Édition internationale

BRICE ROQUEFEUIL – "Le premier dossier qui mobilise mon énergie est l’agrandissement du lycée Molière"

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 11 décembre 2013

En poste depuis la fin du mois d'août, le nouveau consul général de France à Rio de Janeiro est déjà très actif. Brice Roquefeuil a accordé son premier entretien et ses premières annonces au Petitjournal.com.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous et votre arrivée à Rio ?
Brice Roquefeuil : 
Je suis diplomate de carrière, j'ai servi dans deux autres grands pays, la Russie et la Turquie, et ensuite j'ai eu un long séjour à Paris. Quand l'opportunité s'est présentée de venir au Brésil, cela a représenté un challenge passionnant. Le Brésil est pour moi un pays nouveau, fascinant, que je découvre progressivement. Le fait d'avoir travaillé en Russie et en Turquie est un atout parce que, malgré des modèles de développement différents, il existe également des points de comparaison et de rencontre, et cette expérience m'est très utile pour construire un projet ici avec l'ambassadeur pour les années à venir. Dans un pays à taille continentale, l'un de nos axes d'action est d'appuyer le développement de la présence française sur l'ensemble du territoire sans se limiter aux trois grands centres que sont Brasilia, São Paulo et Rio. J'accorde ainsi beaucoup d'importance à notre relation avec le Minas Gerais, où je suis déjà allé à trois reprises, car le Minas constitue la troisième région économique du Brésil et nous y avons une présence forte, à l'image de Vallourec qui y a construit une seconde usine de production de tubes, ce qui en fait l'un des grands employeurs de la région.

Comment se passent vos premiers pas au Brésil ?
Je rencontre beaucoup de Brésiliens, de Français installés ici à Rio, je prends conseil auprès d'eux et souhaite m'appuyer sur leur expérience.  Au Brésil, il faut à la fois se montrer modeste et ambitieux. Modeste, car le Brésil dans sa complexité ne se laisse pas saisir du premier coup : on croit le comprendre rapidement et il se révèle différent. Ambitieux, car la force des relations franco-brésiliennes, l'attirance réciproque entre nos deux pays permettent de construire des projets d'envergure pour l'avenir.

Avez-vous déjà défini des actions que vous voulez mener durant votre
mandat ?
Nous sommes en train d'identifier avec l'ambassadeur les grandes priorités à développer dans les années à venir, avec des projets spécifiques dans ma circonscription (Rio de Janeiro, Minas Gerais et Espirito Santo). Le premier dossier qui mobilise mon énergie est l'amélioration de la capacité d'accueil du lycée Molière de Rio qui fait face aujourd'hui à un fort accroissement des demandes d'inscription. C'est une situation qui n'est pas nouvelle, mais qui s'accentue avec l'arrivée d'un nombre croissant de compatriotes qui viennent travailler ici pour des filiales d'entreprises françaises (Total, DCNS, Technip, l'Oréal etc.) ou même pour des sociétés brésiliennes. Il importe d'accompagner ce développement de notre présence économique et d'offrir à nos compatriotes les meilleures conditions possibles de scolarisation pour leurs enfants.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet d'agrandissement du lycée
Molière ?
Notre ambition est de trouver une solution rapide et modulable, sans impact sur les frais de scolarité, au problème d'engorgement du lycée. Aujourd'hui, nous ne pouvons satisfaire toutes les demandes d'inscription, notamment dans les

classes élémentaires. Pour y remédier, nous souhaitons mettre en oeuvre, avec la société de gestion du lycée, un projet de construction d'une annexe, dans le Centro de Rio, dans le quartier de Saara. L'annexe sera parfaitement desservie par les transports en commun, sur un emplacement qui se trouve à proximité de la station de métro Uruguaiana et de l'avenue Getulio Vargas. L'idée est de délocaliser les classes de seconde, première et terminale (environ 160 élèves) dans le nouvel immeuble qui sera construit par la Société française de bienfaisance, déjà gestionnaire d'une maison de retraite. Les revenus issus de la location de cet immeuble lui permettront de poursuivre sa mission caritative auprès des personnes âgées. Ce projet, qui a déjà été présenté au corps enseignant et aux parents d'élèves, a donc aussi une dimension sociale et de solidarité entre générations. Nous aurons l'occasion d'organiser prochainement, avec la société de gestion du lycée, une discussion sur Facebook avec les parents d'élèves pour présenter plus en détail le projet et écouter les bonnes idées.

