

Par Gaëlle Déchelette
Malgré un taux de divorce plus faible qu'en Occident (26% en 2014, contre 50% en France, voir ce précédent article), les Chinois n'en sont pas moins concernés par le sujet, d'autant plus lorsqu'ils font la comparaison avec les ?? laowai de leur entourage,? Entre raison et passion, leurs différents témoignages sont la preuve que tout n'est pas lisse sous la surface.
Service de contentieux du tribunal de Xuhui (photo GD)
Mariage arrangé ou mariage d'amour, un socle inébranlable, la famille
Notre recherche commence avec Xuehua, quarante ans et originaire de l'Anhui, qui a une opinion assez tranchée sur le sujet : "Quand on se marie on doit faire des efforts, tout faire pour rester ensemble." Elle explique que bien qu'elle n'ait pas choisi son mari, l'important c'est la famille. De plus, selon elle, encore de nos jours, une femme divorcée est considérée comme une paria dans la société chinoise, et il est assez difficile de se remarier après un divorce. Mais de son aveu propre, lorsque Madame Wang a découvert l'infidélité de son mari l'année dernière, elle aurait bien elle-même pris sa fille de quinze ans avec elle et demandé le divorce sans hésiter.
Par la suite elle convient, que pour les couples avec un enfant : "Il faut prendre sur soi pour que l'enfant soit élevé avec son père et sa mère". Mettre de côté les différends, pour donner le meilleur à leur progéniture : dans la société de l'enfant unique, cette considération trouve beaucoup d'écho.
C'est le cas chez Yue Guan, Shanghaienne de 35 ans, elle-même mariée et mère d'un petit garçon. Il est d'après elle très difficile d'élever un enfant seul, surtout dans les grandes villes où les frais de scolarités sont élevés. "Si je veux assurer un avenir à mon enfant, je dois le mettre dans les meilleures écoles, et si je devais me séparer de mon mari, je ne pourrais subvenir seule à ses besoins".
Voilà pourquoi, dans les cas extrême où le divorce est la seule solution envisageable, les Chinois ont la réputation de se battre pour le partage des biens. Il s'agit là de prévoir leur propre subsistance face à l'adversité, dans une société où les assurances santé, chômage et retraite sont encore peu répandues.

Vers une plus grande conscience de la liberté individuelle ?
Aussi la notion de divorce à l'amiable (très occidentale) paraît étrange à Madame Wang : "Si les deux parties s'entendent bien, pourquoi divorcer ?".
"Pour la liberté !" répond Chen Lou, un jeune Shanghaien de vingt-cinq ans. Pas encore marié lui-même, il fait partie de cette génération de Chinois formés à l'étranger et qui ont fait la part entre leur éducation et le monde extérieur. Pour ces jeunes-là, la pression de la famille pour se marier est moindre, ils se marieront quand ils le voudront, avec qui ils voudront. Pour Chen, le divorce est tout à fait envisageable, car il est conscient qu'un foyer sans amour peut conduire à des dépressions et des comportements destructeurs. "Si j'ai des enfants, je préfère qu'ils me voient heureux, quitte à me séparer de leur mère".
Les Chinois, bien que toujours en prise au carcan des traditions, caractérisé par une base familiale forte, et le besoin de subvenir à leurs besoins en prévision des difficultés de la vie, prennent de plus en plus en compte l'individu. Au-delà des besoins matériels, ils ont de plus en plus conscience de l'importance du bien-être mental. Quitte à ce que le taux de divorce augmente encore sensiblement dans les prochaines années?
Gaëlle Déchelette pour lepetitjournal.com/shanghai Mardi 15 septembre 2015







