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PORTRAIT DE CARIOCA - Laurence Guenoun, photographe engagée des favelas

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

Son appareil photo a croisé la route de centaines de personnes à travers le monde. Mais Laurence Guenoun mène en ce moment le projet le plus personnel de sa vie : un documentaire sur les habitants de Jardim Gramacho, une ancienne décharge de la Cité merveilleuse. De Paris à Rio, des bureaux à la photo, Lepetitjournal.com a rencontré cette expatriée qui a tant à raconter.

?Le gouvernement n'a rien fait pour eux : Jardim Gramacho est à 30 minutes d'ici. Ils sont loin des yeux, loin du c?ur?. A peine entré chez Laurence Guenoun qu'elle parle de son combat : la vie de ces gens, à 25 kilomètres au nord du centre de Rio. Auparavant, ils travaillaient sur la décharge, considérée comme la plus grande à ciel ouvert d'Amérique du Sud. Mais en 2012, la mairie a décidé de la fermer pour des raisons écologiques et a ainsi mis un terme au travail des ?'catadores'', présents depuis 34 ans sur les montagnes de déchets, à trier et revendre ce qui pouvait être recyclé.

Cela fait dix ans que Laurence Guenoun ne fait plus que de la photo. Après 20 ans d'études de marché qualitatives, après avoir été journaliste, s'être occupé d'un syndicat d'agences de mannequins et avoir été assistante-réalisatrice, elle a décidé que ce loisir, qui la passionne depuis ses 18 ans, allait devenir son métier : ?mon thème de prédilection, ce sont le gens. L'humain est la base de mon travail?. Elle fait donc beaucoup de portraits, de reportages, partout dans le monde : ?j'ai toujours voyagé, avec mon appareil photo. Je n'ai jamais pu rester plus de 2 mois à Paris !?.

?'Je suis une révoltée de nature''
Mais, en arrivant à Rio, où ?j'ai suivi mon mari?, elle se rend compte que ?en portrait, je ne peux pas travailler ici. Je suis assez loin des codes cariocas, avec beaucoup de make-up, beaucoup de flashs??. A Rio, Laurence Guenoun décide de faire ?ce que j'ai envie. Quand je veux travailler pour gagner de l'argent, je rentre en France?. Au Brésil, elle travaille dans beaucoup de favelas, jusqu'à la découverte de Jardim Gramacho, et de ses habitants.

?Je suis une révoltée de nature?, confie-t-elle. Alors en arrivant sur les terres de l'ancienne déchetterie, elle se demande ?qu'est-ce que je peux faire pour ces gens-là ? Il faut que je leur donne une voix !?. Il y a un an, elle décide de s'y rendre, chaque semaine, pour  animer un atelier photos auprès des enfants. ?Beaucoup d'entre eux sont livrés à eux-mêmes, sans structure familiale, déscolarisés. Moi, je les aide de façon très naturelle, ils ont envie?. Les premiers liens se nouent avec la communauté : ?Je les ramène à la maison le week-end, ils vont au cinéma??, et voient des choses différentes de leur décor quotidien.

Un documentaire en préparation
Pour donner ?une voix? aux anciens catadores et à leurs familes, Laurence Guenoun décide de se lancer dans son premier documentaire, dont le

O Jardim da esperança
tournage a commencé en janvier : ?Le fait de les connaître m'a permis de filmer partout, parce qu'ils savaient que je faisais ça pour eux?. Ce documentaire n'a pas de narrateur, les habitants témoignent de leur vie, de leurs espoirs brisés, de l'attente envers le gouvernement, de leur nostalgie du temps de la décharge. Il nous envoie en pleine figure la triste réalité d'un endroit situé à quelques minutes de Rio, où l'eau courante et l'électricité se font rares, où des adolescentes sont mères, où les maladies font leur nid. Malgré ?un état de pauvreté total et absolu?, tous font preuve de réflexion et de lucidité sur leur situation : ?Là-bas, j'ai rencontré des gens que j'aime. J'ai fait ce que j'avais envie de faire, et je continue à y aller?. O jardim da esperança est une ?uvre pour laquelle ?le plus dur à trouver, c'était de l'espoir. Les gens sont totalement désabusés?.

Ce documentaire, ainsi que l'exposition de photos des enfants que Laurence Guenoun ?voudrait faire tourner, et puis en faire un livre?, sont l'aboutissement d'un projet personnel. La photographe retiendra de ses années cariocas ?une ville chaotique, faite d'inégalités, compliquée mais pleine d'énergie et magique, de par ses variétés?. En clair, ?c'est une ville de grands écarts?. Une ville que Laurence Guenoun va bientôt quitter, à la recherche de nouvelles histoires à immortaliser.

Florent ZULIAN (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 30 septembre 2014

Photos: Laurence Guenoun

lepetitjournal.com Rio
Publié le 29 septembre 2014, mis à jour le 6 janvier 2018
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