

Vall, 46 ans, est une figure incontournable du Morro dos Prazeres, vaste favela située sur les hauteurs de Rio. Déjà connue en tant qu'organisatrice des soirées "Black Santa", elle vient d'ouvrir une boutique d'accessoires de mode conçus à partir de produits recyclés. L'occasion parfaite pour discuter des bouleversements que connaissent les favelas cariocas. Entretien mené par notre partenaire, Carnets du Brésil.
Carnets du Brésil : Comment as-tu eu l'idée d'ouvrir une boutique au Morro dos Prazeres ?
Vall Neves : Cela fait plusieurs années que je crée des accessoires et j'ai toujours eu ce projet d'ouvrir une boutique. Je voulais faire ceci non seulement pour moi-même, mais également afin d'encourager les femmes de la communauté. Il s'agit de leur montrer que même avec des revenus limités, elles peuvent aussi y arriver, travailler pour elles-mêmes et lutter pour leurs idées. Posséder aujourd'hui ma boutique, c'est un rêve qui se réalise, mais c'est le résultat d'un travail de longue haleine, avec beaucoup de sueur et d'obstination?
Que vends-tu ici ?
Le "Varal da Val" propose des articles principalement à base de matières réutilisées. Ce que l'on jette à la poubelle je le recueille, je le recycle et j'en fais des accessoires de mode. Par exemple, ces toiles de plastique épais utilisées pour la publicité et les campagnes politiques, elles mettent 400 ans à se décomposer. Les gens les jettent, cela pollue la nature et provoque des inondations en ville en bouchant les égouts. Or, je me suis rendu compte que l'on pouvait en faire des objets utiles et jolis (elle montre un sac de très belle facture). Grâce au résultat de ce recyclage, je fais passer l'information et cela sensibilise les gens aux problèmes environnementaux.
Les gens de la favela vont-ils acheter ces articles ?
Quand j'ai ouvert ma boutique dans la favela, j'avais déjà ma clientèle puisque je participais depuis des années à la foire du

C'est pour cela que je maintiens des prix accessibles pour tous, par exemple on peut acheter de très jolies boucles d'oreille à partir de 5 réais (1,5 euros), et même les articles les plus sophistiqués sont bien moins chers que les produits de marque qu'adorent les jeunes. J'ai besoin de vendre, bien sûr, l'argent est important, mais ce qui est encore plus gratifiant c'est de voir les habitants entrer dans la boutique et utiliser quelque chose qui vient d'ici. Au début ils étaient un peu surpris, ils regardaient en pensant que ce serait trop cher pour eux? Mais ce n'est pas le cas et je pense qu'ils apprécient.
Tu es également connue en tant qu'organisatrice des soirées Black Santa, des fêtes qui ont lieu dans la favela et où l'on danse sur de la musique noire dans toutes ses variantes.
Le Morro dos Prazeres a acquis une triste renommée internationale avec le film Troupe d'Élite (Tropa de Elite), qui montre la violence extrême dans laquelle baignait cette partie de la ville il y a encore quelques années. Comment en est-on arrivé à la relative tranquillité actuelle ?
Comme dans toutes les favelas, il y a eu une époque particulièrement dure. À certains moments, les habitants osaient à peine sortir de chez eux à cause des fusillades. La pacification a beaucoup amélioré les choses. Lorsque le film Troupe d'Elite est sorti, le Morro dos Prazeres a gagné une réputation particulièrement terrifiante, alors qu'en fait la situation n'était pas pire que dans les autres favelas. Pourtant, il faut bien reconnaître que le film montre la vérité de la situation d'alors? Mais cela, c'est le passé. La fête Black Santa a un rôle à jouer pour faire comprendre aux gens qu'à présent on est dans une zone de paix, où les gens sont accueillants, que la favela n'est plus dangereuse.
Mais comment s'est passée cette "pacification" ? Cela s'est fait sans heurt ?
Non, bien entendu. Cela a été un choc. Il y a eu beaucoup de résistance dans un premier temps contre la présence policière. 
Dans certaines favelas de Rio, la pacification a entrainé une mutation sociale profonde. Des populations plus riches s'installent et provoquent une hausse globale des prix. L'exemple qui revient le plus souvent c'est la favela du Vidigal, où l'on construit des hôtels de luxe et où même des célébrités s'installent.
Je trouve lamentable que la communauté du Vidigal se soit laissée corrompre par l'argent. La favela, c'est un lieu pour les gens simples. Sa magie, c'est la solidarité entre les habitants. Les gens humbles ont tout le temps besoin de leurs prochains, cela favorise les échanges et la vie collective. Je n'arrive pas à imaginer une favela où tout le monde resterait avec sa porte fermée, où l'on ne parlerait pas à son voisin, où il n'y aurait pas de bruit, pas de gens qui trainent dans la rue à boire une bière? Fort heureusement, cela n'a pas lieu au Morro dos Prazeres, les gens sont très attachés à la communauté. On a souffert pendant des années de la violence, et à présent que ça s'améliore on devrait partir ? Nos bicoques ont beaucoup plus de valeur que tout l'argent que l'on peut nous en offrir.
Propos recueillis par Nicolas QUIRION - Carnets du Brésil (www.lepetitjournal.com - Brésil) jeudi 9 octobre 2014
*Photos : Vall Neves / Facebook
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Infos pratiques Pour arriver à la boutique "Varal da Val" : Bus 006 ou 007 (direction Silvestre). Descendre à l'entrée de la favela, rue Gomes Lopes. Continuer à pied tout droit jusqu'à la petite place qui se trouve derrière le terrain de sport "Quadra da barreira", à côté de l'UPP. Téléphone : 97486-4196 Facebook : www.facebook.com/VaralDaVal / www.facebook.com/OBlackSanta |







