Pour des générations d'amoureux de la cuisine française, c'était un petit bout de Paris posé entre les collines californiennes. Nappes blanches, terrasses animées, plateau de fruits de mer, steak-frites et coupes de Beaujolais Nouveau levées chaque automne : le nom Left Bank évoquait un certain art de vivre à la française. Cette semaine, ce chapitre se referme brutalement.


Sept restaurants, une fermeture éclair
Le groupe Vine Hospitality a annoncé lundi la fermeture de l'ensemble de ses sept établissements, effective entre le lundi 22 et le mercredi 24 juin. Sont concernés les brasseries Left Bank de Larkspur, Menlo Park et Santana Row (San Jose), la Petite Left Bank de Tiburon, les steakhouses LB Steak de Bishop Ranch (San Ramon) et de Santana Row, ainsi que le restaurant méditerranéen Meso Modern Mediterranean.
Près de 300 employés perdent leur emploi. Beaucoup l'ont appris au pire moment : le lundi matin à 9 heures, au lendemain des services de la fête des Pères. Selon le Mercury News, un serveur embauché trois mois plus tôt y voyait un choc total, personne ne s'attendant à une telle annonce.
Sur Instagram, l'équipe a publié un message empreint d'émotion, remerciant clients et collaborateurs pour « chaque repas partagé, chaque toast levé et chaque souvenir créé », avant de conclure par un « Merci pour tout » bien senti.
Une institution née il y a trente ans
L'histoire avait commencé en 1994, quand l'entrepreneur Ed Levine s'associe au chef français Roland Passot — figure de la gastronomie locale, ancien de La Folie — pour ouvrir le premier Left Bank à Larkspur. L'idée : importer le décor et la carte d'une vraie brasserie parisienne.
Le succès appelle l'expansion. Menlo Park suit en 1998, devenant un pilier de Santa Cruz Avenue. Puis viennent Santana Row en 2003, le premier LB Steak en 2009, le méditerranéen Meso en 2019, un LB Steak à San Ramon en 2021 et, plus récemment, la Petite Left Bank de Tiburon en 2022.
Au fil des ans, ces adresses sont devenues des points de ralliement pour la communauté francophone et les francophiles de la région, notamment lors des grandes dates du calendrier : le 14 juillet, célébré en fanfare, et l'arrivée du Beaujolais Nouveau.
Pourquoi cette fermeture ?
Le PDG Alistair Levine — fils du cofondateur Ed Levine, aujourd'hui décédé — a évoqué auprès du Chronicle un environnement d'exploitation devenu difficile. À cela s'ajoute un facteur décisif : deux projets d'ouverture à San Francisco qui auraient échoué au tout dernier moment, contraignant le groupe à chercher de nouveaux capitaux qu'il n'a pu réunir. Selon lui, l'entreprise n'était plus assez rentable pour poursuivre, et aucune réouverture ailleurs n'est envisagée.
Les difficultés n'étaient pas nouvelles : le groupe avait déjà fermé Rollati Ristorante l'été dernier et son Left Bank d'Oakland en 2024.
Cette disparition s'inscrit dans une série noire pour la restauration locale, qui a vu partir ces derniers mois plusieurs adresses. Un signe de plus des temps compliqués que traverse le secteur.
Une dernière table avant le rideau ?
Selon le personnel, quelques établissements servaient encore le déjeuner et le dîner jusqu'au mercredi. Pour les nostalgiques et les francophiles qui voudraient porter un dernier toast, mieux vaut vérifier les horaires sur place : après trente ans de brasserie à la française, Left Bank tire sa révérence, un verre à la main.
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