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ENTRETIEN – Laurent Tirard, réalisateur d’"O Pequeno Nicolau" – Le Petit Nicolas

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

De passage à Rio afin de présenter son "Petit Nicolas" lors du récent Festival Varilux de Cinema Francês, le réalisateur Laurent Tirard est revenu sur l'aventure du plus gros succès hexagonal de 2009

Lepetitjournal.com : Comment est né le projet ?
Laurent Tirard : Un jour, mes producteurs m'ont demandé : "Mais pourquoi tu n'adapterais pas Le Petit Nicolas ?" Ça m'a tout à coup paru d'une telle évidence ! J'ai alors immédiatement vu le film que je pourrais en faire. Ça m'a ramené à mon enfance, au fait de lire Le Petit Nicolas et à la manière dont je m'identifiais à Nicolas. J'ai tout de suite eu le sentiment que c'était un film qui me correspondrais. J'ai imaginé celui que j'aurais eu envie de voir à l'époque. Et c'est celui-là que j'ai essayé de faire.

Et le film devait ressembler à quoi ?
Aux films que je voyais quand j'étais enfant et qui étaient faits dans les années 1950/60 : Le Corniaud, de Funès, Bourvil, ce genre de choses? Et aussi aux films de Jacques Tati. Je me souviens de mon père m'emmenant quand j'avais 10 ans voir Jour de fête, qui l'avait marqué. J'ai découvert Tati comme ça, puis avec Mon Oncle. Le film devait ressembler un peu à ça.

Comment s'est déroulée l'adaptation ?
En deux étapes. D'abord, le scénario. On s'est beaucoup concentré sur le texte. Pas question de faire un film à sketchs, de simplement accumuler comme dans le livre des petites saynètes les unes après les autres. Ces saynètes ont beaucoup de charme, mais il ne s'y passe jamais rien de grave. Et pour un film d'une heure et demi, il faut qu'il y ait un enjeu dramatique fort. On en a donc inventé un. Ça allait à l'encontre de l'esprit du livre, mais il fallait le faire. Dans le livre, Nicolas a un statut d'enfant-roi qui n'est jamais remis en question. Pour lui, la vie restera tout le temps comme ça : lui chez ses parents et ses parents l'aimant toujours, etc. On a cassé ça d'entrée de jeu. Tout d'un coup, Nicolas prend conscience qu'il va peut-être y avoir un autre enfant et qu'il risque de perdre son statut. Ça nous a donc donné une colonne vertébrale sur laquelle on pouvait se permettre d'amener de façon aussi cohérente que possible des tas de moments cultes : Nicolas quitte la maison avec sa valise sous le bras, la visite médicale, la visite du ministre?

? Le repas avec le patron du père, monsieur Moucheboume?
Exactement ! Ensuite s'est posée la question de donner corps aux dessins de Jean-Jacques Sempé. Et le fait d'avoir une référence visuelle forte ? Tati - m'a beaucoup aidé. Au lieu d'essayer de copier visuellement Sempé, j'ai cherché ce qui existait déjà visuellement au cinéma et qui avait le même esprit. Tati était un assez bon exemple.

Comment s'est passé le casting des enfants ?


On en a vu beaucoup. 800.

Vous aviez des critères concernant chaque rôle ?
Foncièrement, je voulais des enfants qui aient des "gueules". Comme dans La Guerre des boutons. J'en voulais avec des oreilles un peu trop décollées, des grandes dents, des visages un peu bizarres. Après, il y avait la personnalité de l'enfant qui rentrait en jeu. Concernant Germain [Petit Damico] par exemple, qui joue Rufus, j'ai eu l'impression de voir un gamin qui débarquait de La Guerre des boutons, avec sa coupe de cheveux pas possible. Et donc je me suis dit : "Ah oui, lui : ok !".

Et concernant Nicolas ?
C'était le plus compliqué à "caster". Chacun a sa vision du petit Nicolas. Beaucoup de gens me disaient : "Pour moi, il est turbulent, plein d'énergie". Mais je le voyais plus en retrait. C'est lui qui raconte, c'est un observateur. Dès que j'ai vu Maxime [Godart], je me suis dit : "Il lui ressemble vraiment beaucoup". Mais au final, je crois que j'ai pris un petit Nicolas qui me ressemble.

Qu'est-ce que ça fait d'avoir signé le plus gros succès français de l'année 2009 ?
Le sentiment qui domine, c'est du soulagement. Je me suis lancé dans un truc comme Le Petit Nicolas avec une inconscience incroyable. Tout le monde me disait : "C'est vachement gonflé !". Mais je ne voyais pas pourquoi. J'avais avant tout envie de faire un film pour me faire plaisir. En revanche, lors des semaines qui ont précédé la sortie, j'ai pris conscience de ce que j'avais fait, du risque que ça ne plaise pas, et j'ai vraiment angoissé. Le fait que le film soit un succès était donc un soulagement.

Propos recueillis par Germain SCLAFER (
http://www.lepetitjournal.com ? Rio de Janeiro) mercredi 23 juin 2010

O Pequeno Nicolau (Le Petit Nicolas - 2009) de Laurent Tirard, avec Maxime Godart, Kad Merad, Sandrine Kiberlain, Daniel Prévost, Michel Duchaussoy, François-Xavier Demaison, Michel Galabru, Anémone? En salles à Rio de Janeiro à partir du 2 juillet 2010

Retrouvez la critique du film

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Publié le 23 juin 2010, mis à jour le 13 novembre 2012
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