Édition internationale

TRANSPORTS - Uber contre taxis, la polémique existe aussi au Brésil

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 1 juillet 2015

Si les images de la manifestation des taxis parisiens la semaine dernière ont fait le tour du monde, la rivalité entre Uber et les taxis est présente partout, à des degrés divers. Pour mieux la  comprendre et faire le point sur la situation au Brésil, Lepetitjournal.com a rencontré le Français Paul Rivière, cofondateur de Ocab, qui propose du transport privé à Rio et São Paulo. Une parole neutre dans un débat qui manque parfois d'objectivité.

Convaincu par les applications de géolocalisation dans le secteur des transports, Paul Rivière considère Ocab, sa toute jeune entreprise, comme ?le Uber des entreprises?. Avec son application, sa réservation et son paiement en ligne, le Français expatrié a choisi lui aussi de s'armer de la technologie moderne. Néanmoins, il pense que ?Uber fait une erreur en lançant UberPop? qu'il faut bien différencier des autres offres de l'entreprise américaine. ?UberPop est la possibilité pour n'importe qui de pouvoir transporter des gens contre une rémunération et les taxis, à juste titre, sont contre car l'individu qui va faire cela de manière régulière paiera moins de charge?.

Ni contre Uber, ni contre les taxis, Paul Rivière se situe à la frontière des deux camps : ?Sur le fond, les taxis ont un peu raison, mais sur la forme, ce n'est clairement pas à leur avantage?. Notre professionnel du transport résume sa position : ?Oui aux VTC, non à UberPop qui n'offre aucune sécurité au client. Il y a une concurrence déloyale, y compris pour les VTC?, dont certains, pour ne pas dire la majorité, sont chauffeurs pour le compte d'Uber.

Les Brésiliens, pas encore tout à fait rassurés
Après les polémiques entre les taxis et les Véhicules de tourisme avec chauffeurs (VTC), le dirigeant de Ocab aurait espéré de l'apaisement : ?Uber aurait pu éviter ou attendre? pour lancer UberPop, manière de ?remuer le couteau dans la plaie après les problèmes de l'an dernier?. Au Brésil, la situation est un peu différente : ?Il y a deux ans, avant même Uber, une personne avait lancé cela, mais cela n'avait pas duré longtemps. Les clients brésiliens n'étaient pas rassurés. Ce n'est pas dans leur état d'esprit?. Les taxis avaient tapé du poing sur la table.

Aujourd'hui, l'entreprise, détenue en partie par Google, existe au Brésil, mais est ?empêtrée dans les affaires juridiques?, explique Paul Rivière, pour qui ?il sera difficile d'interdire Uber, qui est un service de mise en relation. Reste aux taxis à proposer un service de meilleure qualité, à se mettre au niveau?. L'avenir du taxi passerait donc par le haut de gamme.

Peut-on s'attendre à des violences des taxis contre Uber au Brésil ? En tout cas, ?une manifestation de taxis à São Paulo, le mois dernier, est partie assez loin avec des pneus crevés, de voitures rayées? mais pas de voitures brûlées comme en France?. Néanmoins, Paul Rivière prévient : ?Certains de mes chauffeurs de São Paulo, qui travaillent aussi à leur compte, m'ont averti que si rien n'était fait, ils allaient eux-mêmes s'occuper des chauffeurs Uber. Ils ont l'air assez énervé?. La rivalité, première dans le milieu, est désormais mondiale.

Ocab, complémentaire des taxis
L'analyse du jeune entrepreneur sur son propre secteur est claire : ?Le secteur économique de taxis à l'échelle mondiale est en train d'être bouleversé

Paul Riviere
par un concurrent avec beaucoup de moyens, notamment technologiques, qui facilite la vie des professionnels et des clients?. Comprenez que le bon vieux taxi est en passe d'être dépassé.

Avec Ocab, Paul Rivière est entré dans la nouvelle ère du transport : ?Nos chauffeurs sont des chauffeurs privés, qui font beaucoup de demandes à l'avance pour des clients professionnels?, notamment des trajets à partir et vers les aéroports. Le prix de la course est calculé ?uniquement selon la distance et communiqué avant?, ce qui plaît aux Cariocas. ?On voulait apporter la réservation par application et le service haut de gamme à Rio?, explique celui qui, fort de 400 clients et 150 chauffeurs à Rio (50 à São Paulo), se veut complémentaire des taxis. ?Si vous voulez une voiture dans l'immédiat, on a des offres, mais ce sera peut-être mieux de prendre un taxi ou un VTC Uber?, tempère-t-il, malgré son ambition. Toujours sur demande, il aimerait développer sa clientèle de particuliers, notamment grâce au transport scolaire dans la zone sud de Rio, ?pour éviter aux enfants de se lever trop tôt?. Beaucoup de projets dans un contexte mondial particulier qui, en attente de lois claires et précises, continuera d'alimenter la polémique. 

Florent ZULIAN (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 1er juillet 2015

Nouvelle manifestation anti-Uber à São Paulo mardi

Près de 500 taxis ont manifesté mardi à São Paulo devant le Conseil municipal de la ville afin de mettre la pression sur les conseillers municipaux qui devaient voter l'interdiction d'Uber dans la capitale paulista. Les chauffeurs paulistanos estiment que l'application constitue une concurrence déloyale car ses employés ne payent pas les mêmes taxes et peuvent ainsi offrir des services moins chers.

A l'image des manifestations musclées que l'on a pu voir en France, les taxis paulistanos ont promis des violences si l'interdiction n'était pas votée. Mais les conseillers municipaux devaient aller dans ce sens, selon la Folha de S.Paulo, le secrétaire municipal aux Transports affirmant que des chauffeurs d'Uber - il y en aurait 1.200 à São Paulo - avaient déjà été sanctionnés. 

CC

lepetitjournal.com Rio
Publié le 30 juin 2015, mis à jour le 1 juillet 2015
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