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BERNARD ATTAL - "On vit un âge d'or du cinéma brésilien"

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 mai 2014

Ce cinéaste français s'est établi au Brésil il y a une dizaine d'années et en septembre dernier sortait en salles son premier long-métrage, La Collection invisible, inspiré de la nouvelle de l'écrivain autrichien Stephan Zweig. Lepetitjournal.com s'est entretenu avec lui.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Bernard Attal :
Je me suis installé au Brésil il y a plus de dix ans, après 15 ans de voyages. Avant cela, je dirigeais une société d'investissement à New-York. J'ai commencé à réaliser des films assez tard. J'ai changé de carrière à 40 ans pour revenir à mes premières amours. Avant La Collection invisible, j'ai réalisé des courts-métrages et un documentaire pour TV Brasil. La Collection invisible est donc mon premier long-métrage, il est sorti en salles l'année dernière et se trouve maintenant dans le circuit des festivals de cinéma internationaux. Dernièrement, il était présenté en Californie pour le festival de Newport Beach.

Pourquoi avoir choisi le Brésil pour poser vos valises ?
Je connaissais déjà un peu le Brésil avant de m'y installer. J'y étais venu pour des raisons littéraires. J'ai lu Jorge Amado adolescent et je me suis créé tout un imaginaire sur le pays, c'est d'ailleurs pour cela que je me suis établi à Salvador (Bahia). Au-delà de ça, il aurait été compliqué pour moi de changer de carrière et de faire mon métier de réalisateur dans un pays comme la France. Je n'étais pas dans les réseaux et les changements de carrière tardifs sont moins acceptés. Au Brésil, ce genre de problématique n'existe pas. Ici, les questions d'âge, de formation, ne sont pas importantes.

La Collection invisible est inspiré de la nouvelle du même nom de Stephan Zweig. Pourquoi ce choix ?
Ce sont les thèmes abordés dans cette histoire qui m'ont inspiré : par exemple, la frontière subtile entre mensonge et vérité, c'est quelque chose de très brésilien. Aux Etats-Unis, où j'ai vécu, on voue un véritable culte à la vérité, mais qui est finalement très hypocrite. Ensuite, je voulais parler du processus dans lequel une personne qui traverse une crise existentielle peut se trouver : comment se passe la transformation. Ayant moi-même changé de carrière, je peux affirmer qu'il s'agit d'un long processus. Cela passe par des avancées et des reculs, des échecs, des succès, de longues déviations. Et au début de ce processus, il y a une recherche : qu'est-ce qui motive ce changement de vie ? Par ailleurs, la nouvelle de Stephan Zweig est très courte, c'est un conte de dix pages. La chair des personnages est peu développée, ce qui nous a permis d'avoir une grande liberté créatrice avec Sergio Machado, mon coscénariste.

Plus largement, quel est votre point de vue sur le cinéma brésilien ?
On vit une époque dorée du cinéma brésilien. La production est extrêmement riche. Quand je suis arrivé il y a 10 ans, la «retomada» (terme désignant la «reprise» du cinéma brésilien à partir de 1992, quand le gouvernement instaura un certain nombre de mesures pour le développement des activités audiovisuelles, ndr) avait 10 ans. Il était dur à l'époque de réaliser un long-métrage. Aujourd'hui, les moyens en place sont très démocratiques. Le processus de financement est efficace, même s'il est très bureaucratique. Je ne suis pas sûr qu'à l'étranger on prenne réellement la mesure de tout ça. Les cinémas argentin et chilien occupent encore une place prépondérante de la scène internationale. Il existe bien sûr aussi des aspects moins positifs. Par exemple au niveau de la distribution, il y a environ 2.000 salles de cinéma dans tout le pays, pour 200 millions d'habitants, largement remplies par les blockbusters. Il reste peu de place pour le cinéma d'auteur.

Vos projets cinématographiques actuels ?
Je travaille sur un nouveau long-métrage qui va traiter principalement de la relation étroite qu'entretiennent les brésiliens avec la religion. C'est à mes yeux quelque chose de fascinant : en dépit de la croissance économique du pays et des aspirations matérielles grandissantes qui l'accompagnent, la religion garde une place très importante dans la vie quotidienne.

Propos recueillis par Alice JARROUX (www.lepetitjournal.com - Brésil) jeudi 22 mai 2014

- Voir le site de La Collection invisible

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Publié le 21 mai 2014, mis à jour le 21 mai 2014
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