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MERCI PROFESSEUR – Rencontre avec Bernard Cerquiglini, fervent défenseur de la langue française

Écrit par Lepetitjournal Sao Paulo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 28 mai 2013

Eminent linguiste, le recteur de l'Agence Universitaire de la Francophonie est un amoureux de la langue française. C'est aussi le présentateur de l'émission de TV5 Monde "Merci Professeur !", que tous les apprenants du Français connaissent bien. Lepetitjournal.com l'a rencontré.

Lepetitjournal.com ? Vous êtes le recteur de l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF). Pouvez-vous nous expliquer quel est son rôle ?
Bernard Cerquiglini ? L'Agence Universitaire de la Francophonie, c'est d'abord l'association d'universités à travers le monde utilisant entièrement ou partiellement le français. Cela fait 52 ans qu'elle existe, et actuellement plus de 750 universités sont adhérentes. Tous les 4 ans, nous nous réunissons pour l'assemblée générale, et c'est spectaculaire !

On compte tant des universités de pays traditionnellement francophone, mais également des établissements installés dans des pays qui s'ouvrent au Français. C'est notamment le cas du Brésil dont 14 des plus grandes et meilleures universités sont maintenant adhérentes de l'AUF. Ce sont d'ailleurs d'elles qu'est venue la proposition d'organiser notre 16ème assemblée générale à Sao Paulo. J'ai donc choisi de la faire dans un pays qui est maintenant majeur, où la francophonie est pionnière. Un bureau de l'AUF s'y est d'ailleurs ouvert il y a maintenant deux ans.

L'AUF est également un opérateur : sa mission est d'être un organisme qui soutient l'enseignement supérieur et la recherche en langue française. Nous recevons des financements de différents états, dont la France, ce qui nous permet d'avoir les moyens de notre politique pour aider les étudiants, les chercheurs et les enseignants des pays en développement.

Comment évolue le rôle du français à travers le monde ?
Je suis linguiste, donc je sais que les langues n'ont pas toutes la même fonction. Si l'anglais est utilisé pour le commerce, et pour quelques publications scientifiques, le français reste une langue associée au savoir, à la culture, à l'élégance de la pensée. Il n'y a donc pas de conflits entre elles. Si j'ai un ennemi, c'est l'unilinguisme. Lors d'une rencontre avec des Chinois, j'ai appris qu'ils publiaient plus de 200 revues scientifiques en mandarin. Peut-être que le savoir neuf surgira dans des publications en mandarin ou en portugais ? Le monde scientifique bouge très vite. Pendant nombre d'années, les recherches universitaires et scientifiques se faisaient en très grande majorité dans quelques pays, ce qui pouvait créer l'idée fausse d'une langue unique. Maintenant, ce même savoir provient des quatre coins de la Terre. Les universitaires veulent pouvoir publier leurs travaux dans leur propre langue.

Vous êtes un médiéviste reconnu. Avez-vous dû cesser votre activité universitaire afin de pouvoir vous consacrer à l'AUF ?
Cela a été un grand chagrin de devoir abandonner la recherche. J'ai cependant continué à me tenir au courant. Etre recteur de l'AUF est un poste très lourd. En-dehors, il ne me reste que peu de temps pour faire autre chose. L'émission "Merci Professeur !" diffusée sur TV5 Monde (ndlr. émission au cours de laquelle Bernard Cerquiglini explique un mot ou un fait de langue), c'est mon travail du dimanche, et j'y tiens !



Vous êtes un ardent défenseur de la langue française...
Je suis en effet un amoureux de la langue française, et de ses variations. Celles-ci sont doubles : elles sont tout d'abord diachroniques, historiques. En tant que médiéviste, j'aime voir ce qui est commun entre le français du XIIème siècle et celui de maintenant. Et sur le plan synchronique, je m'intéresse à ce qu'il y a de même et d'autre dans la langue, en étudiant notamment la langue telle qu'elle est utilisée au Québec, en Suisse, en Belgique, etc.

La langue se doit d'évoluer et à ce titre j'ai participé à trois grandes "guerres civiles" : la réforme orthographique dans les années 1990, j'ai également rendu un rapport sur les langues régionales, incitant à avoir envers elles une politique plus positive. Enfin, j'ai soutenu le projet de féminisation des mots dans la langue. Je suis d'ailleurs très fier d'avoir mené ce dernier combat ? gagné ? car la féminisation n'est pas un problème grammatical, mais avant toute chose un pur problème social, idéologique.

Quelle a été votre réaction lorsque Larousse vous a invité à aider à choisir les mots nouveaux qui entreraient dans le dictionnaire en 2014 ?
C'est une très grande responsabilité qui est confiée à ceux qui doivent voter pour l'entrée des mots nouveaux dans le dictionnaire. Je remercie vivement la maison Larousse qui m'a associé à ce projet ! Il faut voir si les mots proposés ne sont que de simples phénomènes de mode, ou s'ils risquent de s'installer plus durablement et donc d'être inscrits dans un dictionnaire.

Durant les années 1980, vous avez été directeur des écoles au ministère français de l'Éducation nationale. De nombreux débats sont ouverts sur les écoles françaises ; les critiques sont nombreuses. Selon vous, le système scolaire français va-t-il mal ?
La France a la chance d'avoir une très belle école ! A commencer par les écoles maternelles. En France, tous les enfants vont à l'école à partir de 4 ans. Leurs instituteurs ont un niveau de qualification élevé. Bien sûr, il y a des problèmes, mais la scolarisation est complète, l'alphabétisation l'est aussi. Le système scolaire emmène une classe d'âge vers le bac. Je suis confiant ; on a une belle école publique !

Propos recueillis par Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com ? Brésil) mardi 27 mai 2013

Bernard Cerquiglini a publié en octobre 2012 ses Petites Chroniques du français comme on l'aime, qui regroupe les meilleurs textes de "Merci Professeur !".

Lire aussi : YAMINA BENGUIGUI - "Au Brésil, on sent un grand amour de la langue française."

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Publié le 27 mai 2013, mis à jour le 28 mai 2013
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