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GRANDS-PARENTS CHINOIS – Il n’y a pas d’âge pour pouponner !

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 25 mars 2014

 

En Chine, les babysitteurs dépassent allègrement la barre des 50 printemps. Culture et conjoncture obligent, les parents n'hésitent pas à faire appel à leurs propres géniteurs pour veiller sur leur(s) précieux rejeton(s)

 

Qui s'y colle sur le chemin de l'école... Mamie!

En Chine, impossible de ne pas être interpelé par le nombre d'enfants confiés aux bons soins de leurs grands-parents. La preuve au quotidien : le matin, c'est bien souvent mamie qui escorte "junior" à l'école. On la retrouve au déjeuner, mobilisée pour le biberon de bébé. Et l'après-midi, la voilà de permanence au square. Histoire de ne pas faire de jaloux, papi est également de la partie ! Père de jumelles de deux ans, Jian Li, 33 ans, confirme : faire appel à ses parents pour gérer sa progéniture est "une tradition en Chine". Sans état d'âme, il a ainsi délégué la garde de ses filles à sa mère et sa belle-mère. Pas exempte de tout conflit, la solution s'avère toutefois économique et pratique quand les deux parents travaillent à temps plein, ce qui est le cas de Jian et sa compagne. Un couple loin d'être une exception dans un pays longtemps réputé pour son taux élevé d'emploi des femmes. Et le recours aux grands-parents est encore plus flagrant dans le cas des travailleurs migrants, souvent contraints de laisser leurs enfants en zone rurale pour trouver du travail en ville.

Papi aussi veille au grain !

Centre des attentions familiales
Alors, dans quelle mesure les grands-parents interfèrent-ils ensuite dans l'éducation de ces "chérubins" ? Dans son autobiographie*, l'éditrice chinoise Xu Gei Fei rapporte que son jeune "frère fut envoyé chez mes grands-parents qui prirent en charge son éducation". Au regroupement de la famille, ses "parents constatèrent, impuissants, que mon frère était devenu le petit protégé de mes grands-parents qui le gâtaient ostensiblement". L'histoire remonte au lancement de la politique de l'enfant unique, à la fin des années 70. Destinée à endiguer la pression démographique, la mesure a donné naissance à une caste de "petits empereurs", concentrant espoirs et ambitions, dans un pays en pleine mutation.
Redescendus depuis de leur trône, les enfants chinois n'en demeurent pas moins le centre des attentions familiales, a fortiori des sexagénaires, restreints par le passé dans leur désir de bébé. "En Chine, toutes les personnes âgées adorent les gamins !", observe Zhu Jun, 33 ans. Et de fait, dans la rue, rares sont les seniors, hommes et femmes, à ne pas s'extasier au passage d'une poussette?

 

Regroupement de grands-parents

Petits empereurs devenus grands
A contrario, la génération des 20-30 ans affiche un enthousiasme moins débordant face aux enfants. Elevés sans fratrie, les petits empereurs devenus grands seraient même plus frileux que leurs aînés à l'idée de procréer. "En 2011, un couple sur cinq a intentionnellement renoncé à toute descendance", notent Cyrille J.-D. Savary et Alain Wang dans leur ouvrage La Chine nouvelle (Larousse). Pour ceux qui passent à l'acte, confier son rejeton à ses parents ne reviendrait-il pas ? au-delà de la tradition - à se "décharger" d'une responsabilité bien lourde à porter ? Ce transfert serait d'autant plus naturel que, faute de logement et/ou de budget, la cohabitation des différentes générations est encore de mise en Chine. Une proximité qui encouragerait les grands-parents à jouer les assistantes maternelles. "Sous réserve d'être disponibles? et consentants bien sûr !", sourit Zhu Jun. Difficile d'imaginer le contraire dans un pays où, limitation des naissances oblige, quatre grands-parents doivent se partager l'affection d'un unique petit enfant?

Barbara Guicheteau (www.lepetitjournal.com/shanghai.html) Mercredi 24 octobre 2012

* Petite Fleur de Mandchourie, XO Editions, 2010.

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 24 octobre 2012, mis à jour le 25 mars 2014
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