De passage à Sao Paulo afin de présenter son Floride lors du Festival Varilux de cinéma français, le réalisateur est revenu auprès du Petitjournal.com sur son adaptation du succès théâtral Le Père,de Florian Zeller.
Lepetitjournal.com : Il n'est pas dans vos habitudes de réalisateur d'adapter des textes préexistants. Qu'est-ce qui vous a donné envie de le faire ?
Philippe Le Guay : C'est en effet la première fois que j'adapte une pièce. J'ai trouvé que la pièce était un support extraordinaire pour un rôle, celui d'un acteur d'un certain âge. Je n'avais encore jamais travaillé avec un acteur d'une stature un peu mythique, qui représente quelque chose de légendaire au cinéma français, et très vite j'ai vu la possibilité de faire un film avec Jean Rochefort, même s'il ne m'a pas tout de suite donné son accord. Nous avons mis environ six mois à faire connaissance parce qu'il avait décidé d'arrêter le cinéma. Le rôle que je lui ai proposé lui a donné envie d'y revenir.
Pourquoi avoir choisi le duo père/fille de Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain ?
Il m'a semblé que Sandrine et Jean formaient un couple père/fille très crédible. Tout d'abord, parce qu'ils ont tous deux une certaine parenté physique. Ensuite, les deux personnalités se connaissent dans la vraie vie et ils ont une grande complicité. J'apprécie leur humour un peu sec, leur ironie réjouissante et parfois même un peu cruelle. Ils communiquent sans pathos et c'est quelque chose que je voulais retrouver dans mon film. Je voulais qu'il y ait de l'humour et de la fantaisie pour qu'on ne soit pas tout le temps dans les sentiments.
Vous abordez un sujet délicat, celui de la maladie d'Alzheimer. Pourtant, on ne ressent pas cet aspect dramatique dans votre film. Pourquoi avoir fait ce choix de la comédie ?
Je ne pense pas qu'il y ait d'un côté les thèmes graves et de l'autre un traitement qui serait drôle. Dans l'expérience de nos vies, nous sommes tous confrontés à des choses terribles comme la mort de nos parents ou encore une rupture amoureuse, mais c'est notre vision, notre énergie, notre rapport au monde qui donne la douleur que va prendre l'événement. Ce n'est pas comme si il s'agissait de deux choses distinctes. Il y a des gens qui cassent un lacet de leurs chaussures et qui peuvent éclater en larmes, et d'autres qui peuvent traverser des épreuves épouvantables et garder le sourire. Je pense que c'est notre aptitude à la vie qui nous définit. Pour revenir sur le traitement de l'histoire, je pense que le sujet de la perte de mémoire n'a aucun sens à être traité de manière solennelle. Il y a une possibilité de fantaisie, de décalage et d'humour. Le personnage de Jean Rochefort est un peu comme une lampe qu'on allume et qu'on éteint. Tout d'un coup, le personnage est présent et brusquement, il ne l'est plus. Ce sont ces sautes d'humeur qui font que le personnage est tantôt drôle, tantôt dramatique. L'humeur des spectateurs suit ces interruptions.
Peut-on alors dire que Floride s'impose comme un film thérapeutique ?
Le personnage est stoïque, il ne se plaint pas. Personnellement, je tire exemple de mon grand-père, rescapé de la guerre de 1914, qui était un homme qui ne se plaignait jamais bien qu'il ait perdu une des ces jambes dans les tranchées. Il s'agit pour moi d'une véritable image du stoïcisme incarnée ici par Jean Rochefort. Pour en revenir à la question, le mot thérapie est un peu fort, disons plutôt qu'à travers l'expérience sensorielle que l'on peut faire de la maladie, les gens se retrouvent et cela peut les aider à mieux comprendre ce qu'ils vivent. Le film propose un miroir dans lequel on peut se reconnaître ou non. Il permet de se mettre à la place des personnages, même si le film n'a pas pour ambition d'être pédagogique. S'il doit y avoir une forme de pédagogie au cinéma, c'est davantage dans la façon dont on se rapproche par les émotions de ce que les gens vivent. Qu'il s'agisse des thèmes du chômage ou encore la maladie, le cinéma nous invite à nous identifier à des personnages qui souffrent, et dans ce sens, nous permet de mieux les comprendre.
Vous étiez déjà venu au Brésil l'an passé dans le cadre du festival Varilux. Qu'avez-vous déjà découvert du Brésil ?
Varilux est en quelque sorte ma carte Navigo pour le Brésil. Je connais déjà Sao Paulo et Rio de Janeiro que j'ai visité l'an passé. Récemment, il y a deux jours, j'ai découvert Belo Horizonte, et notamment la Serra do Cipó, un sublime parc naturel. J'ai trouvé le parc sublime !
Le Brésil est-il source d'inspiration ? Avez-vous déjà pensé à y tourner un film ?
Vous soulevez là une énorme question. Pour tourner un film dans un pays qui n'est pas le vôtre, je pense qu'il faut s'imprégner de toute une culture au préalable. On ne peut pas considérer un pays comme un décor ou alors cela reviendrait à l'utiliser comme une carte postale. Par exemple, dans Floride, en aucun cas l'objectif était de décrire ce qu'est la Floride.
Propos recueillis par Pauline RAGUE (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 13 juin 2016





