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STREET ART - Pixação, une spécialité pauliste

Par Lepetitjournal Sao Paulo | Publié le 03/07/2017 à 22:05 | Mis à jour le 04/07/2017 à 15:26

Un pixação ? Jamais entendu ce mot ? Et pourtant vous en avez sous les yeux très régulièrement à São Paulo... Allez un petit effort, vous savez, celui qui a eu la bonne idée de tracer des hiéroglyphes des temps modernes sur l'immeuble d'en face et que le nouveau maire de São Paulo, João Doria, veut effacer : ne cherchez plus, ce sont des pixações !

Comment ne pas tomber sur un pixação à peine sorti dans la rue ? C'est certain, ils envahissent moins les murs de quartiers comme Brooklin, Moema ou encore Morumbi. Mais vous en avez forcément croisés sur votre chemin un jour ou l'autre. "Pixação" est le mot brésilien qui désigne le tag qui orne les RER et autres métros en France. Ce qui frappe, c'est la quantité de ce moyen d'expression. Sur ce point, il surpasse de loin les grafs de New York, les stencils de Paris ou de Londres.

Partons à la recherche étymologique de ce terme à la sonorité bien étrange : "pichar" voudrait dire en anglais, "to spray" (vaporiser), mais l'expression "piche" signifie aussi goudron. Pixação désigne ainsi les traces faites avec ce matériau. C'est dans les années 1960 que le mouvement des pixadores (les artistes en question) s'est développé à São Paulo, à des fins commerciales voire politiques à ses débuts (ils étaient en effet utilisés pour dénoncer la dictature militaire); les messages sont vite devenus sociaux et surtout identitaires...

De l'art, une contestation sociale, une signature ?
Il est difficile de réellement savoir la motivation de ces pixadores, adulés par certains, détestés par tant d'autres, on ne peut les regrouper sous une seule motivation : réel mouvement de contestation d'une jeunesse se sentant oubliée par une société qui croît sans elle ? Mouvement punk des années 1980 ? Artistes de rues partageant la vision de Djan Ivson : "Nous voyons la rue comme support pour notre art" ? Moyen de communication et d'expression différent ? Un peu de tout cela sans doute, c'est en tout cas la mouvance considérée comme la plus vandale actuellement dans le monde du graffiti.

C'est d'ailleurs un monde auquel les pixadores ne souhaitent pas prendre part. En effet, d'inspiration hip-hop, les graffitis n'ont rien à voir avec les pixações, d'origine plus rock : comparez-les à la pochette d'un album d'Iron Maiden et vous comprendrez.

Pas question non plus d'institutionnaliser le mouvement : ils se sont ainsi attaqués à la Biennale de São Paulo il y a quelques années. Les "dessins" contestataires de Caroline Pivetta, lors de la biennale de 2009, lui ont coûté quatre ans de prison. Entre eux et le milieu de l'art, c'est plutôt la guerre que la cohabitation. Les graffitis étant de plus en plus utilisés pour lutter contre les pixações, on comprend aisément la rivalité existant entre les faux frères pour s'approprier du terrain, ou plutôt du mur...

Un but qui n'est pas particulièrement esthétique
Les "lettres" utilisées selon les légendes urbaines viennent de lointaines influences germaniques, runiques, du gothique ou encore de l'étrusque : bien des mystères entourent cet alphabet. En discutant avec des passionnés, leur explication surprend. Non, l'origine n'est à chercher ni en Europe du Nord, ni dans l'Empire romain, mais bien dans un raisonnement plus "pratique" :  la plupart des pixadores doivent se contorsionner dans tous les sens pour pour parvenir à dessiner leurs marques du haut de balcons situés à 50 mètres du sol.

Le style aiguisé, angulaire est aussi plus adéquat à réaliser, du fait de l'utilisation d'un rouleau de peinture. Une chose est sûre, le pixador aime le "Proibido" ("interdit"), la hauteur, le danger. Nourri de ces défis, il a encore de beaux jours devant lui pour envisager sa ville comme "un grand cahier à noircir".

Remi KUZNIEWSKI (www.lepetitjournal.com - Brésil) Rediffusion

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