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Le cable car réinventé pour les locaux : embarquement immédiat sur le « Hyde Ride »

Beaucoup de gens installés depuis des années dans la région n'ont jamais posé un pied sur un cable car. Trop associé aux cars de tourisme, trop bondé, trop cliché. Un projet pilote de la régie de transports municipale vient pourtant bousculer cette réputation, avec un parcours pensé pour éviter la cohue et faire (re)découvrir un pan d'histoire locale que peu de résidents connaissent vraiment.

Un cable car à San FranciscoUn cable car à San Francisco
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 22 juillet 2026

Vivre à San Francisco ou dans sa périphérie, c'est souvent développer une forme d'allergie aux attractions qu'on associe trop vite aux visiteurs de passage. Le cable car en est l'exemple parfait : un moyen de transport centenaire, toujours en service, mais que beaucoup préfèrent laisser aux touristes plutôt que d'y grimper eux-mêmes.

 

Le Hyde Ride, une nouvelle ligne de cable car réservée aux week-ends

Pour tenter de renverser cette tendance, Muni a lancé cet été le « Hyde Ride », un service expérimental porté avec le soutien de l'association Market Street Railway. Il circule le vendredi, samedi et dimanche, entre 11h et 18h, jusqu'à début octobre, au tarif d'une course classique (9 dollars, ou inclus dans le passeport journalier à 15 dollars).

Le trajet démarre au terminus Hyde & Beach, près d'Aquatic Park, grimpe l'une des pentes les plus raides du réseau le long de Hyde Street — au passage du fameux virage en épingle de Lombard Street — traverse le quartier du Cable Car Museum, puis rejoint les abords de Chinatown avant de revenir à son point de départ. L'intérêt principal : cette boucle évite le grand carrefour où s'accumulent d'ordinaire les files de touristes, et permet même de raccourcir l'attente pour ceux qui veulent ensuite enchaîner sur la ligne classique vers Nob Hill et Union Square.

À bord, pas de script touristique façon bus à impériale : des bénévoles de Market Street Railway accompagnent le trajet pour partager l'histoire du véhicule et de la ligne, aux côtés de conducteurs chevronnés. La plupart des trajets sont assurés par Val Lupiz, gripman vétéran de Muni fort de 26 ans d'expérience, réputé pour sa connaissance encyclopédique du système et ses talents de sonneur de cloche.

 

Le cable car de San Francisco, un moyen de transport avant d'être une attraction

On l'oublie souvent : le cable car n'a rien d'un gadget touristique à l'origine. Sa création, dans les années 1870, répondait à un besoin très concret — permettre aux habitants de rejoindre rapidement les quartiers d'affaires depuis les collines résidentielles, à une époque où la ville comptait plus d'une vingtaine de lignes actives, exploitées par des sociétés privées en concurrence directe pour attirer un maximum de passagers. Le tourisme de masse autour de la baie n'existait tout simplement pas encore.

Rick Laubscher, président de Market Street Railway et San-Franciscain de longue date, résume ainsi la réticence de certains habitants à s'y frotter : beaucoup considèrent, presque par réflexe, que ce qui plaît aux touristes ne peut pas vraiment valoir le détour pour un local. Une idée qu'il juge lui-même largement exagérée — le cable car, rappelle-t-il, reste un moyen de transport en activité, pas seulement un décor de carte postale.

 

Les astuces pratiques pour prendre le cable car à San Francisco

C'est dans l'échange informel avec les conducteurs que se nichent les informations les plus utiles pour qui vit sur place :

  • Éviter la file principale. Il existe presque toujours un arrêt un peu plus loin dans la rue, moins fréquenté, où l'on peut monter sans attendre l'essentiel du trajet en moins.
  • Penser au passeport journalier. À 15$ la journée, il permet d'enchaîner plusieurs lignes de transport, cable car compris, sans repayer à chaque montée — un calcul vite rentable dès qu'on prévoit plusieurs trajets.
  • Choisir le bon créneau horaire. Tôt le matin ou en toute fin de journée, les rames se vident et la lumière sur les hauteurs de la ville devient particulièrement spectaculaire.
  • Savoir héler la rame en marche. Contrairement à une idée reçue, il n'est pas nécessaire d'attendre à un terminus : il suffit de se placer bien visible sur le trottoir, au bon endroit, pour que le conducteur s'arrête.
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Pourquoi tester le cable car au moins une fois quand on vit à San Francisco

Entre le grincement caractéristique du système de freinage — un mécanisme à trois niveaux, dont un ultime dispositif d'urgence rarement actionné — et les histoires plus personnelles que racontent volontiers les conducteurs après des années sur les rails, le trajet a quelque chose d'un cours d'histoire vivant, sans jamais tomber dans le côté poussiéreux du musée.

Pour un nouvel arrivant comme pour quelqu'un installé depuis longtemps dans la région, c'est l'occasion de regarder autrement un symbole qu'on croit connaître par cœur. Et de comprendre pourquoi, malgré les foules qu'il attire, ce vieux système à câbles continue de mériter sa place au patrimoine vivant de la ville.

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