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PACIFICATION DES FAVELAS – Et après ?

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Le 13 novembre 2011, les favelas de Rocinha et Vidigal étaient pacifiées. Cette opération "Choque de paz" était l'une des nombreuses actions menées à Rio pour pacifier les favelas à l'approche des  grandes échéances mondiales : la Coupe du Monde et les JO. Plus de deux mois après l'entrée des UPP (Unités de Police Pacificatrice) dans ces favelas, les changements sont nombreux, et les besoins aussi

La confiance retrouvée des habitants
Selon une étude réalisée par l'institut Endeavor Brasil et le professeur Maurício Moura, de l'Université George Washington, aux Etats-Unis, qui a porté sur les témoignages de 3.816 habitants des 23 communautés pacifiées, il semblerait que ces  derniers fassent confiance aux UPP. Selon 72.4% des interrogés, ces unités de police ne sont pas ou très peu corrompues. A noter que les morros da Coroa, do Fallet et do Fogueteiro, pour lesquels les UPP étaient liées au trafic de drogue, sont des zones qui ont obtenu les plus mauvais résultats.
Par ailleurs, il ressort de ce même sondage que la majorité des résidents (66,8%) considèrent que la sécurité dans les favelas s'est améliorée, alors que 24,4% estiment que rien n'a changé et seulement 4,7% que la situation s'est détériorée (ces derniers étant principalement représentés par des jeunes hommes de 17 à 24 ans).

Les prix de l'immobilier en hausse
Une des conséquences de la pacification est l'augmentation des loyers dans les favelas concernées, mais aussi dans les quartiers alentours. On observe un phénomène de "rattrapage". A niveau de service équivalent, les loyers de ces favelas sont encore inférieurs à ceux du reste de l'agglomération, mais augmentent nettement plus vite.
 
L'obtention de titres de propriété
On prévoit qu'en 2012, 13.000 familles des favelas de Rocinha et Vidigal vont recevoir un titre de propriété et, à terme, un tiers des familles de Rocinha et la moitié de celles de Vidigal verront leur propriété régularisée par le département du logement. C'est un réel soulagement pour les  nombreux occupants de ces communautés qui craignaient l'expulsion ou la destruction de leur habitation. Ces documents de propriété notariés pourront être obtenus par tous les habitants apportant la preuve qu'ils détiennent leur logement depuis plus de 5 ans et capables de présenter un plan détaillé de leur propriété. 

Un meilleur contrôle des constructions
Depuis plusieurs années, on observait un phénomène de « verticalisation » de Rocinha. Bien qu'une loi ait été passée en 2007, qui fixait notamment à 5 le nombre d'étages maximum pour un bâtiment, le contexte social et le manque de mesures pour  faire appliquer la loi n'ont pas permis de changer la situation. La présence des UPP devrait permettre un meilleur contrôle de la situation. Le préfet Eduardo Paes a d'ores et déjà annoncé qu'il serait très rigoureux sur le respect de la loi et que toutes les habitations qui ne respecteraient pas le cadre fixé seraient démolies. A ce titre, l'équipe du Pouso (Posto de Orientação Urbanística e Social), dont le rôle est de contrôler l'application de la loi, a été renforcée et compte désormais une vingtaine de personnes. 

De nombreux enjeux pour ces zones pacifiées
Si la situation s'est améliorée, il  reste encore beaucoup à faire. Tous les habitants sont conscients que l'un des enjeux majeurs est l'instruction. Non seulement l'éducation scolaire des enfants et des adolescents, mais aussi l'enseignement des réflexes citoyen : il faut que les personnes connaissent leurs droits et les démarches à adopter lorsque ceux-ci sont violés. Cela concerne parfois des questions toutes simples du quotidien : que faire lorsque l'électricité est coupée par exemple ?
Un autre problème auquel doivent faire face les habitants est le manque de services basiques : traitement des eaux usagées, collecte des ordures ménagères, électricité? Une enquête de l'IBGE de 2010 révèle que dans les favelas, 12% des habitations n'ont pas de tout à l'égout, et que 33% n'ont pas accès à l'électricité de manière régulière (enquête réalisée sur 426.479 domiciles de 763 communautés de Rio en 2010). La présence des UPP devrait permettre d'encadrer ces mises en place, mais le chemin à parcourir jusqu'à la normalisation est long.

Anne Sophie RACINE (www.lepetitjournal.com ? Brésil) mercredi 11 janvier 2012



 

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Publié le 11 janvier 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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