

À l'occasion de sa venue au Brésil pour y accompagner la sortie de son film, rencontre avec Emmanuel Laurent, réalisateur de Godard, Truffaut e a Nouvelle Vague (Deux de la Vague).
Lepetitjournal : Comment s'est passée la conception du film ?
On partait de l'idée de faire un film sur la Nouvelle Vague dans son ensemble. Antoine de Baecque [le scénariste - NDRL] a écrit une sorte de scénario, qu'on a ensuite essayé de monter tel quel. Mais aux vues de ce premier montage, on s'est dit que ça ne fonctionnait pas. En outre, j'avais trouvé beaucoup de films sur la Nouvelle Vague, et je me suis dit que ce n'était pas la peine d'en faire encore un autre. Il fallait donc trouver autre chose.
Et autre chose, c'était de faire un film sur l'amitié entre Truffaut et Godard, assez unique dans l'histoire de l'art en général, entre deux artistes majeurs qui se connaissaient depuis l'enfance, bien avant de faire du cinéma ou même de devenir critiques, et qui ont donc tout partagé : d'abord, évidemment, l'amour du cinéma, mais en plus une grande aventure qu'étaient les Cahiers du Cinéma, où ils se sont forgés une idée ce que devait être le cinéma. Une espèce d'aventure assez rare, et qui existe aussi avec les autres, Rohmer, Rivette, Chabrol, etc.
Mais aucun de tous ceux-là n'a eu la même intimité et surtout le même partage. Truffaut tourne un film qu'il ne veut pas monter. Godard lui prend ses images et en fait Histoire d'eau. Puis Truffaut a un succès resplendissant à Cannes avec Les 400 coups. Et Godard arrive tout de suite derrière : "il faut que je profite de ton succès. Donne-moi cette histoire qui te tient à c?ur, A bout de souffle. Je suis sûr que je peux le monter". Godard, d'une certaine manière, est toujours en dette vis-à-vis de Truffaut.
Avez-vous eu le concours de Jean-Luc Godard ou d'autres "anciens" de la Nouvelle Vague ?
On y avait pensé, mais ça posait une contradiction : on aurait fait un film sur la jeunesse - puisque la Nouvelle Vague, c'était ça - mais avec des vieux qui en auraient parlé? Ça n'aurait pas été forcément l'image la plus agréable et la plus représentative. Je préférais les garder jeunes à travers les documents d'archives. En revanche, il n'a jamais été question de rencontrer Godard. Comme Truffaut était mort, ça aurait été assez malhonnête. Et connaissant le personnage, le danger nous guettait ; il nous aurait tués au coin du bois. Léaud, ça aurait été plus possible, mais? Il a été complètement anéanti par la mort de Truffaut, et je crois qu'avec Jean-Luc Godard, ça ne s'est pas non plus passé extrêmement bien. Il est psychologiquement extrêmement fragile, et je ne crois pas qu'il ait l'envie ou même grand-chose à apporter.
Vous avez présenté le film dans divers festivals internationaux - Guadalajara, Hong Kong, Macao? - ainsi qu'à São Paulo. Quelle est aujourd'hui la perception à l'étranger de la Nouvelle Vague, qui est tout de même une spécificité française vieille de 50 ans ?
Ça a marqué les esprits profondément. J'ai trouvé beaucoup plus de gens ayant gardé une profonde sensibilité à l'égard des films de Truffaut qu'envers ceux de Godard. Mais ça dépend des pays évidemment. A Macao par exemple, j'ai été surpris de la connaissance que les gens pouvaient avoir de cette histoire exceptionnelle. À São Paulo aussi, j'ai été étonné de voir à quel point le public est amoureux de cette époque.
Est-ce que vous pensez qu'il y a un lien privilégié entre la Nouvelle Vague et le Brésil, qui a connu un mouvement similaire avec le Cinema Novo ?
Je crois qu'il y a eu effectivement, particulièrement au Brésil, le sentiment qu'on pouvait faire du cinéma sans être sorti de je ne sais quelle académie, ou sans dépenser des millions. Ça a réveillé un cinéma. Entre le cinéma brésilien et le cinéma français, il y a eu un moment de connivence et de complicité très fort, qui a duré peu de temps, mais qui a marqué les esprits.
Propos recueillis par Germain SCLAFER (http://www.lepetitjournal.com ? Rio de Janeiro) mardi 1er juin 2010
Godard, Truffaut e a Nouvelle Vague (Deux de la Vague- 2009) d'Emmanuel Laurent, avec François Truffaut, Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Léaud, Isild Le Besco? Sorti à Rio de Janeiro le 28 mai 2010
Lire également la critique du film







