Édition internationale

REPORTAGE – A bord du trimaran de Francis Joyon avec des enfants du Complexo da Maré

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 2 novembre 2014

A la veille de reprendre la mer pour rentrer en France après avoir effectué la première "Route de l'amitié France-Brésil" entre Bordeaux et Rio, le navigateur français a reçu jeudi dernier sur son maxi trimaran Idec une dizaine d'enfants du Complexo da Maré, afin de leur donner un premier cours de voile de prestige. Lepetitjournal.com a participé à cette matinée ensoleillée dans la baie de Guanabara.

Comme tout bon marin qui se respecte, Francis Joyon n'est pas très bavard. Mais son visage, marqué par toutes les mers qu'il a déjà traversées en 25 ans de carrière, laisse transparaître un plaisir humble et sincère lorsqu'il regarde jeudi matin cette dizaine d'adolescents des favelas s'activer sur le pont de son maxi trimaran Idec.

Ces garçons et filles sont issus du Projet Uerê, qui offre un complément vital de cours aux enfants du Complexo da Maré, dans la zone nord de Rio, tout juste pacifié par les autorités locales. Comme la plupart de ses camarades, Iury, 12 ans, n'avait jamais vu un bateau de la sorte et, surtout, n'était jamais monté sur un quelconque véhicule marin de sa jeune vie. Et "c'est super", confie-t-il, malgré la timidité liée à la découverte d'une activité complètement nouvelle pour lui.

Les filles, qui laissent aux garçons le soin de hisser la grand-voile et barrer le trimaran sous l'?il bienveillant de leur parrain français, préfèrent admirer une vision inédite pour elle de leur ville et s'adonner à quelques autoportraits photographiques

de rigueur. "C'est super beau de ce côté !" s'enthousiasme Suellen, 15 ans, lorsque le bateau aborde les rivages de Niteroi, en face de Rio. "Je ne savais pas qu'il y avait des bateaux comme cela, cela doit être très fatigant de naviguer tout seul", indique pour sa part Gerislaine, du même âge.

"Il y en a un qui a tout de suite su comment barrer, il a déjà ça dans le sang"
Ce "nouveau monde" offert le temps d'une matinée à ces enfants du Projet Uerê, Francis Joyon en est fier. "On répond toujours présent quand il y a des demandes de jeunes car cela leur ouvre les portes d'un monde différent, encore plus pour ceux-là qui viennent d'une favela extrêmement défavorisée", explique le navigateur, détenteur de multiples records dont celui en solitaire du tour du monde absolu et de l'Atlantique nord. "Il y en a un qui a tout de suite su comment barrer, il a déjà ça dans le sang. On voit qu'il y a de la passion, de l'intérêt pour ce qu'il se passe sur le bateau et cela me fait très plaisir de voir des jeunes s'intéresser comme ça à ce qui est pour moi une passion", renchérit Francis Joyon, non sans une émotion contenue.

Yvonne Bezerra de Mello, artiste brésilienne et fondatrice du Projet Uerê dans les années 1990, est elle aussi aux anges. "C'est extraordinaire pour ces enfants de faire des choses qui les font sortir du ghetto, cela leur donne l'idée qu'il y a d'autres choses, qu'ils peuvent y accéder et que rien ne leur est interdit", souligne-t-elle. "C'est comme cela que l'on améliore un pays, avec une instruction de qualité et un contact avec les étrangers", ajoute-t-elle.

"Ce sont des enfants très bien élevés, ils n'ont pas l'air pauvre"
Yvonne Bezerra de Mello loue également leur attitude volontaire et dévouée pour aider le navigateur français à man?uvrer

le trimaran. "Ce sont des enfants très bien élevés, on ne dirait pas qu'ils viennent d'un endroit minable, ils n'ont pas l'air pauvre, ils ont de l'aplomb !", fait-elle observer, ne croyant pas à la pacification qui a été engagée fin mars au Complexo da
Maré. "C'est une opération marketing qui s'est faite en vitesse pour faire plaisir à la Fifa, il n'y a aucune amélioration, les trafiquants ne sont pas partis et les services publics ne sont toujours pas là", déplore l'artiste.

En attendant de retourner à cette dure réalité que le maquillage des autorités ne saura donc pas effacer, les jeunes protégés du Projet Uerê savourent la fin de leur sortie en mer et au soleil. De retour au mouillage du Yacht Club de Botafogo, nous demandons à deux des barreurs de 12 et 11 ans, Luis Felipe et Juan, s'ils se sentent prêt à faire le tour du monde en solitaire eux aussi, comme Francis Joyon. "Moi je veux bien faire le tour du monde seul sur un bateau", répond le premier. Et le second de compléter, un peu moins téméraire : "Moi aussi, mais avec ma famille."

Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 13 mai 2014

*Photo 1 : Consulat général de France à Rio

- Lire notre entretien avec Francis Joyon

lepetitjournal.com Rio
Publié le 12 mai 2014, mis à jour le 2 novembre 2014
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