Pour ce premier épisode d'une série consacrée aux escapades dans le Nord-Ouest américain, j’ai rencontré Laurie Gounelle, guide francophone spécialiste de l’Ouest américain. Elle nous accompagne en sortie au Mont Rainier. Dès les premiers instants, on comprend que cette montagne a le chic pour attirer les passionnés et les personnages hauts en couleur. Sur les sentiers, on croise à la fois des animaux sauvages et des aventuriers. Une sortie nature qui donne envie de continuer à explorer la région, durant cette PNW Climate Week.


Laurie Gounelle, la Française qui a apprivoisé l’Ouest américain
Originaire du Sud de la France, Laurie a grandi entre Nîmes et Montpellier, deux villes qui lui ont donné le goût du soleil et des départs improvisés. À dix-neuf ans, elle traverse l’océan pour devenir jeune fille au pair à San Francisco. Elle y découvre que le monde est bien plus vaste que ce qu’elle avait imaginé jusque-là. Cette première immersion lui sert de tremplin vers une multitude de vies possibles. Elle poursuit d’abord son aventure à Hawaï puis en Alaska ; chaque famille, chaque paysage, chaque manière de vivre lui offre une nouvelle façon de comprendre les autres.
Après ses études de psychologie, elle pose ses valises à Montréal pour travailler dans l’événementiel. Ce qui devait être une parenthèse d’un an s’est transformé en huit années pleines, rythmées par des projets ambitieux et une liberté qui lui a donné envie de repousser encore les frontières. Montréal lui a appris la légèreté, le respect quotidien et cette énergie collective qui rend les villes vivantes. Dans le cadre de ses missions professionnelles, Laurie orchestre des événements d’envergure à travers le Canada et les États-Unis.
La vie la ramène ensuite en Californie, cette fois à San Diego. C'est alors que les opportunités affluent plus vite qu’elle ne l’avait prévu. Des entreprises françaises et canadiennes lui confient des programmes d’incentives. Elle décide de créer sa propre structure Laurie en Californie. Les demandes grandissent, les voyages aussi. Laurie devient une guide complète, du secourisme en milieu éloigné à la géologie, en passant par la faune, la flore et l’histoire. Elle obtient son permis poids lourd, apprend à gérer les groupes dans des conditions parfois surprenantes. Elle parcourt des milliers de kilomètres avec des voyageurs qui, au fil du temps, deviennent des amis.
Aujourd’hui, elle passe un peu moins de temps sur les routes. Mais, elle les connaît par cœur. Elle transmet son expertise aux voyageurs qui rêvent de découvrir les grands espaces et les villes mythiques de l’Ouest américain. Quand elle raconte son histoire, on comprend vite qu’elle n’a jamais regretté son premier billet aller simple, et qu’elle n’a aucune intention de ranger ses chaussures de randonnée.
Le Mont Rainier, un géant inoubliable
En découvrant le PNW, Laurie se souvient : "Le Nord-Ouest américain est comme une petite pierre précieuse que tu découvres, comme un diamant. C’est incroyable !"

Le Nord-Ouest américain est comme une petite pierre précieuse que tu découvres, comme un diamant.
Laurie connaissait déjà le Mont Rainier de nom, sans vraiment en savoir plus. La première vision du volcan a été un choc joyeux, un peu comme quand on aperçoit la Statue de la Liberté pour la première fois. Chose rare ici, le ciel était dégagé ; le sommet blanc trônait au-dessus de tout. Laurie a compris qu’elle venait de rencontrer un monument.
Elle parcourt le parc plusieurs fois, jusqu’au Camp Muir, où la randonnée prend des airs d’initiation. Elle se souvient de la neige, des ruisseaux, des marmottes qui la regardaient comme si elle était l’attraction du jour. Elle évoque aussi les tentes bleues et jaunes plantées dans la neige. Elle ressent cette sensation étrange d’avancer sans jamais vraiment arriver.
Marcher dans cette immensité un peu comme seule au monde… ça reste un très beau souvenir.
Contrairement à Yellowstone, le volcan du Mont Rainier se fait discret. On oublie presque qu’il dort sous nos pieds. Pour une première visite, Laurie conseille l’été, quand les couleurs explosent et que les sentiers sont ouverts. Elle insiste sur le respect de la nature, de l’eau, et sur le fameux principe Leave No Trace, qui consiste à rester dans les sentiers tracés, à marcher dans la boue si nécessaire, mais à toujours respecter l’écosystème.
Laurie s'exclame : "Marcher dans cette immensité un peu comme seule au monde… ça reste un très beau souvenir, cette rando-là." Elle sourit en disant qu’elle ne souhaite pas que trop de gens découvrent ce parc, mais reconnaît qu’il est d’une beauté rare. Un coup de cœur absolu, entre immensité, couleurs et solitude grandiose.

Vision et Ascension du Mont Rainier
À Seattle, le Mont Rainier joue à cache‑cache avec tout le monde. La plupart du temps, il est caché par les nuages. Alors, quand il apparaît enfin, les Seattleites le célèbrent ensemble, un peu comme un secret partagé. On entend aussitôt la phrase rituelle : “The mountain is out!” C’est une expression emblématique du PNW (Pacific NorthWest), utilisée dès que le volcan apparaît clairement à l’horizon . Les habitants l’emploient spontanément, au bureau, dans le bus, chez le barista, sans jamais préciser de quelle Mountain il s’agit… parce qu’ici, il n’y en a qu’une qui compte. L’expression est tellement ancrée dans la culture locale qu’elle a même inspiré une marque, et même des applications et sites internet dédiés à la visibilité du Mont Rainier, comme Is it visible? ou Washington's National Park Fund.
Monter au Mont Rainier, c’est une autre histoire. C’est un peu comme accepter une invitation du volcan lui‑même, comme un pèlerinage. L’ascension commence souvent tôt, avec ce moment où l’on se demande : "Pourquoi j'ai dit OUI ?!" Puis, le sentier s’élève doucement, puis moins doucement. L’air se fait plus vif. Les randonneurs avisés avancent à leur rythme, boivent régulièrement, et s’arrêtent pour admirer les couleurs qui changent avec une lenteur presque théâtrale. Dans ce coin des États-Unis, la météo peut jouer les divas. Alors mieux vaut accepter que le ciel décide du programme...
Monter au Rainier, c’est surtout apprendre à écouter la montagne et la nature. Une sortie idéale en cette semaine dédiée au climat où l’on réalise que la beauté du lieu dépend aussi de notre capacité à le protéger.
Cet article est présenté dans le cadre du projet Portraits de Femmes© car Laurie Gounelle est une femme remarquable !
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