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STREET ART - La "politique des murs gris" du maire de São Paulo suscite la controverse

Par Lepetitjournal Sao Paulo | Publié le 01/03/2017 à 23:05 | Mis à jour le 02/03/2017 à 03:39

La semaine dernière, João Doria a promulgué la loi municipale sanctionnant d'une amende de 10.000 reais tout tag réalisé sur un bâtiment public ou privé de São Paulo. De même, les graffitis sans autorisation sont interdits. Cette mesure est l'aboutissement d'un début de mandat marqué par une véritable guerre ouverte entre la nouvelle municipalité et les street artistes de la ville. Décryptage.

Parmi ses promesses de campagne, le nouveau maire de São Paulo, João Doria, avait promis de nettoyer la ville. Il continue ainsi, depuis son entrée en fonction le 1er janvier dernier, de s'afficher régulièrement en train de littéralement balayer les rues en tenue de "gari" (les balayeurs de rue brésiliens). Mais ce nettoyage, baptisé "Cidade Linda" ("Belle Ville"), vise également les murs de la ville, pour la plupart recouverts d'?uvres de street art et de tags. L'une de ses premières mesures vient ainsi d'être promulguée la semaine dernière : jusqu'à 10.000 reais d'amende pour tout tag réalisé sur un bâtiment public ou privé.

Cette loi municipale n'aurait pas fait controverse si elle ne comportait aussi l'interdiction de tout graffiti sans autorisation. Or, c'est bien ce street art qui, encouragé et même financé par Fernando Haddad, prédécesseur de João Doria, avait fait de São Paulo l'une des capitales renommées du genre. Ainsi, sans discernement et avant même que cette loi n'entre en vigueur, le nouvel édile a fait repeindre de leur couleur originale (le gris) plusieurs murs de la ville, dont certains comportaient des graffitis de grands noms locaux du street art, comme sur l'avenida 23 de maio.

Une initiative que déplore Eric Maréchal, photographe français basé entre São Paulo et Berlin, spécialiste du street art. "J'ai trouvé cela très choquant, la 23 de maio était devenue l'un des symboles de São Paulo, les ?uvres étaient très récentes et c'était une vitrine magnifique du street art", s'indigne-t-il auprès du Petitjournal.com, rappelant que les ?uvres de cette avenue avaient en plus été sponsorisées par la municipalité précédente. "C'est de l'argent public gaspillé car la mairie aura payé pour réaliser les ?uvres puis pour repeindre par-dessus."

Amalgame entre tagueurs et graffeurs
"Certes, São Paulo n'est pas une ville propre et il n'y a pas que des choses négatives dans le programme de João Doria, mais nous sommes en 2017 et des gens qui ne connaissent pas grand-chose continuent de faire l'amalgame entre pixadores (tagueurs, ndr) et street artistes qui proposent l'expression d'un art contemporain universel", poursuit Eric Maréchal. Pire, les actions de la mairie sur les murs de São Paulo ont provoqué un regain d'activité de la part des tagueurs ? outre des tags, de la peinture déversée sur des statues, sur le macadam de l'avenida Paulista.

Cette guerre ouverte a pris un tournant d'autant plus triste que ceux-ci s'en sont pris à leur tour aux propres ?uvres de street art encore intactes en signe de protestation. Fin janvier, ils ont par exemple recouvert de gris sur tout son long une très belle ?uvre de Kobra sur la 23 de maio (voir photo 1), l'une des rares que la mairie entendait conserver, avec, au bout, l'image de João Doria tenant un pinceau comme si c'était lui qui était en train de repeindre le dessin.

Appel au dialogue
Les autorités ont néanmoins réussi à interpeller plus de 70 personnes prises en flagrant délit depuis le début de l'année. Parmi elles, le graffeur Mauro Neri, qui tentait de retirer la peinture grise recouvrant l'une de ses ?uvres sur la 23 de maio et apposée, elle, par la mairie. Invité par l'opposition municipale à s'exprimer devant le conseil municipal, il a appelé à plus de dialogue avant toute répression : "Nous devons mieux gérer les différences (entre les ?uvres) parce que la dénomination de ce qui est graffiti et tag s'est terminée en jugement de valeur. Quand c'est apprécié, c'est un graffiti, quand c'est très apprécié, c'est une fresque et quand ce n'est pas apprécié, c'est un tag. (?) Nous avons besoin de plus d'écoute et travailler sur le sujet de manière plus anthropologique pour un retour des espaces publics dévolus à l'éducation et à la formation de l'opinion".

Aujourd'hui, à l'image de Mauro Neri, les street artistes de São Paulo sont "dégoûtés", selon Eric Maréchal, et ce malgré un signe de revirement de João Doria. Ce dernier a notamment lancé l'idée d'un "musée du street art" à ciel ouvert, soit la permission faite à des graffeurs sélectionnés de réaliser tous les trois mois des ?uvres, financées par la mairie, à des endroits choisis cette dernière. De grands noms du street art dont Kobra ou Os Gêmeos, parmi les plus critiques, ont d'ores et déjà décliné toute participation à ce projet. Pour l'architecte Kazuo Nakano, interrogé par Agência Brasil, le mal est fait : l'attitude de la mairie vis-à-vis du street art a été "autoritaire" et ce "musée" ne change en rien "sa posture équivoque" puisque aucun artiste n'a été associé à sa mise en place, notamment quant au choix des lieux, alors qu'ils ont une lecture de la ville particulière et que leurs ?uvres "dialoguent avec l'espace" dans lequel elles s'affichent. 

Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) jeudi 2 mars 2017

*Légendes photos : oeuvre de Kobra recouverte par des tagueurs (photo 1 / Agência Brasil), oeuvre de Truff sur la 23 de maio avant qu'elle ne soit repeinte (photo 2 / Eric Maréchal), oeuvre de Mauro Neri sur la 23 de maio avant qu'elle ne soit repeinte (photo 3 / Eric Maréchal).

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