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MUSIQUE - Emicida, le nouveau visage du rap brésilien

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 novembre 2012

A l'instar de Marcelo D2 et Criolo, Emicida fait partie de cette belle lignée de rappeurs brésiliens d'un nouveau genre. Dès la fin de son concert au studio RJ de Rio de Janeiro, le chanteur a accepté de répondre aux questions du Petitjournal.com

 

Ecoutées autant par les jeunes des favelas que ceux des milieux plus aisés, les ondes brésiliennes propagent ce rap engagé et enragé d'artistes tels que Marcelo D2, Criolo ou encore Emicida. Au tout début, les louanges au trafic et au grand banditisme inondaient les premiers albums de ces artistes rappeurs. Aujourd'hui, les temps ont changé et les problèmes sociaux, la corruption et les failles du gouvernement sont devenus des thèmes récurrents dans les paroles de ce rap qui s'aventure sur la voie de l'engagement.

Underground ? Pour les puristes du Hip-Hop, Emicida est le rappeur du moment. Un mélange de phrasé/parlé, de jeux de mots et d'histoires vraies sont sa signature. Le clip Rua Augusta met parfaitement en lumière l'originalité de son travail. Il relate la véritable histoire d'une prostituée de la rue Augusta à São Paolo. Un mix entre le clip et le documentaire qui touche tout un chacun par son authenticité et la qualité de la production. Plus de 350.000  albums ont été vendus de la main à la main c'est-à-dire dans un circuit de distribution indépendant "une nouvelle économie du disque plus familiale, plus amicale" précise Emicida !

L'artiste vient du nord de São Paulo et s'est fait connaître dans une battle contest, (une compétition de rap) à Rio en 2006 où il a su imposer son style et son flow. Il a fait des séjours en prison car certaines de ses paroles n'étaient pas politiquement correctes. Ecoutez par exemple  Dedo na ferido. Sa présence a été annulée dans la programmation de festivals comme celui de Lollapalooza pour les mêmes raisons. Respecté par les plus grands, il incarne aujourd'hui le nouveau visage du rap brésilien.

LePetitJournal.com - Que ressentez-vous lorsque vous sortez d'un concert ?
Emicida -
J'ai toujours peur avant de monter et dès que je suis sur scène je suis à fond. C'est la première fois que je donne un concert au studio RJ. Surpris de voir de nouvelles têtes, des jeunes qui viennent tout juste d'écouter ma musique.


Vous êtes un rappeur engagé. Pourquoi vous battez-vous aujourd'hui ?
Ma musique est autobiographique. Elle vient du chant des esclaves, le Cacariaco c'est la force de la rue. C'est une révolte qui a aussi ce lien avec la lutte des indignés du monde entier. Il y a beaucoup de points communs. Le titre A rua e nos littéralement la rue est à nous explique très bien ce lien. Si j'avais trois mots pour définir mon combat, je dirais Persévérance, humilité et foi.

 

Dans le monde du rap, aux Etats-Unis, la rivalité entre les côtes Est et Ouest est légendaire. Existe-t-il une rivalité Rio/São Paulo ?
C'est une bataille idiote. En réalité c'est plus une espèce de blague : chacun parle et au final ce ne sont que des mots.


Quel a été le meilleur concert de votre vie ?
Le 16 juin 2006, j'ai organisé une grande battle de contest de rap qui s'appelle Emicidio à Sao Paulo, au studio M, il y avait 500 personnes réunies. Incroyable !

 

Que pensez-vous du rôle du funkeiro (chanteur de funk) dans les communautés (favelas) ?
Le rôle du funkeiro aujourd'hui est minimisé alors qu'il a une influence gigantesque dans les communautés. Mc Guime et Mc Nego Blue sont deux funkeiros que j'apprécie.

 

Imaginez-vous que la question des favelas va évoluer dans les années à venir ?
Je pense qu'il va y avoir une révolution. Les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas près et sont aliénés. Il faut continuer à écrire des documentaires notamment sur la lutte des femmes.

 

Plus jeune, comment imaginiez-vous votre futur ?
Je pensais que je serais dessinateur. J'ai fait des études de design pendant 4 mois, mais à 18 ans j'ai commencé les contests de rap et du coup, j'ai arrêté. J'ai pris ensuite en parallèle des cours de dessins. Et puis après le succès, les voyages se sont enchaînés en Californie, à New York, en Argentine, à Bogota.

 

Quel personnage réel a été important pour vous dans votre vie ?
Martinho Da Vila, le maître de la samba. C'est grâce à lui que je fais de la musique.

 

Hormis continuer à avoir du succès dans la musique, avez-vous un autre rêve ?
J'aimerais réaliser des bandes dessinées.

Camille JEANJEAN (www.lepetitjournal.com - Brésil) vendredi 29 juin 2012


lepetitjournal.com Rio
Publié le 29 juin 2012, mis à jour le 20 novembre 2012
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