Édition internationale

César 2026 : quand Hollywood s'invite à l'Olympia

La 51e cérémonie des César a sacré plusieurs personnalités ayant un pied — voire les deux — de l'autre côté de l'Atlantique. De Jim Carrey à Richard Linklater, en passant par un jeune Québécois habitué des plateaux américains, retour sur une édition à l'accent résolument transatlantique.

Des statuettes de la cérémonie des CésarsDes statuettes de la cérémonie des Césars
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 27 février 2026

Ce jeudi 26 février, l'Olympia vibrait au rythme du cinéma français. Mais à y regarder de plus près, le palmarès de cette 51e cérémonie des César racontait aussi une autre histoire : celle des ponts entre la France et les États-Unis. Pas moins de cinq lauréats de la soirée entretiennent un lien étroit avec Hollywood — preuve que les deux rives du cinéma mondial n'ont jamais été aussi proches.

 

Jim Carrey, un César d'honneur et un discours en français

C'était le grand moment d'émotion de la soirée. Jim Carrey, 64 ans, a reçu un César d'honneur des mains de la présidente de la cérémonie Camille Cottin et du réalisateur Michel Gondry, qui lui avait offert l'un de ses rôles les plus mémorables dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004).

L'acteur canado-américain, installé à Los Angeles depuis des décennies, a fait toute sa carrière à Hollywood. De The Mask à The Truman Show, en passant par Ace Ventura et Man on the Moon, il fait partie de ces visages que tout le monde reconnaît, des deux côtés de l'Atlantique.

Et il a su toucher le public de l'Olympia en prononçant son discours en français, rendant hommage à ses racines familiales françaises et à son père, qu'il a décrit comme « l'homme le plus drôle du monde ». Benjamin Lavernhe, le maître de cérémonie, avait d'ailleurs ouvert la soirée par un sketch musical en hommage à The Mask, visiblement très ému de se retrouver face à l'acteur. Jim Carrey rejoint ainsi une liste prestigieuse de récipiendaires récents du César d'honneur, après Julia Roberts (2025), Christopher Nolan (2024) et Cate Blanchett (2022).

 

Richard Linklater, premier Américain sacré meilleur réalisateur

C'est une première historique. Le Texan Richard Linklater est devenu le premier cinéaste né aux États-Unis à remporter le César de la meilleure réalisation. Et pas pour n'importe quel film : Nouvelle Vague, tourné en noir et blanc et entièrement en français, revisite le tournage du mythique À bout de souffle de Jean-Luc Godard à la fin des années 1950.

Le film, qui met en scène Guillaume Marbeck dans le rôle de Godard, l'Américaine Zoey Deutch dans celui de Jean Seberg et Aubry Dullin en Jean-Paul Belmondo, est arrivé en tête des nominations avec dix citations. Il repart finalement avec quatre César : meilleure réalisation, meilleure photographie, meilleur montage et meilleurs costumes.

Linklater, figure du cinéma indépendant américain depuis Slacker (1990) et Dazed and Confused (1993), est aussi le créateur de la trilogie Before et du révolutionnaire Boyhood. Absent de la cérémonie, il a fait lire un message par Guillaume Marbeck : « Ceci est pour moi un honneur presque écrasant. » Un understatement très texan pour un cinéaste qui a rendu au cinéma français l'un de ses plus beaux hommages.

 

Paul Thomas Anderson, César du meilleur film étranger

Autre grand nom du cinéma américain récompensé : Paul Thomas Anderson. Le réalisateur de There Will Be Blood, Phantom Thread et Licorice Pizza a remporté le César du meilleur film étranger pour Une Bataille après l'autre, adaptation du roman Vineland de Thomas Pynchon.

Cette tragicomédie, qui met en scène un groupe d'anciens révolutionnaires traqués par un militaire ultraconservateur, avait déjà triomphé aux BAFTA quelques jours plus tôt. Aux César, elle a devancé L'Agent secret de Kleber Mendonça Filho, Sirat d'Oliver Laxe et Valeur sentimentale de Joachim Trier.

 

Théodore Pellerin, l'espoir venu du Québec via Hollywood

À 28 ans, Théodore Pellerin a décroché le César du meilleur espoir masculin pour son rôle dans Nino de Pauline Loquès, où il incarne un jeune homme qui apprend qu'il est atteint d'un cancer de la gorge. Le film, remarqué à la Semaine de la critique à Cannes, a également reçu le César du meilleur premier film.

Mais ce que beaucoup ignorent, c'est que ce Québécois au charisme magnétique navigue entre Montréal, Paris et Los Angeles depuis une décennie. Côté américain, son CV est impressionnant : il a donné la réplique à Nicole Kidman et Russell Crowe dans Boy Erased de Joel Edgerton, joué aux côtés de Kirsten Dunst dans la série On Becoming a God in Central Florida (AMC), incarné le Marquis de Lafayette face à Michael Douglas dans Franklin (Apple TV+), et tourné avec Ari Aster dans le déroutant Beau Is Afraid. On l'a aussi vu dans The OA et Maid sur Netflix.

« L'Amérique est un monde d'argent », confiait-il récemment au Festival de Deauville. « Le but là-bas c'est de faire quelque chose qui va marcher. Il y a moins de place à l'art pour l'art. » Une lucidité qui ne l'empêche pas de continuer à alterner entre les deux mondes avec une aisance rare.

 

Natalie Portman, productrice dans l'ombre d'Arco

Dernier lien américain de la soirée, plus discret mais tout aussi significatif : Natalie Portman figure parmi les producteurs d'Arco, le film d'animation d'Ugo Bienvenu qui a raflé deux César (meilleur film d'animation et meilleure musique originale). L'actrice américano-israélienne, installée entre Los Angeles et Paris ces dernières années, continue ainsi de tisser des liens avec le cinéma français en soutenant des projets audacieux et indépendants.

 

Un cinéma français ouvert sur le monde

Cette édition 2026 des César illustre une tendance de fond : le cinéma français ne vit pas en vase clos. Qu'il s'agisse d'un réalisateur texan qui tourne en français, d'une star hollywoodienne qui reçoit un hommage en larmes à Paris, ou d'un jeune acteur québécois qui fait la navette entre Netflix et le cinéma d'auteur, les frontières entre les deux industries n'ont jamais été aussi poreuses.

Pour les francophones vivant aux États-Unis, ces passerelles sont une raison de plus de garder un œil sur le cinéma hexagonal — et vice versa. 

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