Y a-t-il d'autres projets qui seront développés dans le futur ?
Toujours dans le domaine de l'éducation, au sein du système éducatif brésilien, nous voulons promouvoir la langue française à travers la création de lycées bilingues publics. Nous allons ouvrir l'année prochaine le premier lycée franco-brésilien à Niteroi. C'est un projet structurant et très novateur, sur un modèle que nous avons construit avec les autorités de l'Etat de Rio de Janeiro. Il peut se diffuser à l'avenir et également se décliner en lycées bilingues professionnels. Un autre axe important, en lien avec les entreprises, ce sont les échanges universitaires et notamment la formation des ingénieurs et techniciens brésiliens en France dans le cadre du programme "Sciences sans frontières". Nous avons encore un potentiel de croissance dans ce domaine, tout en sachant que nous sommes déjà le deuxième partenaire du Brésil en nombre d'étudiants accueillis. C'est très important pour nos entreprises qui se développent au Brésil et font appel majoritairement à une main d'?uvre brésilienne. Parmi les autres priorités d'action, je voudrais citer tout ce qui a trait à la mobilité urbaine. Nous avons développé un partenariat fort avec l'Etat de Rio, notamment à travers un prêt de 300 millions d'euros de l'Agence française de développement qui va permettre de financer plusieurs projets d'aménagement urbain.

Les Brésil et Rio en particulier fascinent les Français, surtout en cette période de crise. Pour autant, il s'avère difficile de s'y installer. Que leur conseiller ?
Je suis frappé par le très grand dynamisme et la créativité de la communauté française à Rio, sa jeunesse, son optimisme, son activité. Il y a beaucoup de projets d'implantation de petites entreprises au Brésil et nous sommes en mesure de leur apporter un certain appui, notamment avec les services d'UbiFrance. Toutefois, avant de se lancer dans un projet d'installation, il faut être conscient qu'à Rio, le marché est très compétitif, dans tous les secteurs, même celui de l'hôtellerie dans lequel beaucoup de nos compatriotes sont présents et ont réussi, et que l'installation est un processus long et difficile, qui requiert beaucoup de persévérance, induisant des coûts importants qu'il faut être en capacité d'assumer. D'autres régions comme le Minas Gerais offrent aussi des possibilités car c'est un terrain moins défriché, avec un potentiel de croissance important.

Pour finir sur une note plus légère, votre prédécesseur s'était découvert une passion pour la samba lors de son mandat, y a-t-il des choses qui vous marquent déjà à Rio ?
Ce qui me fascine le plus à Rio, c'est la présence de la nature au c?ur de la ville. La forêt surgit dans des endroits inattendus, il y a des possibilités immenses de balades, de découvertes. Paul Claudel, qui dirigeait la légation française à Rio pendant la guerre, disait que Rio est l'une des seules villes au monde à ne pas avoir mis la nature à sa porte. Pour nous tous qui vivons ici, dans ce site magnifique, ce sont des conditions de vie exceptionnelles. Rio, c'est aussi pour moi la découverte de la vie carioca, avec ses saveurs, la passion, la chaleur, la gentillesse avec laquelle les Cariocas vous font découvrir la culture locale, et puis j'attends avec impatience mon premier carnaval pour lequel je m'apprête à défiler !

Propos recueillis par Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 10 décembre 2013

lepetitjournal.com Rio
Publié le 10 décembre 2013, mis à jour le 11 décembre 2013
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