Après deux mois d'absence où j'ai déserté l'Empire du Milieu, je redécouvre certaines habitudes, certaines attitudes des Chinois avec un regard neuf. Ces façons de faire m'amusent ou me dérangent. N'avez-vous jamais souri en voyant vos voisins aller faire leurs courses en pyjama ? Laisseriez-vous votre enfant se promener avec ce fameux pantalon troué à l'entrejambe pour qu'il puisse faire ses besoins là où bon lui semble ? Enfin, connaissez-vous ces toilettes, alignées les unes à côté des autres, démunies de porte, et séparées (ou non), par une minuscule cloison ?
Le fameux pantalon troué (photo TB)
Finalement, ces petites expériences du quotidien ont un point commun, elles ont trait à la sphère de l'intime. Et si elles peuvent parfois nous amuser, nous déranger, nous agacer, c'est bien parce qu'elles touchent à un domaine privé.
L'intimité est une "chasse gardée" : à la fois elle nous appartient, à nous et à nous seuls, et nous ne la partageons pas, hormis avec quelques proches. Dans la culture occidentale, c'est le plus souvent l'intimité du corps qui est cachée. Les toilettes en sont une illustration parfaite. Elles constituent un espace de tranquillité, que nous verrouillons, et où nous tâchons même de nous faire oublier. A contrario, nos émotions sont moins dissimulées. C'est en partageant notre vécu, nos expériences personnelles, nos ressentis, que nous créons un lien particulier avec autrui. Il me semble que c'est la démarche inverse qui a cours en Chine. Ce qui a trait au corps est propre à être partagé sans honte, en revanche les émotions sont rarement exprimées, car il y a toujours le risque de perdre la face, les confessions sont donc réservées à la famille.
Prise de sang à l'hôpital (photo TB)
Le médecin m'a prescrit quatre examens et m'a invitée à revenir la voir avec les résultats. Ces examens m'ont fait passer par tous les états émotionnels possibles : le fou rire lorsqu'il s'agissait de remplir mon gobelet (qui ne ferme pas), et après miction de le poser parmi cinquante autres; l'angoisse quand seul un rideau me séparait des vingt autres personnes présentes dans la salle pour un prélèvement (d'ailleurs, pour plus d'efficacité, on vous demande de ne retirer qu'une seule jambe de votre pantalon et de votre sous-vêtement); l'impatience quand j'ai attendu plus d'une heure sans être informée de la suite des événements, et enfin l'horreur quand l'examen tant attendu se révélait être une échographie pelvienne interne, effectuée en public !
Mes limites avaient été dépassées, et je me suis dit que plus jamais je ne mettrai un pied dans un hôpital chinois !
Pourtant, ces expériences, qui viennent pousser nos conceptions de l'intime à leur extrême, nous montrent aussi à quel point notre culture occidentale est centrée sur l'esprit (que l'on peut montrer) au détriment du corps (que l'on cache). Se faire masser, danser, faire du Tai Chi, chanter en public, sont des scènes de vie que nous croisons ici au quotidien. Elles nous prouvent qu'il est possible de laisser s'exprimer son corps sans gêne ni honte.
Cher lecteur, que pensez-vous de rapporter un peu des bons côtés de cette impudeur dans votre valise et de la faire partager à nos compatriotes ?
Tatiana Buisson à Chengdu pour lepetitjournal.com/shanghai Lundi 20 octobre 2014
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