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ECONOMIE - Porto Alegre, la ville pionnière du budget participatif

Écrit par Lepetitjournal Sao Paulo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 11 mai 2015

Porto Alegre (Rio Grande do Sul) est la ville référence du budget participatif, soit une pratique qui permet la participation des citoyens au choix de financement des politiques publiques. Depuis son implantation en 1989 dans la ville brésilienne, c'est au moins 15% de son budget qui est ouvert à des prises de décisions collectives. Cette pratique s'inscrit dans une volonté de démocratisation et de transparence, notamment en ce qui concerne les questions urbaines et sociales. Lepetitjournal.com vous explique le succès de cette initiative brésilienne.

Le budget participatif au Brésil, c'est déjà de l'histoire ancienne. Dès les années 1970, dans un Brésil encore sous dictature, se pose la question de la participation des citoyens à la vie de leur quartier. Les préfectures de Boa Esperança (Espírito Santo), Piracicaba (São Paulo) et Lages (Santa Catarina) décident alors d'organiser des réunions publiques pour prendre connaissance des besoins de leurs habitants.

Dans la foulée, particulièrement pendant les années 1980, d'autres municipalités du Brésil connaissent un phénomène "participationniste". Ce courant d'idées prônait la participation politique des citoyens, mais proposait aussi une approche utopique pour penser la démocratie. Et peu à peu, les citoyens comme les politiques et des membres de l'église catholique se sont mis à réclamer une décentralisation politique du pouvoir et l'élection d'un président de la République par un suffrage universel direct. Sous la pression grandissante, l'exercice direct de la citoyenneté est incorporé à la Constitution de 1988 et gagne ainsi le statut de principe constituant de l'Etat brésilien. 

La naissance du premier budget participatif à Porto Alegre
Sous l'égide du maire Olívio Dutra, du Partido dos Trabalhadores (PT), Porto Alegre lance son premier budget participatif en 1989, après de nombreuses revendications des habitants. Dans un premier temps, tout citoyen qui assistait aux séances de budget participatif pouvait voter les politiques à prendre par la municipalité. Dans ce système, les voix accordées aux habitants de zones où les initiatives publiques manquaient avaient plus de poids que les autres, pour encourager la participation et rééquilibrer la répartition des investissements.

Dès la première année, 780 habitants de Porto Alegre ont participé aux réunions. C'est par la suite, avec un Forum démocratique, que Porto Alegre est découpée en 16 secteurs, permettant de cibler les politiques et d'organiser dans chacune d'elles des assemblées plénières

Principes du budget participatif : consulter et décider
La participation des citoyens s'effectue à travers des associations de quartiers, dont les réunions constituent un premier cercle de réflexion et de proposition. Celles-ci participent aux séances plénières, ouvertes à tout citoyen et élisent leurs délégués (un délégué pour dix personnes présentes). Les délégués élus élisent à leur tour deux conseillers du budget participatif qui rejoignent le Conseil du budget participatif.

Le cycle établi à Porto Alegre se caractérise par quatre périodes, détaillées par le site Igapura :

- mars à juin : les assemblées de quartiers et assemblées thématiques font le bilan du budget de l'année précédente et présentent le plan d'investissement du budget en cours adopté par le Conseil du budget participatif. Elles définissent également les priorités à réaliser pour l'année suivante.

- juin à août : la mairie expose les grandes lignes du budget (recettes et dépenses) et les conseillers du budget participatif sont élus, puis formés pour intégrer le Conseil du budget participatif.

- septembre : le Conseil du budget participatif étudie le projet proposé par la mairie, avant de le transmettre au Conseil municipal.

- octobre et novembre : le budget est débattu au sein du Conseil, puis adopté. Le Plan des investissements est analysé conjointement avec le règlement du budget participatif pour l'année suivante.  

Les assemblées thématiques se partagent en assemblées sur la circulation et le transport, la santé et l'assistance sociale, l'éducation avec les sports et loisirs, la culture, le développement économique et la fiscalité, l'organisation de la ville et le développement urbain. Chaque année, ce sont sur plusieurs de ces thèmes (environ quatre) que les assemblées et les conseillers travaillent en priorité, après décision par les citoyens.

Reconnaissance mondiale de l'efficacité de l'initiative brésilienne
Le schéma de fonctionnement du budget participatif établi à Porto Alegre contribue à son propre succès et lui permet de devenir un précurseur et un exemple dans le monde.  L'ONU reconnaît en 1996, lors de la Conférence Habitat II d'Istanbul, les mérites de cette initiative. Elle la qualifie "d'excellente pratique de gestion locale" et considère que c'est un des 40 meilleurs exemples de gestion urbaine. En 2001, le premier Forum social mondial (FSM) a largement repris les principes du budget participatif, contribuant à son essaimage dans les municipalités du monde.

Des villes d'Europe (Portugal, Italie, Espagne, Suède, Royaume-Uni, France), d'Afrique (Cameroun, Sénégal, Madagascar), d'Asie (Chine) et d'Amérique latine ont ainsi développé cet outil

Remise en question de l'avenir du budget participatif
A Porto Alegre, le budget participatif donnait de bons résultats. Il a cependant connu de profonds changements lorsque le PT a perdu les élections en 2004 - la ville a ensuite été dirigée par le PMDB puis le PDT depuis 2010 -. La participation a par exemple beaucoup baissé et les associations sont désormais moins puissantes. Le budget participatif à Porto Alegre serait désormais confronté au défi de se renouveler.

Simon Langelier, politologue et doctorant en études urbaines à l'Université du Québec à Montréal analyse la situation en ces termes : "Le budget participatif de Porto Alegre se trouve face à une alternative : l'instrumentalisation par les pouvoirs publics et l'élite économique ou la consolidation, dans l'optique de redonner à la société civile de véritables moyens d'action. En jeu : la poursuite de la révolution sociale et démocratique amorcée au début des années 1990, ou son enlisement."

Christine REBECHE (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 12 mai 2015

*Illustration : Anderson Vaz / Flickr

lepetitjournal.com sao paulo
Publié le 11 mai 2015, mis à jour le 11 mai 2015
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