"Christian n'est pas le seul mais les courbes des femmes l'inspirent?" Ainsi commence la très bonne vidéo réalisée par CCTV sur l'artiste et sur sa série des nuques. M'attendant à trouver des tableaux pleins de poésie mais plutôt édulcorés, qu'elle ne fut ma surprise de découvrir une ?uvre d'une beauté chatoyante dans un atelier non moins exubérant. Christian nous ouvre les portes de son univers, découverte !
C'est dans un loft du nord de la Concession Française que Christian a installé en 2010 son atelier. Passé un lourd portail en glissière, vestige de la fabrique de fils de fer qui a dû déménager de la mégalopole avant l'Exposition Universelle, on pénètre dans un vaste espace à vivre et à travailler, où chaque objet a sa place d'élection. Christian, collectionneur dans l'âme, y a accumulé des trésors glanés chez des antiquaires ou des objets plus hétéroclites. Du papier peint du 18ème déniché chez un brocanteur sur les chemins du Gers, aux perles naturelles chinoises dégotées dans le centre d'antiquités de Jinhui Lu en passant par les sacs de toile tricolore style Tati formant une tente, l'accumulation de cet extravaguant désordre organisé impose l'univers de Christian. Les images pieuses font bon ménage avec les chaussures d'enfants colorées, une table magnifiquement dressée semble attendre des visiteurs imprévus, nous voici complètement coupés du monde extérieur, prêts à rentrer dans l'univers imaginaire de l'artiste.

Les nuques, une inspiration chinoise
L'?il est très vite happé par des ?uvres monumentales : des bustes de femmes dessinées de dos, au port de tête incroyable, dont la chevelure sensuelle se noue et se dénoue au-dessus d'une nuque épurée, s'échappant de drapés chatoyants. C'est à partir de la « nuque féminine, fine, délicate, sensible », que Christian peut faire vagabonder son imagination. La nuque, sert pour ainsi dire de page blanche, ou plutôt de toile noircie selon la technique dite du « noir de fumée », pour raconter une histoire. La mystérieuse inconnue sera alors une odalisque ottomane revêtue de détails de kafkans, une marquise du 18ème siècle aux tissus flamboyants de la Renaissance, une impératrice chinoise au tissu brodé de fils d'or? Mais pourquoi les nuques ? Longtemps fasciné par les nattes chinoises, Christian est rattrapé par ce souvenir d'enfance quand il débarqué à Shanghai en 2003. Alors professeur aux Beaux-Arts de Bayonne et artiste peintre, il est invité par sa cousine Pia Pierre pour organiser une exposition dans sa galerie. Puis un poste de professeur d'arts plastiques se libère au Lycée Français de Shanghai. Christian saisit l'opportunité pour s'installer et commencer sa série, une source d'inspiration qui ne le quittera pas. Il restera ainsi à Shanghai pour vivre de et pour son art.
Une ?uvre à son apogée
Pour découvrir son ?uvre et ses dernières réalisations, nous ne saurions mieux vous conseiller que vous rendre dans sa galerie actuelle, Art Cn, dont la galeriste Anne Cécile saura mieux que quiconque vous décrire ses fleurs foisonnantes, qui ne sont pas sans évoquer la palette de Tiepolo ou la couture de Christian Lacroix et encore son ostensoire, véritable offrande baroque pour ce fervent catholique. Mais la découverte ultime restera sans nul doute son merveilleux couple de nuques « à la fois dépouillé et organique, sûrement son oeuvre la plus épurée tout en étant la plus aboutie ».
Marie-Eve Richet lepetitjournal.com/shanghai Vendredi 18 septembre 2015







