

Durant son expatriation en tant que professeure de philosophie au Lycée Pasteur de São Paulo de 2006 à 2012, Claudine Sagaert a poursuivi ses recherches sur l'esthétique du corps. Aujourd'hui, dans une approche philosophique, anthropologique et littéraire, elle publie aux éditions Imago, un ouvrage intitulé Histoire de la laideur féminine. Dans cet essai, elle remet en question l'idée selon laquelle la femme a incarné la beauté.
De nombreux ouvrages sont consacrés au genre, au corps et à la beauté, il n'en est pas de même de la laideur. Or, si la laideur collabore à l'écriture de toutes les partitions sur les difficultés existentielles, que le vieillissement, la souffrance, l'exclusion ou la maladie sont les refrains qu'elle compose le mieux, en ce sens elle ne peut être considérée comme insignifiante. C'est donc à cet angle original que s'est attelée Claudine Sagaert, ancienne professeure de philosophie au lycée Pasteur de São Paulo ? bientôt disponible au CDI -, dans son nouvel ouvrage, Histoire de la laideur féminine (éditions Imago).
On aurait pu penser que la laideur concerne tout autant l'homme que la femme, en fait, il n'en est rien. Les textes qui y font référence, ciblent le plus souvent l'être féminin. Par exemple, dès la Grèce antique, la femme a été le paradigme d'une beauté de l'apparence. Si elle a pu paraître belle, elle n'a pas été considérée comme belle. En la dotant d'un corps valétudinaire, de peu de capacité intellectuelle et d'un moindre sens moral, la femme a symbolisé la laideur ontologique.
Une dimension novatrice
D'autre part, Claudine Sagaert énonce que la laideur n'est pas étrangère à la circulation du pouvoir. Elle a été utilisée comme un outil de stigmatisation redoutable envers celles qui représentaient un danger pour les tenants de l'autorité. Vieille fille, sorcière, intellectuelle et féministe ont été jugées laides, car elles refusaient le carcan de jeunes femmes belles et soumises dans lequel on voulait les enfermer. La laideur physique a ainsi été l'allégorie de la laideur morale.
Cet ouvrage retrace l'histoire de la laideur féminine à travers trois grandes périodes. Il est illustré de nombreux tableaux et caricatures. Etayé par des analyses rigoureuses et doté d'une écriture agréable à lire, cet essai offre une lecture accessible à tous.
Joseph SIVIERI (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 13 avril 2015
*Illustration : éditions Imago





