le 30 novembre 2015
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