Édition internationale

PORTRAIT - Jorge Selarón, le fou des escaliers rouges

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Les escaliers Selarón, entièrement ornés de faïence de couleurs, tout le monde connait, tout le monde les a pris en photo. Mais qui se cache derrière cette pièce unique ? Allons faire connaissance avec le singulier personnage au passé trouble : Jorge Selarón

Tout bon carioca qui se respecte est déjà passé au moins une fois devant ces fameux escaliers décorés de faïences à Lapa et y a surement trouvé, assis sur les marches en train de peindre, un énergumène caché derrière une moustache à la Dali. Lui, c'est Selarón, chilien d'origine, carreleur-peintre-sculpteur-globe-trotter, j'en passe et des meilleures. Son ?uvre : "les escaliers les plus originaux du monde" pour reprendre ses termes, sur lesquels il travaille depuis 20 ans. En effet, on ne peut nier l'ampleur du labeur : 125 mètres de haut, 215 marches, plus de 2.000 faïences venues de 120 pays différents. On a quitté la sphère de l'hurluberlu qui décore sa terrasse à l'aide de nains-de-jardin. Selarón s'est attaqué à une rue entière, une ?uvre gigantesque dans laquelle s'échine quotidiennement, "un rêve fou et unique qui prendra fin avec ma mort" nous dit-il. "C'est mon tribu au peuple brésilien".

Parmi les carreaux de faïence qui ornent l'escalier, plus de 300 sont de sa main, une patte bien reconnaissable, un style tout à lui. Son fil rouge : les favelas et une femme enceinte noire, sa folie, son obsession, le drame de sa vie. Parfois représentée avec le visage de l'artiste en un télescopage schizophrène, cette femme-hybride est le thème de prédilection qui a nourri près de 30.000 ?uvres. En 1977, il s'était promis de peindre une femme enceinte par jour. Dix ans plus tard, elle apparait sur toutes ses productions ou presque et en novembre 2007, le délire atteint son paroxysme : il peint 365 femmes enceintes dans la journée.

Aujourd'hui, les escaliers de Jorge Selarón, dont tout le monde à oublié le vrai nom, sont devenus une attraction touristique. Son ?uvre apparait dans de nombreux magazines, dans des publicités, des clips musicaux et les voyageurs du monde entiers s'y arrêtent afin de chercher un petit bout de carrelage qui vient de leur pays. "J'ai toujours rêvé que chacun d'entre eux m'envoie une faïence de son pays, pour inclure dans mon escalier un rêve que j'ai toujours cru possible". Alors, lors de votre prochain passage en Europe, mettez dans votre valise un petit bout de chez vous et portez-le lui. Et vous aussi, vous rentrerez dans l'histoire de Rio de Janeiro.

Lauriane WHITTAKER (www.lepetitjournal.com ? Rio de Janeiro) jeudi 7 juillet 2011

lepetitjournal.com Rio
Publié le 7 juillet 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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