

Marraine du concours de la chanson française en Chine, Izïa Higelin était de passage à Shanghai ce week-end où elle s'est produite sur scène en première partie de Matthieu Chedid. Elle nous a reçus samedi pour nous parler de son dernier album et de sa première expérience de la scène chinoise.
Izïa Higelin et trois de ses musiciens se sont produits vendredi soir au QSW Culture Center de Shanghai en première partie de -M- (Photo : Pascale Brites)
Lepetitjournal : Après tes deux premiers albums écrits en anglais, tu as fait le choix de rédiger ton troisième album en français, peux-tu nous expliquer pourquoi ?
Izïa Higelin : Ce n'était pas vraiment un choix. Au départ je pensais écrire en anglais et puis il y a eu plusieurs choses qui m'ont fait écrire en français. Après mon duo avec mon père au Grand Journal, j'ai eu pas mal de retours. On m'a dit que ma voix donnait bien et que je devrais chanter en français. Et comme la musique de mon dernier album était un peu plus intime, plus new wave, je me suis dit qu'il y avait plus de place pour entendre les mots. Pour mon premier titre, je me suis fait aider de Lescop, un artiste français qui a fait un album super, très new wave. Je suis venue avec des brouillons et on a bossé ensemble. Il m'a alors décomplexée du français en me disant que ce n'est pas parce que les paroles sont simples que ce n'est pas bien. Par exemple, dans « Hey », ce premier titre écrit avec lui, le refrain c'est « tu t'en vas, tu ne reviens pas ». C'est simple, mais ça se pose bien sur la musique. Avec les arrangements, ça marche bien. J'avais besoin de ce petit coup de pouce pour me décomplexer du français. Ensuite ça a été un flot de paroles. J'ai écrit « La Vague » en une heure avec une espèce de double sens. Et puis naturellement tout le reste de l'album s'est fait en français.

Izïa Higelin a interprété les morceaux de son dernier album La Vague, rédigé entièrement en français (Photo : Pascale Brites)
Qu'en est-il de l'interprétation sur scène ? Tu as dit un temps que l'anglais était plus simple parce qu'on pouvait tordre les mots.
Oui, mais j'ai depuis appris qu'on pouvait aussi très bien le faire avec le français ! J'ai appris à manier les mots, à les intégrer et à placer ma bouche. Aujourd'hui sur scène, je chante d'ailleurs très différemment de l'album. Après avoir interprété mes titres en concert pendant un an, je me les suis appropriés. Je suis une artiste de scène et parfois je me dis qu'il faudrait que je fasse un an de tournée avant d'enregistrer les morceaux ! J'aime le studio et composer le dernier album a été un vrai plaisir. J'ai découvert une nouvelle manière de composer avec l'électronique, le fait de choisir des sons, poser des choses que j'entendais et ça a été un bonheur total. Pareil avec le français. Mais sur scène, je trouve plein d'idées, j'entends d'autres choses et l'énergie est là, le partage. Tu es obligé de te réapproprier ta musique et de faire le show. Tu peux faire un album studio et le rendre complètement différent sur scène.
D'ailleurs vendredi soir, le concert était très différents des interprétations précédentes, plus rock et moins électronique.
Oui, c'était très rock. Sur le principe, je n'ai aucun problème à faire un album plus électronique, plus calme, et puis sur scène le rendre plus rock. Mais vendredi,c'est aussi parce qu'on était quatre sur scène alors que normalement on est six. Habituellement, il y a plus d'arrangements, c'est plus riche, avec plus de nuances, parce qu'on a plus de sample, de machines. C'était assez difficile hier. Je revenais un peu à mes débuts, où on était que quatre sur scène avec moins de techniciens. Les techniciens sont hyper importants, tu peux te reposer sur eux, tu peux être complètement concentré sur ton show et tous les aspects techniques sont pris en charge. Avec la fatigue du voyage, hier c'était assez dur. J'ai été un peu déstabilisée. Mais c'était une expérience aussi.

En parlant d'expérience, c'est ton premier voyage en Asie. Qu'as-tu pensé de ta rencontre avec le public chinois ?
Le public français tu veux dire, parce qu'à Shanghai, il n'y avait que des Français dans la salle ! Mais juste avant j'étais à Chengdu et c'était super. Comme d'habitude, et partout où tu vas, il y avait un groupe de Bretons, c'était très drôle. Mais il y avait aussi une myriade des Chinois et le public était génial, positif, surexcité. Les Chinois étaient hyper contents de me découvrir. On a été super bien accueilli à Chengdu, avec une première partie allemande, dans un tout petit club rock, hyper intime. Et c'est exactement pour ça que je suis là, je suis venue pour jouer devant des Chinois. Hier, c'était différent, j'avais quarante minutes de scène avant Matthieu. Mais c'était très bien quand même. J'ai entendu que le public était très content. La salle était super, le son dément et l'accueil incroyable.
Tu as encore une date à Pékin avant ton retour. C'était un voyage très court...
Oui, ce tour était un peu difficile, on fait que voyager et je ne vois pas du tout la Chine. J'aimerais revenir et la prochaine fois, j'espère avoir plus de temps. À la fin du concert à Chengdu, on a pu discuter un peu avec les personnes qui sont venues me voir, mais très peu de temps. C'était une première prise de contact. Maintenant je sais comment ça se passe. La prochaine fois je ferai les choses un peu différemment. J'ai dû annuler ma présence à la session de Shanghai du concours de la chanson francophone, parce que le rythme est trop intense. Il reste Pékin et je suis curieuse de voir. On sera dans un petit club avec j'espère plein de Chinois et peut-être quelques Bretons !
Par Pascale Brites, lepetitjournal.com/shanghai, mardi 29 mars 2016.







